31/10/2017

À PROPOS D'HOMOSEXUALITÉ

À PROPOS D’HOMOSEXUALITÉ

 

Je viens de voir, en retard, le film La Vie d’Adèle dont le thème principal est l’amour fulgurant mais bref entre deux jeunes femmes, le rôle principal étant interprété par la très belle et très talentueuse Adèle Exarchopoulos {du réalisateur Abdellatif Kechiche, avec également Léa Seydoux dans le 2ème rôle principal}. Un des passages du film est une scène d’amour homosexuelle de 10 minutes environ et le réalisateur n’a pas occulté les poses différenciées – les deux actrices étant entièrement nues – et les variantes que l’amour entre femmes peuvent prendre.

 

L’occasion peut-être de parler de l’homosexualité.

 

On sait que l’homosexualité mâle surtout {celle femelle ayant été moins voyante} a très longtemps fait l’objet de poursuites dans certains pays: au Royaume-Uni et aux States, la sodomie était interdite, et je crois me souvenir qu’elle l’est encore actuellement dans certains états américains du Bible Belt. L’exemple le plus connu étant celui d’Oscar Wilde incarcéré pour de tels faits.

 

Comme je croyais me souvenir que Freud avait jadis qualifié les homosexuels d’invertis {Petit Robert: (vieilli) personne qui éprouve une attirance sexuelle pour les êtres de son sexe}, j’ai jeté un œil sur ce qu’en disait Pierre Daco dans ‘Les Prodigieuses Victoires de la Psychologie Moderne’ paru en 1960. C’est aberrant! «2. L’homosexualité psychologique. – C’est la plus répandue. Elle montre souvent un arrêt du développement psychologique et sexuel (…) l’homosexualité est une forme d’impuissance.» Cela c’est pour les hommes. Pour les femmes, sa description n’est pas mieux: «On a affaire à des femmes-hommes, dures, viriles, massives, parfois moustachues, qui agissent comme des hommes et pensent comme eux.» Mais, dans la population hétérosexuelle, ces préjugés ont-ils été modifiés depuis polus d’un demi-siècle?

 

Je ne me suis pas particulièrement intéressé à l’homosexualité avant le début des années 80 quoiqu’il y ait eu parmi mes auteurs préférés certains de cette orientation {Marcel Proust, James Baldwin, Truman Capote et le bi Yukio Mishima}, mais je dois dire que j’admirais ces auteurs pour leurs œuvres et non leur orientation sexuelle qui, à la limite, m’était égale. Et, dans ma jeunesse, à l’armée et dans la première partie de ma carrière, je n’ai ni connu ni côtoyé des homosexuels. La première fois que j’ai vu des homosexuels à grande échelle ce le fut lors de deux séjours à New York en mai puis en septembre 1980. C’était l’époque du film ‘Cruising’, un policier se déroulant dans le milieu des homos. À cette époque à Greenwich Village, aux environs de Christopher Street, on pouvait admirer les homosexuels mâles par paquets, portant vestes de cuir ou tee-shirts et pantalons serrant, souvent moustachus et musclés comme je ne l’étais ou ne le serais jamais. Loin de l’image de la petite tapette qu’on connaissait par des films ou des parodies d’amuseurs publics. Je me souviens aussi avoir vu à cette époque deux ou trois films à la télévision allemande ou hollandaise montrant des homosexuels mâles {on commençait à parler de gays} en pleine action et sans cacher les pénis en érection comme cela se faisait souvent {et cela continue d’ailleurs, et je parle de films non-pornos}. Ce fut aussi l’époque où je lus ‘Faggot’ {signifiant pédé, parfois abrégé en fag et restant un terme injurieux} de Larry Kramer et certains romans de John Rechy, figure de proue pour la reconnaissance des gays aux States. Parallèlement à cette explosion de liberté aux States mais qui fut moins prompte en Europe, coururent les premières rumeurs d’une maladie mortelle qui touchait surtout la mouvance gay et dans laquelle certains puritains irrespectueux des autres y virent la juste punition d’un Dieu pour le péché de déviance sexuelle.

 

J’eus ainsi l’occasion de voir nombre de documentaires dépeignant les dernières semaines de victimes du Sida, atteintes souvent du syndrome de Kaposi, illustré par le film Philadelphia avec Tom Hanks dans le rôle-clé. Je me souviens de quelques-uns de ces documentaires et notamment l’un d’origine australienne assez difficile à supporter car il décrivait tout le déroulement de la maladie à partir du moment où elle avait été diagnostiquée et jusqu’à la mort, après d’intenses souffrances et sans possibilité d’euthanasie.

 

Cette époque remuante voire exaltante des années 80 se profilait pour les gays mâles selon deux directions distinctes, d’après ce que j’en avais appris via la littérature, les films, les articles, les études. D’une part il y eut le phénomène du coming out non-généralisé {George Michael le fit en 1996 après avoir été arrêté dans des toilettes publiques pour racolage, Stéphane Bern ne le fit que très récemment} et, face au Sida des homosexuels mâles décidèrent de s’établir en couples par précaution sanitaire, car l’autre face assez sombre des gays aux States – étayée par nombre d’études – indiquait que la frénésie de recherche et de fréquence de contacts {souvent des fellations ou masturbations} pouvait atteindre 5 à 10 par sortie, parfois entre 300 et 500 par année, surtout chez les tout jeunes adolescents. Et, de plus, malgré le Sida, les accouplements non protégés continuaient à exister, un danger de propagation du virus qui existait également en cas de fellation, puisque d’autres enquêtes montraient également que les hommes étaient plus susceptibles d’attraper ce virus même après un seul contact, ce qui n’était pas toujours le cas de la femme.

