08/03/2015

INDIGNONS-NOUS!

L’indignation est à la mode ces temps-ci.  Grâce et à cause des réseaux sociaux et principalement de Facebook, dès qu’une information capte l’attention de quelques internautes avisés (?), l’indignation tout azimut se répand sur le Net.

 

On l’a vu récemment lors de la désacralisation et destruction systématiques d’œuvres assyriennes en Irak.  Que n’a-t-on agoni l’État Islamique (EI) d’insultes: barbares, on devrait leur balancer une bombe atomique sur la tête, il faudrait une nouvelle croisade…

 

Quelqu’un a-t-il réagi quand, lors de la prise de Bagdad par les troupes US en 2003, les Américains – qui n’étaient intéressés que par le pétrole irakien et les somptueux palais de Saddam Hussein -, laissèrent le Musée National Irakien de cette ville sans garde, sans aucun soldat US pour en protéger l’inestimable quantité d’œuvres vitales pour l’histoire de l’humanité.

 

Résultat: 15.000 œuvres d’art volées!  Mais, il faut excuser les dirigeants politiques et militaires américains, ils n’étaient pas plus capables d’apprécier des œuvres d’art que ces combattants souvent incultes et acultivés de l’EI.

 

L’indignation est sélective.

 

Récemment, on s’est indigné quand les combattants de l’EI ont massacré des Azéris ou des Chrétiens.  Que Bachar El-Assad, qui fait la guerre contre son propre peuple, ait provoqué directement ou indirectement la mort de plus de 200.000 civils dont une grande proportion d’enfants, l’exode de près de 2 millions et demi de citoyens syriens qui croupissent dans des tentes et des lieux insalubres à l’étranger, ne dérange personne

 

Et puis, après tout, la destruction d’œuvres d’art, aussi effroyable fût-elle – pour moi, certainement qui me targue d’être un amateur d’art étranger -, que vaut-elle au regard des dizaines de milliers d’enfants qui meurent chaque jour dans les pays pauvres (Afrique principalement mais en Asie et en Amérique du Sud, dans certaines régions défavorisées), de la malaria, de malnutrition, de déformations congénitales qu’on ne peut soigner tant elles sont chères, du sida, d’Ebola, de la dysenterie ou, simplement, de cas de mortalité infantile?

 

Ne faudrait-il pas par ailleurs relativiser la portée et l’importance d’œuvres d’art?

 

Dans notre monde déboussolé, une denrée de loin plus importante que l’art commence à se faire rare dans certaines régions.  L’EAU.

 

Un jour que je traduisais un document d’anglais en français pour une  ONG pour laquelle je travaille en tant que bénévole, je tombai sur un passage qui indiquait que dans un village subsaharien X, il n’y avait pas d’eau courante ou potable.  Uniquement de grandes citernes qu’on venait approvisionner par camion et auxquelles avait accès la population locale.  Et quand il y avait un problème de camion qui n’avait pas pu venir approvisionner le village en question, eh bien, les femmes et les enfants partaient chercher de l’eau. À pied!  L’ALLER – RETOUR DURAIT 24 HEURES!

 

Ces indignés sur le Net qui sautent sur tout ce qui leur paraît outré, anormal, extrême, se sont-ils jamais indignés du fait que eux vivent dans le confort matériel le plus abject tandis qu’au moins un milliard d’êtres humains de la population terrestre (nos frères et sœurs en fait) vit – tout une famille – avec un revenu journalier d’un $ (par jour, précisons!).

 

Quand je bois un café à l’extérieur, payant 1,90 €, voilà je viens de jeter l’équivalent de deux salaires journaliers d’une famille entière en Afrique ou Asie.  Au Vietnam, en 1993, un jour que nous gravissions une montagne pour aller y visiter un lieu célèbre, mon épouse et moi fûmes accompagnés tout le long du trajet montant et descendant, moi par une fille, mon épouse par un jeune homme, portant des boissons fraîches.  En haut, nous bûmes du coca (pour l’équivalent en dongs d’un dollar US) et j’offris un coca à nos accompagnateurs.  Au moins quatre heures de travail pour ces adolescents vietnamiens pour avoir gagné chacun 2 dollars (un dollar en plus grâce à notre générosité – sic -).  Ça c’est la vraie réalité dans les pays en voie de développement.

 

INDIGNONS-NOUS, MAIS POUR LES VRAIS PROBLÈMES DU MONDE!

 

Personnellement, je sacrifierais volontiers la Joconde, si par cet acte, 900.000 enfants pouvaient être sauvés. L’équivalent statistique d’un mois de décès d’enfants dans les pays en voie de développement, causés par le manque de soins médicaux, de prévention médicale, la corruption, la négligence politique, et cette répartition capitaliste du travail qui voit les pays industrialisés détenant un monopole de fait et reléguant aux pays pauvres le rôle de fournisseurs de produits de base (café, thé, agrumes, zinc, uranium, cobalt, etc.), en vérité une exploitation colonialiste qui se cache maintenant sous le couvert de la coopération entre partenaires égaux…

11:30 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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