28/01/2015

LES 70 ANS DE LA LIBÉRATION D'AUSCHWITZ

 

Quelques remarques à l’occasion des 70 ans de la libération des camps d’Auschwitz.

 

 

 

La plupart des gens qui n’y connaissent rien croient qu’il n’y avait qu’un seul camp à Auschwitz. La cérémonie commémorative hier se déroulait à Birkenau (Oswiecim), une vaste tente ayant été dressée devant le Corps de Garde et l’entrée principale, à l’intérieur du camp.  Birkenau fut l’usine de la mort par excellence avec ses chambres à gaz et fours crématoires qui permettaient un ‘traitement’ de près de 8.000 cadavres par jour.

 

 

 

Il y eut trois camps principaux et des dizaines de sous-camps dans les environs d’Oswiecim (Auschwitz).

 

 

 

Le ‘Stammlager’ (camp de base, Auschwitz I), fut établi sur le lieu d’une ancienne caserne polonaise, là où furent gazés les premières victimes, près de 700 prisonniers soviétiques, fin 1941.  Tous les baraquements y étaient de brique et c’est à l’entrée de ce camp qu’on peut lire la fameuse inscription ‘Arbeit macht Frei’.

 

 

 

Birkenau (Auschwitz II) était une usine de destruction humaine à grande échelle, là où aboutissaient les trains de la mort, et le symbole de la mort par gazage au Zyklon B, ainsi que par l’extermination lente des détenus par la famine, la cruauté, le travail, les conditions insalubres.  Il y eut à certains moments près de 100.000 détenus à Auschwitz II.

 

 

 

Monowitz (Auschwitz III) était une usine de construction de caoutchouc synthétique – entre autres -, ce fut là que fut interné et travailla Primo Levi.  Beaucoup de firmes allemandes, certaines existant encore actuellement sous la même enseigne, employaient là des esclaves principalement juifs contre rétribution minime à la SS.

 

 

 

Beaucoup de gens ont assisté à la retransmission en direct de la cérémonie d’hier et sur Facebook les commentaires ne manquaient pas

 

 

 

Aberrant de voir que Poutine n’ait pas été officiellement invité par les autorités polonaises hôtes des commémorations (à cause de l’Ukraine et des agressions soutenues par les Russes dans la partie Est). Je viens de lire dans De Standaard d’hier que le Ministre polonais des affaires étrangères soutenait que c’étaient les Ukrainiens qui avaient libéré Auschwitz (puisque le front de l’Armée Rouge s’appelait ‘Front Ukrainien’) ou comment on récrit l’histoire. L’Union Soviétique a perdu des millions de soldats (et combien de millions de civils) pour aboutir à libérer ce camp où près de 7.000 détenus étaient encore en vie au moment de l’arrivée des troupes soviétiques, dont des centaines d’enfants souvent le sujet d’expériences pseudo-médicales par Mengele et ses assistants meurtriers.

 

 

 

D’accord je comprends ce point de vue.  Pourquoi les Rois de Hollande et de Belgique ont-ils alors été rendre hommage au Roi d’Arabie Saoudite décédé la semaine dernière alors qu’on sait très bien que ce pays soutient financièrement, religieusement et idéologiquement, les mouvements salafistes et wahhabites dans nos pays occidentaux!  Que veulent ces deux mouvements: l’instauration de la Sharia, terreau propice pour les mouvances terroristes.  Poutine n’est pas le bienvenu en Pologne et l’Arabie Saoudite est notre grand ami ou deux poids deux mesures!

 

 

 

Le Président allemand, Gauk, a prononcé un discours remarquable au Bundestag à Berlin hier, disant que ‘l’identité allemande ne se conçoit pas sans Auschwitz.’  

 

 

 

J’ai visité Auschwitz en 1982 et en 2006, j’y ai vu une chambre à gaz réaménagée et les fours crématoires, les Stehzellen (cellule où le prisonnier ne pouvait pas se tenir ni assis ni debout), la cour d’exécution, les potences, j’y ai vu les cheveux coupés de femmes conservés derrière une vitrine, les casseroles, les chaussures, les valises Les baraquements. Il faut y avoir été – et avoir lu quantité d’ouvrages à ce sujet - auparavant – pour comprendre ce que fut cette vaste entreprise industrielle de destruction d’êtres humains.

 

 

 

Car Auschwitz fut évidemment le symbole de la mise à mort industrielle de Juifs, résistants, communistes ou socialistes, témoins de Jéhovah, homosexuels, otages, Roms, prisonniers soviétiques ou toutes personnes accusées d’activités antinazies.

 

 

 

En tant que symbole, je comprends qu’on ne parle que d’Auschwitz quand on désire parler de la Shoah.  Mais ce qui m’énerve un peu – moi qui me targue d’avoir lu et vu pas mal de choses sur la Shoah et avoir visité certains des lieux de la Shoah et pas uniquement en Pologne -, c’est qu’on parle peu des 5 autres camps de la mort en Pologne: Treblinka où périrent la plupart des habitants du ghetto de Varsovie, Majdanek, Sobibor, Chelmno et Belzec.

