24/07/2014

JE PENSE DONC JE SUIS...LES AUTRES

Coucou, c’est Véro ! Nous sommes en ce moment à la terrasse du Mirage en compagnie de Jana et Phil et, bien sûr avec mon chouchou Kevin.  Du selfie vous pouvez voir ce qu’on boit et qu’on s’amuse ici comme des fous !’  Diffusé pour tous les amis FB.  Qu’y voit-on d’autre ? Des photos d’animaux domestiques, de choses que les gens ont entendues ou lues ou vues et qu’ils veulent communiquer à leurs amis virtuels, des photos de vacances, des réflexions en tous sens.  Certains ont des posts de ce qu’ils ont mangé au resto, de l’hôtel où ils se trouvent, de visites chez des amis.  Certains – plus rares – y vont parfois d’un poème ou d’une pensée.

 

Et, évidemment comme tout le monde est branché tout le temps, maintenant des tonnes de gens, amis via FB ou d’autres groupes de partages, y vont de leur ‘like’ ou de commentaires en réponse à Véro du genre ‘ben, que j’aimerais être à votre place’.  Ce post de Véro au départ plutôt trivial (en vérité nous les amis virtuels qu’est-ce qu’on en a à cirer de ce qu’elle est en train de boire en ce moment et avec qui et où elle se trouve ?) produit une avalanche d’autres posts tout aussi triviaux et inutiles que celui d’origine.  Comme si les gens n’avaient en vérité rien d’autre et de plus ‘important’ à faire qu’à se positionner sur la toile et montrer qu’eux aussi existent via cette activité non pas neuronale mais viscérale.

 

Vous souvenez-vous ?  Il fut un temps où on disait ‘cogito, ergo sum’ (je pense donc je suis – verbe être).  Quand, jadis, ‘cogito, ergo sum’ avait encore une quelconque valeur – et certainement du temps de mes études, je l’avoue il y a très longtemps puisque je suis papy -, on savait encore ce que ‘penser’ (cogito dont on a gardé en français le terme ‘cognitif’ qui vise les processus d’apprentissage ou de rétention d’information) voulait dire.  Que signifie ‘penser’: appliquer l’activité de son esprit aux éléments fournis par la connaissance, former, combiner des idées et des jugements. (merci, Petit Robert, un outil qui, bientôt, deviendra suffisamment rare pour qu’on doive l’exposer dans des musées).

 

 

Maintenant en français, on dirait ‘je pense, donc je suis…’ (verbe suivre) la masse de ces gens qui n’ont rien d’autre à faire que de polluer les réseaux sociaux de leurs âneries, y aller de leurs ‘like’ ou de leurs commentaires dont, excusez-moi, une bonne partie est d’une débilité affligeante.  Si j’avais eu le sentiment précédemment qu’une masse de gens n’avait pas une vie très épanouie, comblée, riche, il suffit que je me tape les posts et  commentaires d’amis virtuels pour m’apercevoir que près de 90 % sont bons pour la touche ‘delete’, sauf qu’ils resteront à perpétuité sur FB et d’autres sites de ce genre.  Comme preuves intangibles de l’existence et de la créativité de la race humaine.

 

Les personnes qui réagissent au post de Véro et qui y vont de leur ‘eh ben, que j’aimerais être à votre place’ ou d’autres reparties du même genre, ont-elles une activité de leur esprit fondée sur la connaissance, ont-elles formé ou combiné des idées et émis un jugement ? Oui, certes mais à un niveau vraiment primaire. Qui me paraît indigne de notre condition d’être humain doté d’intelligence nous différenciant de toutes les autres espèces animales.

 

JE PENSE DONC JE SUIS...LES AUTRES !

 

Vous me direz, mais les gens ont au fond le droit d’émettre leur avis, c’est ça la démocratie !

 

Sauf – et je vais peut-être paraître rétrograde puisque je dispose d’un certain bagage culturel et de connaissances dans certains domaines que je pratique activement, que je défends précieusement -, qu’auparavant certains avis du genre que l’on rencontre actuellement sur les réseaux sociaux, dans leur crasse trivialité, n’étaient émis que dans l’intimité du cercle intime, parmi des potes de café, de club de foot, de pétanque, chez le coiffeur pour dames, lors d’une sortie entre copines, lors de conversations entre voisins au-dessus de la clôture, lors d’un repas, une soirée au resto entre collègues ou connaissances du travail, etc.  Ces sornettes aussitôt dites étaient aussitôt oubliées car – en fonction du manque de profondeur de pensée de leur auteur – elles n’étaient pas susceptibles de passer à la postérité.  Nous avons tous connu de ces indigents (personne sans ressource, Petit robert) mentaux qui réagissent au quart de tour, disent n’importe quoi n’importe où n’importe comment et souvent, nous ressentions un sentiment d’extrême gêne à entendre de telles imbécillités (et c’est un phénomène que je connais bien depuis mon enfance, mon père était un champion en la matière, mais j’en ai connu d’autres au fil de mon existence : au cours de mes études, à l’armée, dans l’administration, lors de sorties entre ‘amis’, etc.).

