13/07/2017

LE RÉFLEXE IDENTITAIRE

LE RÉFLEXE IDENTITAIRE

 

Si je devais m’exhiber dans le métro ou dans un tram à Bruxelles tout de noir habillé, dans une espèce d’uniforme avec au col les runes SS, on m’identifierait tout de suite comme néonazi, on me cracherait dessus et on m’emprisonnerait.

Quand je suis dans le tram ou le métro à Bruxelles et que je vois ces femmes de tous âges voilées et drapées dans des robes informes noires, je ne pense pas à des corbeaux, mais je pense à ces femmes dénuées des droits les plus élémentaires: liberté de pensée et d’opinion ainsi que de mouvement, libres arbitre et choix, épanouissement personnel; je pense surtout - mais peut-être là est-ce de ma part un réflexe conditionné -, à ces femmes soumises parfois martyrisées, ces femmes esclaves de leurs mari, frère, père, oncle, ces femmes vivant dans des sociétés lourdement patriarcales telles qu’on les connaît au travers de récits d’horreur dans les territoires sous domination de Daesh, d’Al-Qaida, du Hamas ou du Hezbollah, de ces femmes citoyennes de second rang dont on connaît certains des récits et des vicissitudes coutumières, femmes d’Afghanistan, du Pakistan, de l’Arabie Saoudite, d’Iran.

Sirotant un café l’autre jour dans une galerie de Bruxelles, je me fis la réflexion que la Belgique était un état pratiquant l’égalité de sexes, la mixité des sexes dans les lieux publics, à l’école, au cinéma, au théâtre, dans les salles de concert, dans les piscines, aux terrasses de café, dans les restaurants, dans les queues à la Poste, à la banque, dans les églises et lieux de culte catholiques, protestants. Et, ces femmes que je voyais passer devant mes yeux dans cette galerie commerçante {City 2}, de par leur seul accoutrement me faisaient passer un message clair: nous sommes pour la séparation stricte des sexes et n’acceptons pas cette mixité sociale contraire à la Sh’aria.

Et je pourrais m’écrier: eh les dames et demoiselles, jamais entendu parler de l’émancipation de la femme? Jamais entendu dire que des femmes pouvaient penser pour et par elles-mêmes sans diktats religieux, moraux ou sociaux?

Bon, je ne vais pas dire que ce sont là des parasites qui profitent de la sécurité sociale et du bien-être que la Belgique leur octroie comme le feraient des racistes ou des extrémistes de droite. Je leur reconnais le droit à la différence, je leur reconnais le droit de se vêtir comme elles l’entendent et le désirent, je leur reconnais même le droit de préférer la Sh’aria à nos lois et règles plutôt libérales sans être libertaires. Mais se rendent-elles compte, ces femmes et jeunes filles de mon pays que je ne voudrais pas qualifier d’écervelées, qu’elles brandissent leurs voiles et habits flottants noirs ou de tons mièvres tel un étendard de Daesh, d’Al-Qaida, du Hamas ou du Hezbollah? Se rendent-elles compte – même si elles sont en droit de porter de tels habits –, que ces porte-paroles inconscientes d’un radicalisme islamique qu’elles véhiculent de par leurs seuls habits pourraient susciter des réactions de dégoût ou de haine, certes mal placées, de par le seul fait qu’à cette vue on les assimilerait à des symboles {femmes-sandwichs} du Hamas, de Daesh, de l’Iran des Mollahs purs et durs, d’Al-Qaida?

On sait que chez des Musulmans écervelés, le drapeau d’Israël, la connotation israélienne ou juive, peuvent susciter des réactions de rejet voire violentes. Et les victimes juives ou israéliennes de tels actes parfois violents n’ont certes rien à voir avec la politique bigote et raciste que mènent depuis quelques décennies les gouvernements israéliens à l’égard des Palestiniens et de leur désir d’accéder à un état propre, indépendant de la tutelle et des contrôles israéliens.

Une autre pensée m’effleure l’esprit quand je vois ces femmes et jeunes filles de plus en plus nombreuses à Bruxelles qui se couvrent des oripeaux de ce qu’il y a de plus abject, celui de la soumission absolue de la femme aux diktats des hommes, celui d’une prison vestimentaire symbolisant la Loi du Patriarcat en opposition à celle de la Déclaration universelle des droits de l’homme inscrit dans notre échelle des valeurs depuis la fin de la Seconde guerre mondiale: savent-elles ces bonnes femmes sans doute de bonne foi, que leurs accoutrements les ramènent cinq siècles en arrière dans notre monde géopolitique de l’Europe de l’Ouest {pour la sphère extra-européenne, cela les ramène à l’Arabie saoudite à l’époque de Mohamed, soit il y a plus de 13 siècles}? Quand tout individu d’une société moyenâgeuse était taillable et corvéable à merci et que seul le droit féodal du Seigneur primait voire du Prélat {cf. Jeanne d’Arc, cf. l’Inquisition espagnole}. Survinrent par la suite et heureusement pour nous, le Siècle des Lumières qui affranchit l’individu du joug religieux, survinrent les premières manifestations au début du XXème siècle de suffragettes qui souhaitaient plus de droits pour les femmes, survinrent l’annonce de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le droit de vote pour la femme, le droit à l’avortement {signifiant par là qu’une femme était – enfin – libre de faire ce qu’elle voulait de son corps}. Et quand je les vois dans le tram, le métro, à City 2, rue Neuve, ces femmes voilées aux vêtements sombres et flottants, je me dis que je me vois transbahuté en quelques secondes à peine au XVIème Siècle quand un homme, une femme, un enfant, n’étaient que des objets – des sujets en faits – fragiles, assujettis et soumis à la volonté absolue parfois irrationnelle mais toujours arbitraire des Seigneurs et/ou des Prélats.

Certaines de ces femmes, des intellectuelles voire ressortissant à des professions libérales ou artistes, disent avoir choisi en toute liberté ces vêtements d’il y a 13 siècles. Savent-elles que des millions d’entre leurs sœurs de confession, en Afghanistan, en Iran, au Pakistan, sous la houlette du Hamas, de Daesh, d’Al-Qaida, du Hezbollah, habillées de la sorte, n’ont aucun droit. Absolument aucun. Ni celui d’épouser qui elles veulent, ni celui de divorcer, d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants, ni celui souvent de faire des études, ni celui de sortir de chez elles? Est-ce là le message fort qu’elles veulent faire passer, un message de repli identitaire – de retour à l’époque d’il y a 13 siècles - sous couvert de liberté?

Faites-moi rire!

20:06 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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