04/07/2016

L'ART DE LA MÉDIOCRITÉ: MINISTRE DE LA CULTURE

L’ART DE LA MÉDIOCRITÉ : MINISTRE DE LA CULTURE

 

Il n’est pas donné à tous les pays d’avoir compté un André Malraux comme Ministre de la Culture, ou un Frédéric Mitterrand.

 

En Belgique, nous n’avons jamais été gâtés. Ces dernières années, nous avons eu, tant en Flandres qu’en Belgique francophone, des gens à la tête du département de la culture qui n’avaient au fond aucune affinité naturelle avec ce domaine ni aucune spécialité dans l’une quelconque des branches ressortissant aux arts, mais qui, de plus, affichaient souvent un dédain ou une ignorance crasse du fait culturel. Rappelons-nous quelques noms qui ont brillé au firmament de la culture universelle : une certaine Laanan dont le sourire constant masquait la vacuité des idées ou accomplissements ; et, en Flandres un certain Bert Anciaux qui détestait l’opéra et aimait surtout ce qu’on appelle le kleinkunst {la variété}.

 

Mais, la Belgique francophone peut être fière. La culture à laquelle nous sommes tous tant attachés a trouvé son nouveau héraut, son catalyseur et son enceinte de diffusion. Avec elle, on pourra sans doute écrire qu’il y eut un avant et un après sa venue. Son nom ne porte certes pas encore sur les ondes internationales, mais elle est prête et c’est de bon cœur qu’elle a partagé avec nous ses amours, ses idées et ses projets en tant que Ministre de la Culture {« Qui est Alda Greoli ? dans Moustique 26/4718 du 29 juin 2016}.

 

Quel est votre premier choc esthétique ?

« Bach et les variations Goldberg à 14 ans {bigre ! ça s’annonce fort !}. Je dois avoir une trentaine de versions des Variations qui, pour moi, évoquent un rapport à la transcendance. Un peu plus tard, j’ai écouté Machiavel {ça c’est du culturel, du solide, un roc !}, Pierre Rapsat, Georges Brassens er Michel Fugain. En gros, je ne suis allergique à rien, même pas à Fats Domino, mais je suis surtout une baroqueuse, de Bach à Vivaldi. Même si, aujourd’hui encore, j’adore William Sheller et Véronique Sanson que j’ai vue récemment pour le concert des années américaines et ça reste super. »

 

Là, Madame Greoli, excusez du peu, mais citer deux compositeurs baroques et des chansonniers français, c’est peu. Jamais entendu parler de littérature disons contemporaine : Kafka, Proust, Malraux, Beckett, Joyce, Baldwin, Sartre, Camus, des poètes : Neruda, Séféris, Prévert, Apollinaire, Sylvia Plath. Ou en musique et opéra  : Mozart et Beethoven, Brahms et Bruckner, Wagner, les compositeurs véristes, Puccini et Verdi, l’école viennoise, Boulez; au théâtre, les classiques français, les dramaturges de l’absurde, les Beckett, Camus, Sartre etc. Jamais entendu d’archéologie : Athènes et les beautés classiques, Rome, les Pyramides, les temples bouddistes et zen au Japon, les temples de civilisations disparues d’Amérique du Nord, centrale et du Sud ?

 

Bon, d’accord, vous dites « Nous avons aussi un rapport particulier à la peinture puisqu’à la fin de la guerre {elle parle du milieu parental d’où elle est originaire}, ma grand-mère, qui adorait l’art, servait en fruits et légumes toute une série de peintres liégeois et se faisait payer en toiles. » Surprise, jamais entendu dire que Bosch, Breughel, Caravaggio, Velasquez, Cézanne, Monet, Gauguin, Picasso, Dali, et tant d’autres illustres peintres et sculpteurs étaient du milieu liégeois ?

 

Sont absents également des coups de cœur et chocs esthétiques durables de la nouvelle ministre ès culture des cinéastes de renom des années 30 à 50, ceux de la nouvelle vague française et ceux des angry young men au Royaume-Uni dans les sixties, les isolés que furent Bergman et Buñuel, Fellini, Kurosawa, Loach, Wajda, Kieslowski, les auteurs sérieux que furent Costa-Gavras, Schlöndorff, les documentalistes de la Shoah que furent Frédéric Rossif, Lanzman, etc. Les impertinents modernes, spécialistes de l’autodérision, dans le genre d’Almodovar, Allen, etc.

 

Bon, d’accord, elle est nulle en culture, n’y connaît rien, même si elle dit ne pas être allergique à Fats Domino {une des gloires de la culture mondiale, sans aucun doute}, mais elle a des projets puisque à la question de savoir si elle va lancer des chantiers pour lutter contre les exclus de la culture qui pourraient dériver vers le radicalisme, elle dit tout net « Interrogeons-nous d’abord sur ce que nous produisons quand, à un moment donné, à travers une philosophie, une morale ou une religion, nous nions le fil conducteur de la transmission démocratique. Car quand on sacrifie la transmission, on tente de trouver du sens ailleurs, et on se retrouve avec des jeunes tentés par la délinquance et qui sont en conflit avec leur propre moralité… »

 

DIVIN ! Déjà poser la question de ce qu’on pourrait faire pour éviter par la culture que des jeunes tombent dans le radicalisme, c’est fort de café – et, je dois dire, je n’y avais jamais pensé. J’imagine que pour des convertis ou Musulmans à la frontière du basculement définitif vers la Charia, que, peut-être bien que, aller voir un opéra de Wagner du genre de la Tétralogie où on s’étripe, se déchire, s’envoie des épées dans le dos, etc, ou aller assister au long intermède chanté d’une bonne femme japonaise célibataire voulant se suicider parce qu’elle s’est fait engrosser par un vilain Américain qui l’a abandonnée, suffira à les empêcher de basculer dans l’irrémédiable et la barbarie. Ou lire Kafka.

 

Relisons partie de la réponse de la Ministre de la Culture « Nous nions le fil conducteur de la transmission démocratique (…) Car quand on sacrifie la transmission, on tente de trouver du sens ailleurs. » HELP, I NEED SOMEONE ! Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce que ce charabia sociologique pourrait vouloir dire en termes de culture ? Est-ce que Véronique Sanson pour le concert des années américaines constitue le fil conducteur de la transmission démocratique ou les Variations Goldberg ? Et que quand on écoute Sanson ou les Variations – puisqu’ils représentent le fil conducteur de la transmission démocratique, on est vacciné contre l’intégrisme ou le radicalisme.

 

Que Benoît Lutgen ait pensé à cette informaticienne de formation, ancienne secrétaire nationale aux Mutualités chrétiennes pour gérer un budget qui s’adresse à toutes les formes d’art et de culture, est une aberration et s’il faut chercher un missing link culturel, il est tout trouvé, il a nom Alda Greoli. Dont la médiocrité intellectuelle perceptible à la lecture de sa première interview en tant que ministre de la culture, nous fait deviner que son univers culturel – hormis Bach et Vivaldi -, n’est guère éloigné de celui d’Anciaux ou Laanan, et à des années lumières des ministres de la culture français que furent Malraux et Fr. Mitterrand.

 

 

20:12 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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