14/04/2016

Élégance

ÉLÉGANCE

 

Récemment, j’ai vu une photo de Karl De Gucht et j’ai été sidéré. Lui que j’avais toujours connu élégant, ne voilà-t-il pas qu’il avait sur lui le même type de costume d’un bleu marine, ce type de costume qu’on voit partout actuellement aux gouvernements fédéral et flamand, ce costume que portent Michel et certains de ses commensaux. Que j’ai même vu sur le corps de Bourgeois lors de sa visite à Cuba. Que je vois sur le corps de Hendrik Vuye présentant ses âneries sur l’avenir constitutionnel de la Belgique. Mais, chez tous ces politiciens, il n’y a pas que la couleur du costume qui pose problème. La couleur, ça va encore. Ce qui irrite quelqu’un comme moi qui ai connu des gens élégants, c’est cet aspect de défraîchi, ces innombrables plis au niveau des manches, du dos, des jambes de pantalon. Comme si on avait fait l’économie du nettoyage à sec et qu’on avait fichu ces fripes peu cossues dans la machine à lessiver et oublié de les repasser avant de les réendosser. Mais, il n’y a pas que les costumes. Avez-vous déjà vu ces cols de chemise trop serrés dont les extrémités paraissent horizontales (Michel, Reynders, Peeters, etc.) ? Ces cols imparfaitement fermés et ces cravates qui bâillent ?

 

Voyons ce balourd provincial de Michel, qui n’est déjà pas gâté des Dieux pour le physique, drapé dans son oriflamme de tissu qui semble avoir fait double usage, de costume et de pyjama tant il est chiffonné, et comparons cette image, ce symbole du chef de gouvernement d’un pays subissant un bashing constant, à celle plus sophistiquée d’un Obama, toujours impeccablement vêtu, élégant tout aussi sur le plan vestimentaire que sur celui de l’art oratoire. Car, Michel, il n’y a pas que par l’habit qu’il pèche {l’habit fait le moine dit-on, drôle de moine ce Michel !}, l’art oratoire est une matière qu’il a dû sécher aux cours durant ses humanités. Bon, d’accord, ce qu’il n’a pas comme grandeur sur le plan verbal ni vestimentaire, il la compense par des images fortes. Qui d’autre dans le monde oserait reprocher aux États-Unis d’avoir tardé dix ans à attraper et tuer Osama Ben-Laden?

 

Trump que tout le monde connaît par ses pitreries et mimiques faciales aussi laides que vulgaires, est l’un de ces autres personnages pour lequel le terme élégance apparaît d’une intrusion crasse.

Élégance me dit le Petit Robert est une « Qualité esthétique qu’on reconnaît à certaines formes naturelles ou créées par l’être humain dont la perfection est faite de grâce et de simplicité » {sens premier} et « Bon goût manifestant un style personnel dans l’habillement, la parure, les manières. » {sens troisième}.

 

Pour moi la course du guépard en pleine chasse est élégante. Le vol d’une buse se laissant guider par de hauts vents, toutes ailes déployées, est élégant.

 

Des gens comme Michel, De Block, Bourgeois, Galant, par leur posture de petits apothicaires ou vendeurs de confiseries, leurs babillages sans profondeur, leurs attitudes corporelles ou faciales, leurs vêtements, me font penser à ces admirables vers de Baudelaire parlant de l’albatros, le roi dans les airs:

 

« A peine les ont-ils déposés sur les planches

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! »

 

Toutefois, à la différence de l’albatros, roi de l’azur, ces personnalités gauches ne sont pas capables d’élévation car leur art de se vêtir est celui des masses prolétaires sans goût raffiné et leur art du discours est celui de moulins à vent.

 

J’ai eu il y a plus de quarante ans un collègue juif d’origine roumaine. Il était toujours impeccablement habillé. Élégant dans sa manière de travailler, d’agir, de penser, et de vivre. Pourtant, il avait connu l’enfer de l’Holocauste en Roumanie, dans un pays où les Roumains furent presque plus sauvages dans leur destruction des Juifs que les nazis. Il avait connu l’enfer du communisme en tant que cadre dans une entreprise étatique. Où une erreur économique dans une entreprise d’état causant plus de 200.000 francs belges de perte était passible de la peine de mort. Il était cultivé, connaisseur en art, opéra, musique classique, multilingue, fine bouche. Sophistiqué. Tout le contraire de ces balourds de politiciens provinciaux cités plus haut, dénués de prestance, d’élégance, de qualités oratoires ou linguistiques {avez-vous déjà entendu De Block parler en néerlandais ? Son vocabulaire basique, presque enfantin ? Ou la façon gémissante de Peeters ? Le sens du verbe inné de Galant ?}. Incapables de bon goût dans le choix de leurs habits. Mais, des gens comme Trump qui ont certes plus de goût – ou de fric - pour s’habiller ont une posture macho et provocante telle qu’on en oublie vite la qualité des vêtements pour ne retenir que les vulgarités physique et verbale.

 

J’ai travaillé assez longtemps près du quartier européen à Bruxelles. Là, on y voyait des hommes et des femmes nimbées d’élégance vestimentaire. L’élégance vestimentaire, une particularité en voie d’extinction. L’art oratoire, une qualité humaine en voie de disparition à l’exception peut-être d’un Maingain chez nous, d’un Obama aux States.

 

Michelle et Barack Obama dansant ensemble. Voilà ma vision de l’élégance. Mais, quand en novembre 2013, je suis allé au Metropolitan Opera, je me suis aperçu que même là, l’élégance fichait le camp.

 

Bon, je ne suis pas optimiste pour l’avenir. Je sais au moins ce que c’était l’élégance, je sais la reconnaître quand, par hasard, elle croise mon chemin, ce qui est de plus en plus rare.

 

Quelles sont les jeunes générations qui peuvent en dire autant ?

17:18 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.