27/08/2017

MONUMENTS ET VESTIGES DE GUERRE

MONUMENTS ET VESTIGES DE GUERRE

 

Un de mes films préférés au sujet de la guerre civile américaine est GETTYSBURG, un film de près de 4 heures retraçant les 4 jours qui, en juillet 1864, amorcèrent la défaite définitive des Sudistes rebelles et, partant, la fin de cette guerre fratricide particulièrement sanglante.

 

Ce film est remarquable car il montre que tout ne fut pas tout à fait noir versus blanc au niveau des principaux protagonistes de cette guerre civile, et je veux parler des généraux de part et d’autre de cette barrière à la fois visible et invisible que constituait l’esclavage. Comme le souligne l’historien John Keegan dans son livre "Guerre de Sécession" «En 1860, l’attachement du Sud à cette pratique {l’esclavage} s’expliquait par le rôle des esclaves dans la culture et le traitement du coton brut. En 1800, 70 000 balles seulement de fibre de coton avaient été produites contre plus de 4 millions en 1860. Le nombre d’esclaves avait augmenté en proportion, passant de 700 000 au premier recensement de 1790 à 4 millions en 1860, chiffre dû en grande partie aux naissances, car la traite négrière avait été abolie en 1807.» Donc cette guerre de sécession fut avant tout une guerre économique car du jour au lendemain, tous ces Noirs auraient en principe pu s’évader de leur esclavage et gagner le Nord. Et, quand on parle du Nord des États-Unis, on se leurre à croire que le Sud était foncièrement raciste et anti-noir et que le Nord était pro-Noir. Parfois, les Noirs au Nord étaient victimes de discrimination économique et raciale même si là-bas, ils étaient en principe considérés comme des citoyens qui avaient une existence en tant qu’êtres humains et non esclaves.

 

Dans son livre "Lincoln", qui est la version romancée de la fin de la vie de ce personnage historique et essentiel, Gore Vidal montre à suffisance que Lincoln – qui était Républicain, ce que Trump vient d’apprendre, lui qui a sans doute raté le cours Histoire 101 {cours élémentaire}-, eut une vision assez ambiguë quant à la nécessité du Nord d’entamer une lutte fratricide contre les états sécessionnistes du Sud. Peu de temps, avant qu’il n’ordonnât de sévir contre les états confédérés et de les attaquer par les armes, personne dans son entourage n’aurait pu deviner quelle allait être son attitude à l’égard des rebelles sudistes.

 

Le film Gettysburg, outre l’excellence de la mise en scène et des batailles qu’il montre, prouve également deux choses qui ne paraissent pas tellement évidentes à nous qui avons été élevés à considérer toutes choses dans une perspective de propositions contradictoires voire dialectiques {et la religion catholique avec la notion du Bien et du Mal, ainsi que du Péché, n’y est pas étrangère}. En premier lieu, au niveau des commandants de divisions tant au Sud qu’au Nord, il y avait de l’estime réciproque car tous ces généraux se connaissaient très bien, avaient parfois été amis ou copains de classe à West Point et, fréquemment, avaient combattu ensemble au Mexique ou dans tous ces conflits dans lesquels furent entraînés les Etats-Unis et dont on connaît très peu chez nous. Certains généraux, tant du Sud que du Nord, apprenant qu’un de leurs amis intimes leur faisait face de l’autre côté de cette frontière les opposant, se réjouissaient et souhaitaient qu’il demeurât en vie. Et, en second lieu, alors que la bataille allait se dérouler durant quatre jours aux alentours de ce village au creux d’une vallée appelé Gettysburg, beaucoup de généraux sudistes étaient fatigués et pressentaient la défaite future de leur rébellion. Il y a dans le film un moment extraordinaire. Alors que l’attaque sudiste a été défaite le jour précédent sur cette colline appelée Little Round Top grâce au courage et à la ténacité d’un colonel républicain {Chamberlain} et de ses soldats du Maine sur le flanc gauche des troupes yankees, le général sudiste James Longstreet accompagna à cheval le généralissime Robert E. Lee pour visionner le terrain de la prochaine attaque. Lee avait décidé une attaque frontale par les troupes du flamboyant George Pickett {Virginiens en majorité}, avec une montée de près d’un mile pour atteindre les troupes ennemies. Longstreet, un homme d’expérience, raisonnable, et de talent, tenta de dissuader son général en chef de ne pas procéder à une attaque frontale mais de tenter une incursion par le flanc droit (flanc gauche des troupes du Nord) qui, d’après lui, était dégarni. Lee refusa et, obstinément, ordonna l’attaque. Qui échoua, les troupes de Pickett furent décimées et, à la suite de cet assaut sanglant pour les rebelles, l’armée du Sud dut entamer une retraite, ce qui, en définitive, signifia la défaite du Sud en 1865.

