05/03/2017

Pathétique

PATHÉTIQUE …

 

Mon épouse avait ainsi deux anciennes collègues dont nous craignions les appels téléphoniques. Car, l’une comme l’autre, après le traditionnel ‘comment vas-tu ?’ nous régalaient d’ordinaire d’une litanie ininterrompue de jérémiades, le plus souvent focalisées sur la santé et, principalement, leurs ennuis de santé. Et si je décrochais et que j’avais le malheur de dire ‘comment vas-tu’, j’avais le droit à tout le baratin ensuite répété avec des détails additionnels quand mon épouse reprenait la conversation.

 

En vérité, toutes deux ont eu des problèmes de santé les touchant elles-mêmes ou le conjoint. Et ne dit-on pas que les choses répétées plaisent ?

 

Au fitness, j’ai rencontré dernièrement une dame suivant actuellement un traitement de chimiothérapie; elle n’en parle pas à tout le monde, mais se tient en forme. Elle assume, en silence, dignement.

 

Actuellement, ayant appris que j’ai moi-même de sérieux problèmes de santé et que je devrai m’astreindre, outre à un traitement, à un régime draconien sans alcools, épices, aliments provoquant des flatulences ou boissons gazeuses, durant quelques mois, je n’en parle qu’à quelques personnes privilégiées. Et, quand on me pose la question ‘comment vas-tu, comment va?’, je réponds que je suis pétant de santé. Ce que j’ai dit hier à une autre ancienne collègue de mon épouse rencontrée au pharmacien du coin, je savais que si je disais quoi que ce fût, j’étais parti pour une demi-heure de contre-attaque et de litanies de malheurs de santé. Je trouve cela d’autant plus agaçant que je suis seul avec mon épouse face à mes problèmes actuels et que j'ai actuellement peu d'intérêt véritable pour les problèmes de santé des autres. Au fitness aussi, il y a une dizaine de jours, j’ai écouté avec patience un brave type que j’aime bien parler des problèmes de sa femme aux urgences de l’hôpital, de la durée avant qu’on la prenne en charge, sans souffler quoi que ce soit à mon sujet. D’ailleurs, il a déjà tendance à tout prendre pour et sur lui, inutile de l’accabler encore. Lui raconter «mon» histoire aurait été un enfantillage de personne peu mûre, en quête de reconnaissance, d’amour, de «likes».

 

Mon épouse a eu pendant une quinzaine de mois {et cela continue} une douleur abdominale focalisée sur un point précis avec résurgence lors de certains mouvements (au lever du lit, entrer en voiture, en sortir, faire marche arrière, se lever d’un siège, etc.); elle a consulté de nombreux médecins, passé une multitude d’examens avant qu’on en trouve l’origine et que quelques séances d’ostéopathie n’atténuent quelque peu les douleurs de mouvement. Par contre, elle n’a jamais appelé l’une quelconque de ses anciennes collègues ou amies pour leur en parler pendant une demi-heure, abordé une personne au fitness pour étaler ses jérémiades. Elle assumait. J’étais le seul à savoir et à partager avec elle.

 

Sa mère appelait cela «traiter par le mépris» et c’est là une excellente expression.

 

J’ai horreur des scénarios de films qui décrivent la famille x sans problèmes, touchée par un sort injuste, l’un des membres frappé du cancer, d’Alzheimer ou de la leucémie, mais ils ont décidé de se battre tous ensemble. C’est tellement banal. Comme s’il fallait se battre contre un cancer! Se bat-on contre une grippe, un rhume ? Non, on se soigne, il n’est pas question de courage là-dedans ou d’héroïsme, c’est l’instinct de survie qui nous guide et il ne faut pas d’applaudissements pour nous féliciter de ce combat «stoïque». Il faut simplement assumer.

 

J’ai aussi horreur des gens qui se posent en victimes dès qu’ils ont quelque chose qui sort de l’ordinaire. Quand on attrape quelque chose qui nous tombe sur la patate, à quoi cela sert-il de dire c’est injuste, ‘pourquoi moi, pourquoi pas le voisin?’ J’ai passé les 19 premières années de ma vie avec un père violent qui battait ma mère de temps en temps et devant moi, jamais je ne me suis posé en victime, je n’en ai jamais parlé, n’ai jamais jalousé mes condisciples ordinaires et heureux.

 

Fillon par exemple assume à merveille le rôle de victime du sort et en appelle à l’amour à son égard, traitant la Justice par le mépris.

 

J’admire cette dame du fitness, digne, qui ne requiert aucune attention, aucune pitié, aucune empathie, ne se plaint pas, mais assume, seule avec énormément de dignité. Elle mérite mon respect; Filllon mon dégoût.

17:37 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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