19/06/2015

Je m'indigne à propos de la Grèce!

Notre Premier Ministre par intérim (on sait que c’est De Wever le 1er Ministre de facto) a sifflé la fin de la récréation pour la Grèce. Y en a marre de ces Grecs à la noix, qu’ils fichent le camp, sortent de l’euro et de l’Union européenne.  Et nous fichent la paix une fois pour toutes !

 

Que pensent-ils ces Grecs ?  Que parce qu’ils ont inventé le terme ‘démocratie’, fondé les bases du théâtre, de la poésie lyrique et de la musique de type occidental, qu’ils aient droit à une quelconque voix au chapitre maintenant qu’il s’agit ni de démocratie ni de théâtre ou de poésie lyrique, ni de musique mais de GROS SOUS.  Que le peuple grec n’ait somme toute pas été à l’origine de l’énorme crise financière qui le frappe de plein fouet – ce sont les spéculateurs bancaires et les organismes de crédit internationaux qui ont joué la largesse là où, peut-être, on aurait dû être du type attentiste -, ne change rien.  C’est le peuple grec qui a payé, paie et paiera les conséquences, les pots cassés, les séquelles sociales et humaines, de la crise et de la bêtise des gouvernements précédant celui de Tsipras et de son parti Syriza.

 

Michel est un petit bourgeois élevé dans un cocoon en Brabant wallon.  Le fruit d’une élite bourgeoise et de la classe moyenne.  Il n’a sûrement jamais dû se priver de quoi que ce soit au cours de son parcours l’ayant mené au mayorat de Wavre, à la direction du parti réformateur, puis – ô joie et bonheur universel – à la Fonction de Premier Ministre par intérim d’un Royaume petit sur le plan de la géographie mais immense sur le plan de la reconnaissance mondiale.

 

Qu’il y ait eu quantité de personnes qui se sont suicidées en Grèce depuis que la Troïka (Fonds Monétaire international, Banque centrale européenne et Commission de Bruxelles) gère de facto les affaires financières de la Grèce, ne gêne certainement pas notre Michel par intérim.  Que, suite à la crise, des quartiers d’Athènes naguère chics, près de la place Syntagma, soient maintenant devenus des zones sinistrées aux rez-de-chaussée commerciaux désespérément vides, des rues peuplées de SDF, drogués, des rues où maintenant parfois règne la violence et surtout contre les gens de couleur ou immigrés de  pays qu’on n’aime pas à l’Aube Dorée, ne doit certainement pas déranger notre 1er Ministre par intérim, lui qui se déplace uniquement en voiture avec chauffeur et escorte, qui va de la voiture dans un hôtel de luxe ou de première classe, et qui ne fréquente à vrai dire que des hommes d’état ou des politiciens, des gens donc de son acabit mental (que, pardonnez-moi, je ne juge pas grandiose).  Mangeant dans les meilleurs restaurants et ne connaissant du monde externe que ce qu’une ‘élite’ (hi-hi !) de politiciens lui en dit ou ce qu’il en voit via le prisme déformant de la télévision.  Et n’oublions pas que quand notre 1er Ministre a subi une épreuve terrible récemment (une fausse couche de sa compagne), il s’est mis en congé privé durant deux jours, faisant là preuve d’empathie pour autrui (mais aussi pour sa propre douleur), lui qui a sifflé la fin de la récréation pour la Grèce, montrant par là ce manque d’empathie pour la souffrance des autres. Et, ici, je parle de la population grecque qui souffre, certaines personnes ne parvenant même plus à se soigner, aller chez le médecin, à l’hôpital ou acheter les médicaments nécessaires.

 

Il y a quelques années (au moins 2 ans) un patron de resto grec de Bruxelles nous avait dit qu’on avait déjà amputé la pension de ses parents de 200 euros, eux qui en gagnaient moins de 1.000.   Et, maintenant, le FMI a décrété qu’il faut pratiquer de nouvelles coupes sombres dans le budget des pensions.  Facile à dire pour Mme. Lagarde qui se paie un traitement plantureux à la tête du FMI.  ET qui, elle aussi va de voiture avec chauffeur dans des hôtels de luxe et des restos huppés, etc.

 

Bon, je suis d’accord, la Grèce a failli dans plusieurs domaines et c’est entièrement de sa faute

 

Elle n’a pas de cadastre des propriétés ; à un certain moment, le Fisc pensait qu’il y avait 150 piscines (taxables donc) à Athènes alors qu’il y en avait 15.000 !  D’accord, la Grèce est incapable de percevoir les impôts et surtout ceux liés aux fortunes les plus grosses ou aux entreprises faisant encore des profits car le Fisc n’a pas les moyens de le faire pour toute une série de raisons, parfois étonnamment comiques.  D’accord, quand la Grèce a reçu la liste des Grecs ayant de plantureux comptes en banque à l’étranger, cette liste est restée des mois dans un tiroir de ministre, sans qu’on bouge, et maintenant on n’a pas encore bougé sur ce plan.  D’accord, comme nous le disait le patron du resto grec il y a quelques années, la Grèce était corrompue, il fallait payer des dessous-de-table pour aller chez le médecin, se faire soigner à l’hôpital.  Il nous a raconté que dans un village, il y avait une ambulance et douze ambulanciers rémunérés !  L’administration en Grèce est pléthorique (mot d’origine grecque !), le budget de l’armée est dithyrambique (mot grec à l’origine, repris en latin), et, comme le soulignait notre Pandelis (patron de resto), à certains égards la Grèce contemporaine fait penser aux mœurs du Proche-Orient.  Désorganisation, bakchichs, dolce farniente, etc.

