20/06/2016

Réseaux sociaux - le panier à crabes

RÉESEAUX SOCIAUX – LE PANIER À CRABES

 

Je suis occupé à lire un livre du journaliste Douglas De Coninck du quotidien De Morgen, « De Busramp in Sierre » {L’accident de bus à Sierre} au sujet de l’accident d’autocar à Sierre en Suisse qui, le 14 mars 2012, fit 28 morts dont deux chauffeurs.

 

La thèse du journaliste, qui se fonde sur les suspicions de parents de victimes au sujet de l’enquête judiciaire que menèrent les autorités suisses du lieu de l’accident et de devoirs d’enquêtes complémentaires privés – puisque les autorités suisses le refusèrent-, c’est qu’à cause de l’ingurgitation d’une dose journalière de Seroxat, l’un de ces médicaments antidépresseurs miracles comme le Prozac qu’on appelle en jargon médical SSRI {Selective Serotonin Reuptake Inhibitors}, dont la littérature et des études médicales, notamment en double-aveugle indiquent à suffisance qu’elles peuvent conduire certaines personnes au suicide. Pour une série de parents et l’auteur, le conducteur de l’autocar, fit une manœuvre volontaire afin que le car aille s’engouffrer dans une niche {zone d’urgence} du tunnel de Sierre, longue de 40 mètres. Selon les faits et les caméras statiques d’enregistrement, dès le moment où le car s’engouffra dans cette niche à 100 à l’heure, deux secondes 7 dixièmes exactement s’écoulèrent, temps suffisant pour que les pneus à droite montent sur un dénivelé de dix-huit centimètres et que le car fonce droit dans le mur au bout de la niche, sans aucune trace de freinage.

 

Cette thèse du suicide à cause d’effets non désirés de médicaments de ce type n’est pas idiote. Nous savons maintenant que l’ingurgitation d’un tel type de médicament est probablement à la base du crash volontaire de l’Airbus dans les Alpes en 2015, provoqué par Lubitz, le copilote de Germanwings. Moi-même, en 1995, choqué par le suicide de deux très bons collègues de bureau, j’ai eu recours durant une période courte à un antidépresseur. Et je me souviens qu’un jour où j’étais tout seul chez moi, j’ai dû lutter pour ne pas me suicider alors qu’à l’époque j’avais à domicile arme de poing et munitions, parfaitement légales !

 

Ce qui me frappe dans livre, outre le très bon travail journalistique de fond de De Coninck, c’est de lire que cette poignée de parents qui aurait voulu que l’enquête conclût à un suicide du chauffeur plutôt que déterminer en conclusion qu’aucune cause définie n’avait pu être trouvée pour expliquer ce drame, ce sont les réactions de haine de certains utilisateurs de réseaux sociaux à l’encontre de ces parents éplorés qui critiquent l’enquête et les conclusions et qui ont demandé aux autorités suisses – mais sans les obtenir – des devoirs d’enquête complémentaires. Certains décervelés des ondes médiatiques les ont traités de rapaces, de gens sans gêne qui voulaient faire de l’argent sur le dos de leurs enfants décédés.

 

On sait que le harcèlement via les réseaux sociaux est devenu un problème planétaire, ayant déjà provoqué nombre de suicides d’adolescents ou d’enfants pubères sans défense(s) devant de telles vagues de violence et agressivité gratuites et cruelles à leur égard.

 

Personnellement et sans être la cible, j’ai déjà été confronté à ce genre d’inanités écrites {je me garderais d’employer le terme « littéraire », ces gens ne sachant d’ordinaire ni écrire ni parler, leur seul mode humain de communication est l’aboiement}. J’ai posté il y a deux ans une vidéo sur Youtube intitulée Einsatzgruppen – Holocaust, avec plus de 40.000 vues à ce jour, où, au travers de photos statiques et sur une musique de ma composition, je montre certaines des photos les plus emblématiques et symboliques des terribles massacres de 1941-1942 dans l’ex-URSS {Vilnius en Lituanie, Lepaja en Lettonie, Ivangorod et Babi Yar en Ukraine, etc.). Dernièrement, encore, j’ai lu un commentaire à propos d’une des photos les terribles de cette vidéo, celle montrant à gauche un soldat boche visant une jeune femme qui lui tourne le dos et tient un enfant dans les bras. Cela c’est la photo que l’on voit habituellement. La photo complète montre sur la droite, dans le bas, quelques hommes qui creusent mains nues leur propre future tombe. Le commentaire « on voit que c’est truqué, le soldat ne vise même pas. » D’ordinaire, je delete les commentaires antisémites ou injurieux sans y répondre. Que répondre d’ailleurs à une telle bêtise ? Cette fois-ci, j’y ai répondu car je voulais montrer à cet imbécile la vacuité de son imbécillité congénitale et le vexer là où cela porterait. Voilà plus ou moins ce que j’ai indiqué en anglais : « Une bonne partie des dirigeants nazis, Hitler, Himmler, étaient des personnalités anales. Des instructions avaient été données aux hommes des Einsatzgruppen d’épargner les munitions. Le soldat vise la tête de la femme et derrière cette tête il y a son enfant, donc avec une cartouche il effacera deux vies. Dire que la photo est truquée c’est comme si on disait que l’Holocauste était un scénario inventé par Charlie Chaplin. Et, on peut douter que Charlie Chaplin, lui-même juif, aurait imaginé un scénario aussi horrible. Le fait de nier l’authenticité de cette photo me donne une idée de la largesse de votre intelligence. » Il n’a pas répondu et je devine pourquoi. Pour un admirateur des nazis, reconnaître qu’on admire des hommes à personnalité anale, cela doit faire mal à l’ego. Mais j’ai un avantage par rapport à nombre de victimes du Net, je sais écrire, je puis être mordant, cynique ou même agressif à l’occasion – mon enfance m’a appris que dans certains domaines, il n’y a pas de règles sociétales établies -, je dispose d’armes mentales pour me défendre.