 

Dans les années 80 et 90, je suis souvent allé danser dans de petites boîtes bruxelloises aux environs de la Porte de Namur, et les meilleurs danseurs pour les hommes, les plus souples du bassin, étaient les Noirs et les gays. Je me souviens avec quelle ferveur et talent ils dansaient I will survive {souvent je me joignais à eux sur la piste, parfois le seul hétéro dans la bande} qui, à certains égards était presque devenu l’hymne fondateur du mouvement gay.  Et, quand je réentends ce tube, je vois encore ces scènes et l’intense sentiment de libération et de joie de ces hommes.

 

Les autres avancées majeures du point de vue des droits civiques et de l’égalité de traitement des personnes quel que fût leur orientation sexuelle fut évidemment le mariage gay {appelé pudiquement mariage pour tous en France} et la possibilité pour les couples gays d’adopter et d’élever des enfants.

 

Si légalement tout est en ordre actuellement, n’en demeure que la société n’a guère évolué. Tom Lanoye, lui-même homosexuel, marié et fort bon écrivain {un de plus dans cette mouvance que j’admire} parle souvent par autodérision en parlant d’homosexuels hommes de janet ou janetteke. Il faut avoir vu au moins une fois le jour des janets le mardi gras après-midi à Alost pour savoir ce que sont les homosexuels extravagants, se maquillant, se travestissant le corps et arborant toutes ces caractéristiques qui font de ces figures des objets de satire, de rire et de ridicule dans certains films de mauvais goût et dénués de qualités cinématographiques autres que faire rire par le plus bas commun dénominateur. Mais Tom Lanoye est une vedette et, à ce titre, il dispose de la protection que lui assure sa notoriété, et son sens de la repartie ainsi que de l’humour et de l’autodérision.

 

Qu’en est-il quand deux hommes ou deux femmes unissent leur amour par les liens du mariage puis, quand vient le moment de communiquer un cv à un employeur ou de répondre à des questions d’une personne du service des RH, on doive dire pour un homme ‘mon époux est monsieur x’, et pour une femme ‘mon épouse est madame y?. Qu’en est-il quand un enfant élevé par deux papas ou deux mamans devra parler devant ses condisciples de sa famille ou écrire un texte décrivant une soirée ou un weekend typique chez soi? Ces personnes qui ont osé le coming out officiel bénéficieront-elles d’une acceptation entière de leur orientation sexuelle? N’y aura-t-il aucune discrimination à leur égard à l’embauche ou pour une location d’appartement ou de maison? Pour être invité chez des couples hétéros avec enfants? Pour faire participer les enfants à des activités extrascolaires? Les enfants de couples gays seront-ils à l’abri de harcèlement et de ce genre d’imbécillité de traitement qu’on connaît de longue date et qui, malheureusement, existe encore. Il y a une scène dans le film ‘La Vie d’Adèle’ où cette dernière est harcelée par des copines de classe l’accusant déjà de lécher des chattes, après l’avoir vue sr promenant en compagnie d’Emma (Léa Seydoux}. Typique mais illustrative d’une mentalité pas morte ;

 

Une chose que je retiens aussi de mes lectures de livres de psychologie lors de mon adolescence: les hommes les plus ouvertement opposés à l’homosexualité sont ceux qui ont le plus de latence d’homosexualité en eux. Et cette latence d’homosexualité et d’opposition de principe aux homosexuels, on la retrouve communément dans ces confréries mâles que sont l’armée, la police, les clubs sportifs {foot, cyclisme, etc.}, les fanas d’armes. S’ils savaient! Mais au fond, tous ces hommes qui n’ont d’autre passion que de parler avec d’autres hommes de leurs bêtises {au café, au club, dans un stade de foot, en jouant au billard, etc.}, savent-ils au fond que s’ils préfèrent souvent la présence d’hommes pour causer, qu’il y a tapi au fond d’eux un petit peu de ce qui animait Proust, Wilde, Capote?

 

Peut-être pourrait-on enseigner aux jeunes générations que l’homosexualité n’est pas une différence ni un choix mais une orientation, fût-elle innée ou acquise peut importe, et qu’elle est aussi normale que l’hétérosexualité. Peut-être aussi enseigner aux jeunes qu’il y a en tout homme une part féminine et en toute femme une part masculine. Gommer les différences de genres est idiot, mais nier qu’il y ait des passerelles entre genres l’est tout autant. Je suis conscient de ce qu’il y a de féminin en moi et mon épouse de ce qu’il y a de masculin en elle. Ce sont là des acquis et non des tares.

 

Et, par ailleurs, le regard que l’on jette sur l’homosexualité n’est-il pas après tout une question de culture? Ainsi, au Japon, l’homosexualité ne dérange personne, alors que dans d’autres pays en Asie ou en Arabie saoudite, les homosexuels doivent se cacher sous peine de se voir tués voire lapidés.

17:26 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.