 

Si Robert E. Lee, Pickett, Jackson, Longstreet, et tant d’autres généraux sudistes furent des rebelles, des traitres à la Constitution des États-Unis, c’étaient des hommes d’honneur. La plupart d’entre eux n’étaient même pas esclavagistes ou ne possédaient pas d’esclaves dans leurs propriétés. Un fait évident, toutefois, ce fut qu’ils rompirent leur serment d’obéissance à la Constitution US et qu’ils prirent les armes contre le gouvernement fédéral pour soutenir une cause qui avait fait l’objet d’une loi l’interdisant.

 

Même si on peut éprouver de la sympathie pour des figures tragiques comme Longstreet et Lee, forcés de par leur appartenance à des états du Sud à combattre pour une cause qui leur était au fond étrangère et à laquelle ils avaient cessé de croire la veille de la bataille de Gettysburg, un fait historique est certain. Ils étaient des traitres à leur patrie et pour nous, en Europe, il est difficile de concevoir qu’il y eût encore près de 700 monuments en l’honneur de personnalités sudistes aux Etats-Unis {d’après «Der Spiegel»}. Difficile de croire aussi qu’un président actuel des Etats-Unis, Trump pour ne pas le nommer {du même parti que Lincoln d’ailleurs !} eût pu, le jeudi après son interview du mardi après les événements de Charlottesville tweeter cette imbécillité humaine et historique suivante "des magnifiques statues et monuments au sujet de la guerre civile, se trouvant aux États-Unis et qu’il ne faudrait pas détruire" {source Der Spiegel}.

 

Dans cette logique enfantine ou plutôt infantile, pourquoi ne pas ériger une statue en l’honneur de Degrelle en Belgique ou débaptiser certaines rues du pays wallon et leur attribuer le nom d’un de nos héros de jadis? Après tout, on le fait bien en Flandres…

 

Même si un film peut parfois nous ébranler dans nos idées préconçues et nous faire éprouver de la sympathie pour des personnages pour lesquels a priori nous ne devrions pas en avoir {et je pense aussi aux films allemands Das Boot et Der Untergang}, il faut se méfier de ces impressions émotionnelles ne reposant sur aucun fondement historique voire rationnel. Dans Das Boot, le capitaine et tous ces marins de sous-marins sont éminemment sympas sauf le nazi de service, mais leur boulot c’était d’envoyer par le fond des navires alliés transportant parfois des civils et, principalement, des approvisionnements non seulement en armes. Quant à savoir qu’Hitler pût avoir des côtés sympas {cf. le film Der Untergang}, c’est très bien, mais il fut un tyran, raciste et le principal responsable d’une guerre qui fit une trentaine de millions de victimes dont une partie non négligeable le furent en raison d’une idéologie de victimisation et d’éradication de ‘races’ et strates humaines jugées inférieures. Donc, qu’Hitler aimait bien sa secrétaire et les chiens, c’est bien. Mais, Auschwitz et le ghetto de Varsovie, en tant que symboles, ce fut surtout et avant tout Hitler, ne l’oublions pas. Tout comme Longstreet et Lee combattirent pour que des esclaves noirs le demeurent à perpétuité.

 

C’est là toute la différence entre histoire et fiction romancée, ne l’oublions jamais.

17:49 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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