 

Toutefois, tous ces jeunes qui se sont suicidés à cause du Net, combien d’entre eux étaient tout à fait désemparés, sans armes mentales pour se défendre, sans résilience, sans estime de soi suffisamment forte pour encaisser sans sombrer ? On dit que l’enfer, ce sont les autres. Parfois ou souvent, l’enfer c’est soi-même. Certaines natures fragiles, désemparées, en crise d’adolescence ou en manque d’estime de soi, incapables de parler avec quiconque, incapables de s’assumer pleinement face à l’image déformée que les monstres des réseaux sociaux projettent d’elles, s’enfoncent dans leur propre enfer, se reprochant leur nullité, se reprochent leur incapacité à être aux diapason et à l’unisson de ce que d’autres pensent d’elles, se reprochent leur incapacité à se fondre de manière harmonieuse dans une société qui est à la base cruelle, inégale et injuste. Ces adolescents, mais parfois ces adultes, n’ont pas compris l’essentiel de la condition humaine : l’existence est irrationnelle, le fruit de hasards génétiques, environnementaux, parentaux, sociaux, professionnels, il faut être bigrement fort pour s’y retrouver et s’y débrouiller dans cette fichue vie, surtout que tout autour de soi, des gens malveillants, malintentionnés, mauvais, malséants, profitent de la plus petite faille chez soi pour enfoncer le clou du cercueil, mettre en exergue le moindre défaut physique, le moindre retard mental, épingler le moindre tic verbal ou physique, la moindre déviance physique {nez, oreilles, taches de rousseur, jambes arquées, bouche, bégaiement, léger handicap, etc…}, la moindre anormalité dans un monde fondé sur certains standards physiques normaux et souhaitables que véhiculent des vedettes du ciné, des chanteurs, des présentateurs de télé ou des photos e revues spécialisées.

 

La vie est un panier à crabes et peu de gens sont là pour nous aider à en sortir. Moi-même, ayant grandi dans une famille dont le père était à certains moments violent, vis-à-vis de ma mère surtout, j’ai dû m’en sortir tout seul, sans l’aide de personne, sans mode d’emploi, sans livre ou assistance psychologique ou sociale ; j’ai dû apprendre à différencier le normal de l’anormal, apprendre à guetter ces instants de violence et à y réagir afin de préserver ma vie et celle de ma mère. J’ai appris une grande leçon à l’époque, pas à l’école, pas dans un livre, pas par un psy, mais uniquement dans le cercle familial, le premier cercle de mon enfer d’enfance personnel. Quand cela va mal, il n’y a que soi sur qui on peut compter. Et, cela permet à force de résilience et quand on s’en est sorti, de relativiser, de se situer par rapport aux autres, au monde environnant. De comprendre que les autres ne sont pas là pour nous aider, parfois tout du contraire ; certains sont là pour se gausser ou se moquer du malheur des autres.

 

J’ai moi-même eu un ami suicidaire qui a raté son premier suicide, puis il a végété durant cinq ans avant de réussir à se tuer à la seconde tentative. Il m’avait parlé de ses projets de suicide quelques mois avant la première tentative, mais que dire à quelqu’un qui est tellement concentré sur une façon précise de se tuer, quels mots dire ? J’ai échoué à le convaincre de rester en vie, et pourtant nous étions amis depuis 30 ans alors et je connaissais parfaitement son passé lourd génétique du côté maternel. À l’athénée, il avait lui aussi été l’objet de risées et de blagues, il se tenait à part de tout le monde, avait le nez busqué, un aspect sémite sans l’être, ne parlait pratiquement pas aux condisciples. Il est mort victime de son propre enfer et de ses propres cauchemars existentiels. J’en connaissais certains mais j’ai été incapable de l’aider. Même les psys qui l’ont soigné durant près de 5 ans n’y sont pas mieux parvenus.

 

Ces parents éplorés des victimes de l’accident de Sierre ont eu raison de continuer leur combat pour aboutir à la vérité judiciaire {ils ne l’ont malheureusement pas gagné}. J’aurais fait de même, j’aurais eu la ténacité de le faire envers et contre tout, envers et contre tous. Sans me soucier de ce que d’autres auraient pu en penser. Car ma jeunesse torturée m’a appris que souvent, si l’enfer ce ne sont pas les autres, l’indifférence, le manque d’empathie des autres sont bien plus nocives.

 

Et, pour ces centaines de victimes dans le monde victimes des assauts carnassiers dans les réseaux sociaux, pourquoi n’ont-elle pas retiré la prise du Net ? A-t-on besoin de Facebook pour être ? De likes pour vivre ? L’image de soi doit-elle être reflétée par les réseaux sociaux ?

20:17 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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