 

 

Dans ma jeunesse, j’ai lu pas mal de Freud et de livres sur la psychologie, arme utile pour me défendre contre un père violent (comprendre ce qui se passe à l’intérieur d’un être humain est plus qu’utile, cela peut sauver des vies).

 

Donc, quand je vois cette activité sur la Toile extraordinaire tout autant que superficielle, je dois penser (cogito, ergo sum !) à cette belle image en néerlandais ‘bezigheidstherapie’ soit la thérapie d’occupation, sous-entendu que pas mal de gens qui n’ont rien de spécial à faire ou à dire ou n’ont pas de talent pour quoi que ce soit s’occupent non pas pour atteindre un but qu’ils se sont fixé (apprendre la musique, à écrire, à dessiner, à cuisiner des plats exotiques, etc.), mais simplement pour combler un certain vide en eux par l’intermédiaire de cette occupation.

 

Et, je crois qu’on a là l’essentiel de cette activité de fourmis industrieuses sur les réseaux sociaux, on s’occupe, et, ainsi, on a l’impression d’exister, d’être.  Avant, certains collectionnaient des timbres-poste, des pierres, des cartes postales d’époque, fabriquaient des meubles, avaient des ruches, cultivaient leur jardin ou regardaient pousser les fruits dans leur verger.  Certains bichonnaient d’attention leur cheval, leur chien, leurs chats. D’autres, peut-être plus talentueux ou ambitieux pratiquaient l’une ou l’autre forme d’art: musique, écriture, peinture, sculpture, broderie sur carte ou sur toile, poésie, théâtre.  D’autres encore, et cette activité-ci avait une valeur humanitaire incontestable, faisaient du bénévolat, passant une partie de leurs loisirs ou temps libre pour de bonnes causes (ONG, visites dans des homes, conversations avec des femmes battues, des enfants abandonnés, des personnes en chimiothérapie, des personnes souffrant d’Alzheimer, etc.).  C’était là au fond une activité qui représentait une plus-value non pas en termes d’économie mais en termes de valeur humaine et d’enrichissement de soi au contact des plus déshérités, des plus démunis.

 

Je comprends que des tonnes de gens ressentent un vide dans leur existence routinière et que surfer sur Facebook, s’y positionner, réagir, cliquer ‘like’, constituent pour eux peut-être un rempart à ce vide et une preuve vibrante de leur existence réussie.

 

Je suis vieux jeu, je dis simplement que ceux qui veulent avoir à toute force une preuve de leur présence sur terre, qu’ils s’engagent dans le volontariat (nouvelle appellation pour le bénévolat).  Hormis mes activités artistiques et l’écriture d’une biographie d’un jazzman, me prenant pas mal de temps, je fais du bénévolat (traductions d’anglais en français, généralement de textes médicaux) et je ne l’ai pas regretté un seul instant car au sein de l’association pour laquelle j’œuvre, j’ai rencontré des gens formidables, dévoués, qui ont choisi – je parle des médecins surtout – d’aider les autres plutôt que de ramasser du fric à la pelle en soignant des rhumatismes et maladies de notre société moderne (dépression, boulimie, anorexie, chirurgie esthétique, etc.).

 

Il y a tant de souffrances dans le monde mais aussi en Belgique, tant d’âmes qui aimeraient qu’on les écoute en premier lieu, qu’on leur parle, qu’on les entende et les comprenne, que je ne peux m’empêcher de juger Facebook et tous les autres réseaux sociaux comme le ‘Bûcher des Vanités’ (pour paraphraser le titre d’un livre assez bon et célèbre de Tom Wolfe, lui-même non exempt de vanité).  Et j’ai la fierté humaine que si j’y suis, je ne me laisse pas entraîner dans cet usage débilitant, conformément à ma personnalité franchement indépendante, celle qui me dicte de ne pas suivre la masse, de me différencier des autres en étant et restant moi-même quelles que soient les modes…

 

Vanitas vanitatum…

10:29 Écrit par ro-bin dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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