 

Ouais !

 

Mais, n’oublions pas deux choses essentielles :

 

  1. La participation à l’Union européenne et au mécanisme financier de l’euro n’implique pas que le pays n’ait plus droit à sa souveraineté nationale et à la détermination autonome de ses objectifs sociaux, financiers, économiques, sanitaires.

  2. Tsipras a fait valoir que l’Allemagne devrait payer des réparations pour les dommages causés par la guerre.  Il n’a pas tort sur ce plan, un historien allemand a même récemment émis l’idée que quand un accord a été conclu avec la Grèce pour de modestes réparations (quelques centaines de millions de francs belges à l’époque), la Grèce a été grugée eu égard à l’ampleur des dégâts physiques et économiques occasionnés par les Nazis, mais, également, par l’ampleur des pertes en vies humaines.

     

    Tsipras est grec, il pratique donc le pathos (mot grec, encore !), essayant d’aboutir à une espèce de catharsis (coucou, du grec !)  signifiant (merci le Petit Robert) ‘un effet de  "purgation des passions"  produit sur les spectateurs ‘une représentation dramatique’, ou, dans un second sens relatif à la psychanalyse, ‘la réaction de libération ou de liquidation d’affects longtemps refoulés dans le subconscient et responsables d’un traumatisme psychique.

     

    Épinglons encore deux choses :

    Dijsselbloem, le chef de l’Eurogroupe est un "…" (censuré), il déteste les Grecs et est tellement empli d’une suffisance néolibérale et d’ego qu’elle réduit fortement sa visibilité tous azimuts et l’expression de facultés mentales autres que des platitudes néocapitalistes. De plus, il déteste le ministre grec des Finances Varoufakis (playboy au fond comparé au petit apothicaire Dijsselbloem tout étriqué dans son costume bien taillé !), cela a immédiatement foiré entre eux sur le plan ‘humain’. On ne doit donc pas compter sur cet Hollandais obtus pour comprendre le sort des Grecs.

     

    Le sommet de lundi prochain des chefs d’état et de gouvernement ne produira pas grand-chose en termes d’aide à la Grèce ou de diminution de sa dette.  Pourquoi ?  La tendance intégriste représentée par Cameron, Merkel, Michel, Rutte, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande (qui ont eux-mêmes subi les affres du FMI mais qui en sont sortis ou en passe de s’en sortir, ne feront aucun effort pour ce pays, ‘bien fait pour eux !’), augmentée par les voix des pays scandinaves (toujours dans la ligne dure), de la Pologne, des pays baltes et des autres pays membres de l’euro (Slovaquie, Autriche, etc.) donnera de la voix (chœur grec !) dans un ensemble touchant pour refuser tout en bloc à la Grèce, car la grosse tendance qui prévaut dans ces gouvernements c’est le libéralisme pur et dur, le libéralisme inhumain, le néocapitalisme qui s’oriente de plus en plus vers des modes américains de comportement commercial asociaux.  Les seuls qui défendront peut-être une possibilité d’accord et de compréhension des points de vue grecs seront les représentants de la France et de l’Italie, voix perdues dans le capharnaüm néolibéral, ultracapitaliste et antidémocratique sur lequel vogue la vague bleue qui tient actuellement l’Europe sous sa coupe.

     

    Et, en conclusion, je m’indigne car même si les gouvernements grecs précédents ont été fautifs dans leur gestion des crises bancaires et financières, même si ce pays fonctionne encore parfois sur un mode qu’on retrouve dans certains pays du Proche-Orient, même si Tsipras joue peut-être un jeu dangereux, ce qui compte ici, c’est le sort de la population grecque, paupérisée, réduite à un esclavage par l’Europe où prédomine l’Allemagne (que certains Grecs taxent déjà de 4e Reich), soumise à des diktats de fonds monétaires ou d’instances internationales ou européennes qui pensent en termes de bénéfices et non de vies humaines.

     

    Nous ne nous indignons pas alors que plus de 250.000 personnes sont mortes en Syrie, que près de 3 millions de réfugiés syriens vivent dans des tentes, certains depuis des années.  Les réfugiés qui arrivent par la Mer méditerranéenne ne nous dérangent absolument pas, ni leur sort.

     

    Sifflons la fin de la récréation, pour tous ces politiciens européens qui parlent le même langage thatchérien ou reaganien, démunis de facultés intellectuelles suffisantes leur permettant d’envisager de discuter d’égal à égal avec des pays souverains, d’envisager qu’il y a peut-être d’autres solutions qu’une austérité thatchérienne, incapables d’empathie pour autrui, de se mettre à la place d’autrui.  Ces chefs d’état et de gouvernement, ces petits apothicaires qui comptent leurs sous et n’ont aucune idée de ce que représentent ces mêmes sous pour les gens ordinaires de leur pays ou de pays en crise qui ne vivent nullement sur le même pied de richesse que la politique leur a apportée.

17:00 Écrit par ro-bin dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Vous avez totalement raison!
Bravo pour ce texte.

Écrit par : Jean-Michel SINTE | 19/06/2015

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