02/04/2017

DIGNITÉ

DIGNITÉ

 

Alors que j’étais récemment dans une salle d’attente d’hôpital, j’en vins à parler avec une personne à côté de moi. Qui m’expliqua qu’il y a peu on lui avait découvert un cancer agressif nécessitant une radiothérapie qu’il avait commencée. Aucun apitoiement sur lui-même dans la voix, mais certaines nuances à propos de la lourdeur inhérente aux déplacements en voiture tous les jours, la préparation astreignante avant l’irradiation. Mais ce qui m’impressionna le plus chez lui, ce fut quand il me dit que cet événement – choc au départ – lui avait permis de jeter un tout autre regard sur le monde, la vie, d’attacher de l’importance à ce qui est vraiment important et de négliger voire ignorer ce qui est trivial, accessoire. Et, il avait compris combien les choses sont relatives.

 

Il me fit l’effet d’un sage.

 

Hier, je rencontrai dans une grande surface de matériel électroménager une vieille connaissance. Lui, tunisien d’origine et que j’avais connu via une collègue du temps de mon séjour dans l’administration. Vivant depuis plus de 30 ans en Belgique et totalement intégré {il fait un peu office de mentor dans le magasin vis-à-vis des plus jeunes}. Nous échangeâmes quelques nouvelles et quand je lui demandai s’il s’était remarié {il y a un an, il nous avait confié qu’il comptait se marier}, il nous confirma la nouvelle et nous montra immédiatement une photo de son épouse tunisienne, épousée dans son pays d’origine. Las, les autorités belges refusent d’accorder à l’épouse ne fût-ce qu’un visa de trois semaines pour un séjour en Belgique, et ne parlons même pas de regroupement familial. Aucune aigreur dans ses paroles, aucun apitoiement sur lui-même, mais la volonté d’essayer une nouvelle fois, puis encore, puis encore.

 

Hier aussi, je vis un reportage sur France 3 dans lequel on montrait un tétraplégique {en chaise roulante} à Bordeaux qui travaillait sur ordinateur en arts et plans graphiques en s’aidant de lunettes et embout remplaçant la souris, adaptés et capables d’ordonner des mouvements d’ordinateur. Aucun apitoiement sur son sort sauf en ce qui concernait l’accessibilité des lieux et transports publics dans sa ville en chaise roulante.

 

Dignité est le mot qui me vient à l’esprit.

 

Tout le contraire d’une voisine et collègue de fitness de mon épouse qui, il y a trois ans, quand un troupeau de vaches fit irruption sur sa sacro-sainte pelouse, se mit à hurler dessus, à tempêter, à faire sa petite crise d’hystérie. Quand mon épouse et moi étions allés près des vaches plutôt récalcitrantes, nous nous y prîmes par la douceur – et par le discernement –, leur intimant par des gestes et de paroles d’encouragement, à sortir de la propriété des voisins. L’horreur absolue pour la voisine presque en pleurs c’était que les vaches avaient démoli leur pelouse. La pelouse en tant que symbole de ce qu’il y a de plus matérialiste chez l’Européen, une pelouse de préférence où ne pousse aucune espèce végétale étrangère, ou aucun brin d’herbe ne dépasse les quelques centimètres alloués. Personnellement, ce type de pelouse ressortit à mon avis à des personnalités de type anal, mais je ne leur dirais pas car elles ne connaissent rien à Freud ni aux mystères des profondeurs de l’être humain et de ce qui l’anime.

 

Au fitness d’ailleurs, il y a certaines personnes suivant des cours collectifs qui râlent quand d’aucuns ont PRIS LEUR PLACE HABITUELLE. J’imagine ce qu’elles feraient si elles étaient paraplégiques, si leur épouse étrangère était interdite d’entrée sur le territoire belge ou si elles devaient s’astreindre à 35 séances de radiothérapie à raison de 5 fois par semaine. Mais, peut-être qu’une majorité de personnes râle pour les petites choses et qu’une fois qu’un gros truc leur tombe dessus, elles reprennent le contrôle de leur existence et parviennent à différencier ce qui est essentiel et ce qui dérisoire.

 

Hier encore, j’ai vu Selma, le film de 2015 réalisé par Ava DuVernay qui dépeint l’un des aspects de la lutte de Martin Luther King et des Noirs américains pour atteindre l’égalité raciale en matière de droits civiques et, surtout, le droit à s’inscrire sur des listes d’électeurs dans les états sudistes, une rareté à l’époque et surtout dans l’état raciste d’Alabama dont le gouverneur était George Wallace. Ici aussi, dans ces images – fondées sur des événements réels entrés dans l’histoire sanglante des Etats-Unis -, ce qui frappait c’était l’extraordinaire dignité de tous ces Noirs en marche {bien avant Macron!}, bientôt rejoints par des Blancs idéalistes et même parfois portant l’habit religieux. Qui manifestaient, protestaient, marchaient donc face à ces brutes de policiers uniquement blancs qui n’hésitaient jamais à bâtonner, fracasser des membres ou des crânes, qu’il se fût agi de femmes, adolescents, vieillards ou hommes adultes.

 

Quand, dans la vie de tous les jours ou sur les réseaux sociaux, on voit tant d’hystérie parfois confinant au racisme, mais souvent inspirée par une image de soi totalement déformée, ces quelques exemples récents que j’ai cités sont réconfortants et me prouvent qu’il y a encore beaucoup de personnes qui ne sombrent ni dans l’apitoiement de soi-même, une forme quelconque de super ego, ni dans le matérialisme le plus crasse, mais conservent ce qui doit constituer la fibre de tout être humain convenable et de bon goût, une dignité humaine.

17:33 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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