 

 

 

La plupart des gens qui disent sans cesse ‘Auschwitz’ ignorent tout de la réalité autre qu’Auschwitz.  Par exemple, en deux jours à Riga/Lettonie, les 30 novembre et 8 décembre 1941, les Einsatzgruppen (groupes allemands de tueries mobiles en URSS) aidés de collaborateurs lettons, tuèrent près de 28.000 personnes (femmes, hommes, enfants, vieillards) du ghetto de Riga par balles après les avoir fait déshabiller.  En deux jours à peine!  33.000 près de Kiev, à Babi Yar, fin septembre 1941. Et il y eut en URSS des centaines de massacres de telle espèce et de manière identiquement barbare. À Ponary, près de Vilnius/Lituanie, on tua 100.000 personnes par balles en 3 ans, dont 70 % de Juifs (les autres étant des Soviétiques ou des partisans lituaniens).  Quand je suis allé visiter les Mémoriaux de Rumbula (Riga) et Ponary (Lituanie), il n’y avait pas d’autres visiteurs sur place que mon épouse et moi-même!  Je suis allé récemment visiter le Musée Dossin de Malines, en face de la caserne ‘Dossin’, de là où furent expédiés les quelque 26.000 Juifs de Belgique à destination d’Auschwitz, dont seul un bon millier survécut.  Là aussi, le jour de notre visite, pratiquement personne.

 

 

 

Je pense qu’il ne suffit pas, pour quelqu’un qui se dit démocrate, épris de liberté, soucieux de la préservation du souvenir des victimes de la Shoah mais aussi du nazisme, de regarder bêtement un écran et de se dire ‘oh, ce fut effroyable’.  Il faut aussi lire, regarder des documentaires sans dire ‘oh c’est trop cruel à voir!’ Voir par exemple celui projeté avant-hier sur Allemagne 1 et hier soir sur Hollande 2, intitulé ‘Night Will Fall’ et qui montre les images atroces de la libération de Bergen Belsen, le camp où mourut Anne Frank mais où les troupes britanniques eurent à s’occuper de 30.000 cadavres laissés en plein air, dans un camp où régnait le typhus.  Le titre tout à fait pertinent (La Nuit Tombera) se réfère au commentaire final du documentaire de 1945 et qui ne fut projeté pour la 1e fois que près de 40 plus tard ‘Si le monde oublie les leçons du passé, la nuit tombera.

 

 

 

Quand je suis allé à Oranienburg (un des premiers camps allemands, au nord de Berlin), j’y ai vu la cour circulaire, près de l’entrée, où des détenus étaient astreints à marcher en rond toute la journée pour essayer des paires de chaussures neuves, destinées aux soldats allemands. Cela donne une idée de ce qu’était le nazisme, ses méthodes barbares.  Où quand je suis entré dans la chambre à gaz réaménagée à Auschwitz, de 15 mètres sur 8, humide, froide, j’imaginais ces centaines de personnes nues, dans l’obscurité la plus complète, paniqués, déboussolés, et soudain ces cristaux de Zyklon B qui au contact de l’air se transformaient an gaz létal.  Il faut y avoir été pour avoir une idée de ce que fut la barbarie nazie.  Ou avoir vu cette partie de film atroce montrant ce jeune gosse éploré quelque part en URSS où sévissaient les Einsatzgruppen du Sicherheitsdienst (SS), séparé de sa mère par un SS, tentant à plusieurs reprises de la rejoindre.  Qui ne pourrait être ému à voir de telles scènes, sachant pertinemment la suite que ne montre pas les images du documentaire, sachant que juste après le SS allait sans doute lui fracasser le crâne du canon de son fusil ou en le saisissant par les pieds lui fracasser le crâne contre l’une ou l’autre bâtisse…car pour les enfants, les SS ne gaspillaient jamais des cartouches.

 

 

 

Un historien américain a écrit un livre sur une unité de police allemande ayant participé à l’Holocauste.  Et, il l’affirme clairement, ces membres d’unités de tuerie, s’ils l’avaient voulu, ils auraient pu refuser de tuer des femmes, des enfants, des hommes, des vieillards.  Ils auraient été mutés sans sanction disciplinaire.  Pratiquement aucun homme de l’unité spéciale étudiée ne fit usage de cette latitude.

 

 

 

Oui, le Président allemand Gauk a raison, l’identité allemande ne peut être imaginée sans Auschwitz, cela fait partie intégrante de l’histoire allemande moderne…et oui si notre monde oublie les leçons du passé, la nuit tombera…

 

 

 

14:03 Écrit par ro-bin dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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