14/09/2014

L'ÉLOGE DE LA LAIDEUR

De temps en temps, je n’en peux plus.  Je cours m’acheter une DH car j’aime voir ce qui se fait en Belgique et de par le monde en termes de bêtise humaine.

 

Hourra!  Youpi! La DH des 13 et 14 septembre m’apprend qu’un sondage d’opinions (!?) en Belgique met Maggie De Block parmi les personnalités que les Belges - toutes langues confondues – préféreraient comme Premier Ministre.  1e en Flandres avec 25 %, 1e à Bruxelles avec 23 %, 1e en Wallonie avec 27 %.  Il y a donc plus de Wallons ou francophones qui souhaiteraient la voir à ce poste que de Flamands!

 

Aberrant!

 

Maggie De Block c’est cette femme laide, cette forme gigantesque à faciès crispé (cf. la photo dans la DH des 13 et 14/9/2014) que vous connaissez tous et toutes. Et vous ne la verrez jamais dans ces revues glamour pour femmes ou pour illustrer le bien-fondé d’un régime amaigrissant! Je me dis que s’il y a autant de personnes en Belgique qui la verraient volontiers Premier Ministre, c’est que le goût en Belgique fiche le camp, et drôlement.  Qu’est-ce que la laideur au fond? Laid est ‘Qui produit une impression désagréable en heurtant le sens esthétique, ou qui, simplement s’écarte de l’idée qu’on a de la beauté (Merci le Petit Robert!).

 

L'éloge de la laideur, youpi, Maggie au pouvoir!

 

Loin de moi l’idée qu’il faille des Apollons, des Pénélope, des Cléopâtre, des Scarlett Johansson ou des George Clooney pour représenter la Belgique au niveau international.  Loin de moi l’idée d’établir des normes esthétiques (‘conception particulière du beau’, merci le Petit Robert) pour ce qui concerne l’attribution du poste de Premier Ministre.

 

Je sais, je sais, la laideur fait partie de notre patrimoine national. Bruxelles, Liège, Charleroi, La Louvière, hormis peut-être quelques endroits plus beaux, sont des villes moches, tout comme Ostende, Hasselt.

 

Mais si on pouvait admirer certains types de beauté physique incontestable dans notre histoire ancienne (par ex. le Roi Albert Ier  et la Reine Elisabeth étaient plutôt de belles personnes), par la suite, il y a eu dans notre espèce politicienne une certaine dégénérescence.

 

Nous avons tant d’exemples de laideur artistique de personnages de toiles de peinture disséminée dans nos musées nationaux qu’il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des associations entre certains des personnages de Breughel l’ancien, ou James Ensor (sans parler d’un peintre un rien plus éloigné mais proche de nous:  Jérôme Bosch ou en plus moderne Van Gogh) et disons des politiciens tels que Dehaene jadis, et les actuelles De Block, Turtelboom.

 

Bon, oublions la laideur, parlons charisme.  Vous vous imaginez déjà la scène?  Maggie  De Block posant pour la photo des chefs d’états et de gouvernements européens lors d’un sommet à Bruxelles, toisant tout le groupe, dépassant le pauvre Hollande et la Merkel d’une tête de bœuf, affichant cet air borné dont elle a le secret, ce sourire qui s’il n’est pas édenté fait montre d’une fatuité (satisfaction de soi-même qui s’étale d’une façon insolente – Petit Robert) que je trouve reprochable.

 

Et les interviews!  L’avez-vous déjà entendue dans sa propre langue ou en français?  C’est à désespérer des progrès que la race humaine a faits au cours de millions d’années.  De petites phrases creuses, des reparties toutes bonnes pour le café du commerce ou le stamcafé flamand.  Des phrases-slogans pour personnes au faible développement politique.

 

Évidemment, sa popularité tient au fait qu’elle a été ferme (la Nouvelle Dame de Fer!) dans son renvoi systématique des étrangers vers leur pays d’origine, des êtres humains arrivés au bout des recours possibles ou dont une administration rigide ne voulait plus.

