04/04/2016

La Bourse, lieu du souvenir, lieu du recueillement

La Bourse, lieu du souvenir, lieu de recueillement

 

Hier, c’est la première fois que je me rendais à Bruxelles depuis les attentats de Zaventem et du métro à Maelbeek du 22 mars dernier.

 

J’étais curieux de voir la Bourse et ce qu’on nous montrait habituellement à la télévision : ces foules, ces fleurs et bougies, ces hommages écrits, ces nounours qu’y déposent des enfants.

 

Je n’ai pas été déçu. Dès qu’on arrive sur le côté de la Bourse et qu’on distingue cet amoncellement de fleurs et bougies, de photos, drapeaux, écrits, poupées d’enfants, nounours, qu’on regarde ces personnes qui fixent obstinément cette étendue du souvenir, dès qu’on marche parmi ces personnes, qu’on les écoute, qu’on entend des jeunes chanter de voix non professionnelles des chants de paix et d’entraide, avec une immense générosité et ferveur, on réalise que ces chansons c’est une façon de montrer aux barbares que Bruxelles et ses habitants vivent, se sont relevés, et ont remis en ordre le puzzle d’une existence qui avait été rendue chaotique et désorganisée par ces terribles images qu’on leur projeta en direct pendant des journées entières. Et par la peur initiale.

 

Oui, hier, il y avait foule à Bruxelles, à la Grand-Place, au quartier Dansaert, devant et autour de la Bourse. Des Bruxellois, des Belges ou étrangers habitant en Belgique, des touristes aussi en majorité hispaniques, quelques Japonais et quelques Chinois. La Bourse est maintenant devenue un lieu de tourisme obligé, presque plus populaire et important que Manneken Pis ou l’Atomium. Sauf que l’atmosphère à la Bourse va du recueillement comme je l’ai vu chez une jeune dame qui a allumé à elle seule une vingtaine de bougies à la tombée du jour, de la joie comme je l’ai vue quand j’ai entendu ces Péruviens massés sur les marches de la Bourse, chantant une version hispanique de Auld Lang Syne, lâchant ensuite des ballons, comme je l’ai vu chez ces enfants en bas âge qui marchaient avec précaution au milieu de ce champ du souvenir, pour y apporter leur marque d’hommage. Ces enfants en bas âge comprennent-ils ce qu’est le terrorisme aveugle ? Savent-ils ce qu’est la mort d’être déchiquetés par des armes de destruction religieuse ? Non, sans doute. Mais l’important, ce n’est pas leur niveau de compréhension, l’important c’est le geste qu’ils posent, leur présence, eux qui représentent l’avenir de notre monde, l’espoir d’un monde qui serait moins mauvais et cruel que celui qui nous menace actuellement.

 

Dans les années 70, un chant révolutionnaire s’est imposé dans différents pays d’Amérique du Sud vivant sous la tyrannie : El Pueblo Unido Jamas Sara Vencido {le peuple uni ne sera jamais vaincu}.

 

Je pensais à ce chant hier dans l’après-midi, à la tombée du jour et un peu avant onze heures du soir, quand je suis passé à la Bourse à différents moments de ma journée à Bruxelles. Bien mieux que les politiciens qui cherchent à engranger de la popularité ou des voix pour l’avenir, qui cherchent à récupérer les tragiques événements à des fins politiciennes, bien mieux que certains « journalistes » qui cherchent à pousser les ventes à coups de photos et d’articles en dépit du bon goût et de la dignité due aux victimes de ces attentats {pensons à la dernière couverture de Charlie Hebdo la semaine dernière ou à certaines de nos feuilles de chou nationales dans les deux langues}, bien plus que cette indigence de gestion dont fait parfois preuve le gouvernement, le peuple uni a parlé d’une voix et sera dès lors invaincu. Il est allé, il va, il ira, se recueillir à la Bourse, pas pour se montrer, pas pour s’en vanter, pas pour l’esbroufe, pas pour la pub électorale que cela rapporterait. Non, par empathie pour les victimes. Par amour d’une solidarité humaine et humaniste dont la mort ne peut rompre les chaînes. Pour prouver aux monde entier, aux terroristes, aux fous de Dieu, qu’à côté de la déraison, de la folie meurtrière, il y a des centaines, des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de gens qui ont encore en eux de la décence, du bon goût, le sens de l’empathie, et sont capables de pitié {au sens noble du terme}, d’amour, d’espoir.

 

Ce ne sont pas ces drapeaux belges qui rendent l’espoir car les attentats visaient bien plus l’Europe et l’Union que la seule petite Belgique. Ni les rodomontades politiciennes. Ni les articles d’opinion. Ce ne sont pas les discours creux ou indigents de gens qui n’ont rien à dire, ne savent pas où le dire, quand ni comment le dire.

 

L’espoir renaît de ces inconnus qui ne sont ni invisibles ni muets. L’espoir renaît par leurs voix parfois fausses mais toujours enthousiastes, leurs chants, leurs gestes surtout, s’abaisser pour déposer un bouquet de fleurs, un nounours, un écrit, marcher sur le sol de ce lieu déjà sacré pour y allumer ou rallumer des bougies tout en ne piétinant rien qui s’y trouve déjà. Prendre des photos ou filmer non pas pour conserver ces clichés et secondes d’enregistrements comme des souvenirs de vacances, non prendre des photos et filmer pour se prouver encore et toujours qu’un jour sans fin il y eut à Bruxelles et devant la Bourse un lieu où amour, espoir, empathie, paix, souvenir, mémoire, furent des mots ayant encore un sens. Que là, parmi la foule, durant de longues et bénéfiques minutes, on ressentit une solidarité dont nous avions été privés par un monde cruel et injuste.

 

L’espoir est un mot qui se décline dans de nombreuses langues et de couleurs de peau à Bruxelles et devant la Bourse. Aucune tour de Babel, aucune confusion. Tout le monde parle la même langue humaine. Tous se comprennent sans même devoir parler.

 

Et ce, malgré l’horreur incommensurable des attentats. C’est peut-être là le seul point positif à mentionner de cette immense tragédie.

20:03 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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