21/01/2016

L'honneur perdu du petit Aylan Kurdi - un dessin odieux de charlie Hebdo

 

L’honneur perdu du petit Aylan Kurdi

 

Je n’ai presque pas vu de réactions parmi mes amis sur Facebook à propos d’une caricature particulièrement odieuse qu’a publiée Charlie Hebdo la semaine dernière.

 

Il s’agit d’un dessin au sujet d’Aylan Kurdi, le garçon de cinq ans dont le corps échoué sur une plage de Turquie avait ému le monde entier.

 

Dans ce dessin, outre le texte ‘Que serait-il advenu du jeune Alan s’il était devenu grand ?’ on voit en dessous quelques hommes qui poursuivent des femmes avec un regard lubrique !

 

On sait que le 11 janvier 2015, plusieurs millions de personnes, ainsi que des chefs d’états en grand nombre, ont défilé non seulement dans les rues de Paris mais dans d’autres villes de France, pour défendre la liberté d’opinion, d’expression, la liberté de la presse. Tout le monde à l’époque était Charlie

 

Personnellement, outre l’aspect odieux et indéfendable d’un tel dessin – dont la qualité raciste non voilée n’échappera qu’aux aveugles ou ceux qui ont un QI inférieur à 80 -, je pense qu’il y a une énorme part de crise de puberté chez ces dessinateurs qui se targuent de défendre la liberté d’opinion, d’expression et de presse. Ils pensent qu’en s’attaquant à tout, en désacralisant l’image symbolique d’un pauvre gosse qui n’a commis d’autre méfait que de ne pas savoir nager et être né syrien, ils expriment une opinion, qu’ils sont les hérauts de la défense de l’expression et de la liberté de la presse. Il y a plusieurs mois, ils avaient déjà désacralisé l’image iconique d’Aylan {iconique parce qu’elle symbolise, par son indicible tristesse, le sort de ces millions de familles qui ont fui leur maisons, appartements, possessions, et se retrouvent à l’étranger sans rien, la proie facile des loups parmi les loups que sont les hommes} en dessinant le même gosse mort avec à côté un panneau publicitaire pour un fastfood et la légende ‘si près du but’.

 

Peut-on rire de tout ? Certainement ! Mais, personnellement, je ne ris pas d’Auschwitz ni des chambres à gaz ni des fours crématoires, je ne ris jamais des Noirs lynchés aux States au début du 20e siècle, ni des Juifs victimes de pogromes en Russie tsariste, je ne rirais pas aux blagues sur les frères Kouachi ou Koulibaly (comme j’ai vu un comique le faire à l’émission de Ruquier la semaine dernière).

 

Il y a une frontière bien définie – que ne perçoivent nullement ces dessinateurs et cartoonistes pubertaires qui se permettent l’odieux en atteinte au droit à l’image qu’ont les personnes privées ou des victimes innocentes – entre le droit à l’information, l’expression, l’opinion et celui relatif à la presse, et le bon goût, la décence.

 

Je n’ai pas vu la semaine dernière des millions de gens descendre dans les rues des villes de Paris pour critique le manque de décence, d’empathie, le racisme larvé de Charlie Hebdo. Bon, on me dira que je n’ai rien compris, qu’il fallait interpréter ce dessin comme le reflet d’un inconscient collectif français qui penserait que oui si le petit Aylan Kurdi avait survécu, qu’il y aurait eu plein de préjugés autour de sa personne et qu’on aurait pu le soupçonner d’être l’un de ces toucheurs ou violeurs de femmes, prompt à la gâchette dès qu’un élément féminin se pointe dans sa mire sexuelle.

 

OUAIS !

 

Dans le passé culturel de la France, il y eut des auteurs, notamment en littérature, qui ne se sont jamais gênés pour critiquer tout et n’importe quoi : Céline par exemple ou Jean Genet pour la France, Bukowsky et Hubert Selby Jr. Pour les Etats-unis. La différence par rapport aux gens de Charlie Hebdo {dont les dessins d’un point de vue purement graphique ne sont jamais terribles}, c’est que nombre de ces critiques de société avaient du talent et avaient trouvé un moyen d’expression pour communiquer ce qui les dérangeaient dans notre mode de vie moderne, même en désacralisant, fustigeant, même en pratiquant, eux aussi, l’odieux, l’impensable et en bousculant les totems de notre société moderne. Sauf que quand ils créaient, ce n’était pas le nez sur la prochaine échéance de sortie d’une revue et le désir de choquer pour choquer. C’étaient des êtres écorchés avec tous leurs défauts {antisémitisme pour Céline, une certaine forme de misogynie chez Bukowsky}, mais au moins ils étaient matures, leurs pointes acérées, leurs formidables coups de boutoir contre les convenances d’une société figée dans des conventions sociétaires autant que mercantiles, formaient une espèce de contre-pouvoir intellectuel. Ces gens n’étaient pas adulés par la high society.

 

Les gens de Charlie Hebdo par contre sont aimés et adulés par la high society française car ils sont les ardents défenseurs de la liberté d’opinion.

 

Des opinions souvent pubertaires d’inspiration et, parfois, d’une pauvreté d’inspiration crasse.

 

Je pense qu’il faudrait remplacer le concept éculé de liberté d’opinion et d’expression par le droit à la pauvreté d’opinion. Et là, je suis de leur côté, je défends ardemment le droit à afficher en public leur pauvreté d’inspiration, leur droit à la pauvreté d’opinion et de créations graphiques.

 

EH LES MECS DES CHARLIE HEBDO, JAMAIS RIEN VU DE DALI, DE SCHIELE, DE CHAGALL ? Ils avaient du talent graphique et des opinions souvent en opposition radicale aux sociétés qui les avaient vu naître et grandir. Et, ils n’étaient pas restés coincés au stade pubertaire du développement psychologique.

 

 

18:46 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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