 

Cette bonne femme a-t-elle des idées en matière de politique, a-t-elle un programme, une vision qui tienne la route?  Est-elle capable de diriger une équipe gouvernementale, de maintenir un cap une fois une déclaration gouvernementale approuvée par les instances des partis concernés et le Parlement?  Aura-t-elle l’intelligence nécessaire pour tenir tête à la N-VA dont le programme (l’agenda secret) est de faire en sorte de prouver le plus vite possible que diriger la Belgique sur le plan fédéral n’est plus possible (à cause des francophones et Wallons) et que seul le recours à la séparation de fait des entités fédérées aurait un sens, aura-t-elle l’intelligence de déjouer toutes les manœuvres dans ce sens de ce parti machiavélique?

 

Souvent déjà, la Belgique m’a exaspéré au point que je me suis fréquemment demandé ce que j’avais encore en commun avec ce pays et ses compatriotes.  Ici, j’abdique.  Outre le fait que ces personnes sondées ont exhibé un incontestable attrait pour la laideur physique – et c’est là leur droit démocratique après tout -, ce qui me frappe c’est que par ce choix, elles donneraient carte blanche à quelqu’un dont elles ignorent tout, à commencer par la pensée, le programme, la vision politiques.  Un choix tendancieux fondé sur quelques déclarations à l’emporte-pièce (sans nuances, sans profondeur, sans même que quelqu’un n’ait eu l’occasion de corriger le tir) et sur une impression superficielle.

 

Cette bonne femme a l’air décidé, elle a l’air de savoir ce qu’elle veut.  Elle en a…

 

Le problème, c’est qu’elle et son parti ne savent pas ce qu’ils veulent.  En Flandre, l’Open VLD (quel nom de parti cornichon!), a été invité in extremis à faire partie du gouvernement flamand, sauf qu’ils n’avaient plus rien à dire en ce qui concernait les choix de programme de la coalition N-VA/CD&V déjà approuvé par les instances de ces deux seuls partis.

 

On sait d’Alexander De Croo qu’il a précipité notre pays (en 2010) dans une crise sans précédent en se retirant du gouvernement pour B-H-V, soi-disant; on sait que Turtelboom a été une ministre de la justice qui n’a pas brillé par la vision qu’elle avait du renouveau de ce ministère, l’un des plus arriérés du pays.  On sait que la nouvelle dirigeante du parti – Rutten - ne brille pas par son intelligence transcendante ni par les idées qu’elle dissémine.  On sait aussi que si ce parti plutôt misogyne a laissé la place libre à cette femme presque sans expérience à sa tête, c’est pour qu’elle s’y casse les dents, et permette, à terme, de faire monter un vrai homme qui en a au créneau.  Ce parti ultralibéral mais sans vision humaniste, ce parti qui comprend tout de même quelques véritables pointures intellectuelles (De Gucht, Verhofstadt), paraît être le parti de tous les opportunismes, prêt à vendre son âme au diable pour pouvoir entrer ou rester au pouvoir.  Que le MR ait déjà vendu son âme au diable, c’est certain.  Ils sont du même acabit que l’Open VLD, il suffit d’entendre le président Charles Michel parler pour savoir ce que produire du vent veut dire (même si j’admets que Reynders ait une carrure intellectuelle un tant soit peu plus conséquente).  Mon épouse dit toujours de Charles Michel en le voyant à la télé qu’on dirait un enfant qui vient de recevoir un jouet et qui en est tout réjoui et fier.  Même chose pour Rutten d’ailleurs, elle a toujours cet air réjoui de quelqu’un à qui on vient de donner une babelutte.

 

Pour Maggie, je crois qu’une babelutte ne la dériderait pas. Quand elle rit, ce qui lui arrive j’en conviens, elle a cet air qui sent bon l’atmosphère breughelienne, son rire est tout imprégné de cette Flandre profonde aux racines historiques décidément paysannes. Il est à proprement parler gargantuesque. J’imagine déjà ce rire lors d’une entrevue de la Première Dame du Royaume de Belgique avec disons le Président Obama, un homme racé, de distinction, de classe.  Par contre, je l’imagine volontiers donnant un bisou à Poutine, l’écrasant de tout son poids, histoire de faire comprendre à ce nouveau dictateur des temps modernes ce qu’être oppressé veut dire. Ou bisoutant la Merkel, qui disparaîtrait comme un frêle Jonas bouffé par la baleine.

 

Oh, vous me direz, mais ro-bin, tu exagères, comme souvent, elle est médecin après tout!   Ce qui n’est pas rien.  C’est long et compliqué les études de médecine.

 

Ouais!  OUAIS! OAUIS! OUAIS!

 

Sauf que ces gens qui la voudraient comme Premier Ministre du pays ne la veulent pas comme médecin traitant mais comme praticienne de la  politique à haut niveau s’attaquant de façon directe et expéditive aux maladies qui touchent notre pays: croissance faible voire nulle, haut taux de chômage, hauts taux d’imposition directe et indirecte des citoyens lambdas, faible taux d’imposition des entreprises, des nantis et des bénéfices sur valeurs boursières, désintérêt des investisseurs étrangers, menaces centrifuges quant à l’avenir du pays, etc.  Mais on sait aussi que pour le VLD – tout comme le MR – la volonté politique c’est qu’on serre la ceinture chez les plus démunis et qu’on évite de taxer le capital, les industriels, les patrons, les PME, de même que les professions libérales…

 

Pauvre Belgique comme disait Baudelaire dont je pourrais citer quelques vers d’un célèbre sonnet pour illustrer ce qu’il faut penser de cette image d’une Maggie De Block comme Premier Ministre du Royaume évoluant sur la scène internationale :

 

À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches,

Comme des avirons traîner à côté d’eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!

Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!’[A]

 

C’est comme cela que j’imaginerais notre Maggie nationale lors de réunions internationales, à côté de ses bottes car loin de ce qui fait zwanzer et rigoler en Flandre.  Une figure pathétique qui ferait sourire, rire ou qui attirerait ce type de compassion qu’attirent les handicapés sociaux.

 

Bon, soyons démocrates, si c’est là l’image de la Belgique que nombre de citoyens souhaitent, OK.  Allons-y, propulsons-la au faîte du pouvoir et on verra ce qu’elle a dans les tripes.  Quoique je n’aie jamais aimé la véritable dame de Fer (Thatcher, dont je viens de voir une très bonne version cinématographique par Meryl Streep, géniale comme souvent), je dois lui reconnaître à cette autre Maggie qu’elle au moins avait des idées, le talent et la ténacité nécessaires pour réaliser la vision qu’elle avait de l’avenir du Royaume-Uni (n’oublions toutefois pas son intransigeance lors des grèves de la fin des types de l’IRA et face au syndicat des mineurs).  J’ai toujours été en désaccord politique avec cette vision ultralibérale mais je reconnais qu’elle était une personnalité exceptionnelle et talentueuse, elle savait en plus parler, elle.

 

Chez notre Maggie nationale, je ne vois là qu’une personne médiocre sur le plan intellectuel, sans étoffe politique, sans idées, sans programme, incapable de faire un discours.  Un pion que des circonstances heureuses pour elle ont propulsé à l’avant-scène et qui s’y mouvra comme un albatros, ‘gauche et veule, comique et laid’.

 

 

 



[A]‘L’Albatros’, poème extrait des ‘Fleurs du Mal’ de Charles Baudelaire, Le Livre de Poche

Commentaires

Seriez-vous cruel ou réaliste ?

Écrit par : May | 16/10/2014

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