08/05/2014

La N-VA, le parti de tous les dangers

Le Parti socialiste (Di Rupo) freine le développement de la Flandre.  Le PS s’oppose à dégraisser les services publics.  Le PS ne veut pas diminuer les charges patronales.  Le PS, Di Rupo et la Wallonie ne font rien pour faire baisser le niveau des transferts financiers nord/sud.  Le PS ne veut pas réduire les dépenses publiques, à commencer par les dépenses liées aux soins de santé…

 

Semble connu?

 

Prenons certaines citations qui ont trait à une époque différente mais qui à mon sens montrent des points communs avec le discours que tient actuellement la tête de la N-VA en focalisant l’essentiel de ses critiques, mais aussi l’essentiel des raisons pour lesquelles ce parti pense que le gouvernement fédéral est nocif pour le développement économique de la Flandre, et qui en fait au sein de ce gouvernement multipartite en est le principal responsable :

 

Erich Fromm : « En ce qui concerne la pathologie du narcissisme collectif, le symptôme le plus évident et le plus fréquent consiste, comme dans le cas du narcissisme individuel, en un manque d’objectivité et une déformation du jugement rationnel.  Si l’on songe par exemple aux théories des petits Blancs du Sud des Etats-Unis sur les Noirs, ou encore à celles des nazis sur les Juifs, il est facile de voir à quel point elles sont faussées (…) Le narcissisme collectif demande une satisfaction, au même titre que le narcissisme individuel.  À un certain niveau, cette satisfaction est fournie par le dogme commun de la supériorité du groupe auquel on appartient, supériorité qui a pour corollaire l’infériorité de tous les autres groupes»[1]

 

Un autre auteur qui s’est intéressé à certaines formes de diabolisation de l’ennemi c’est Friedrich Hacker : «Dans le pessimisme culturel et le chaos d’opinions grandissants, la crise identitaire fut aiguë et, partant, le souhait d’un cadre identitaire solide, irrémédiable.  Pour les nationaux-socialistes, l’Allemagne, l’identité allemande, la mission allemande, furent des concepts centraux, autour desquels toutes les autres valeurs pouvaient se grouper et qui donnaient cependant des images expressives, dramatiques, du contre-type, de l’anti-image.  Dans la focalisation de l’ennemi non-allemand, on pouvait y emboîter en politique interne  les communistes, les libéraux, les Juifs et, en politique externe, à nouveau les Juifs dans leur conspiration mondiale mais aussi les Français, les Tchèques, les Polonais, les Russes et tous les autres ‘Untermenschen’»[2]

 

Si on ne peut absolument pas suspecter la N-VA d’être un parti fasciste, proto ou crypto-fasciste, s’il y a d’autres partis (UMP, Républicains aux States) qui diabolisent à outrance les opposants politiques, il est quand même étonnant de voir que Bart De Wever surtout, historien et frère de l’historien de la collaboration en Belgique réputé Bruno De Wever, utilise une démarche de simplification populiste utilisée par d’autres dans les années 30, en jouant sur la contre-image diabolique, le contre-type que représente Elio Di Rupo qui, à lui seul, personnifie la politique corrompue du PS, c’est-à-dire la corruption de la Wallonie et l’incapacité de cette région à s’en sortir seule – économiquement parlant.  De même en sa personne, il {De Wever} pratique cette politique psychologique de narcissisme collectif car qui mieux que lui et son parti sont susceptibles d’incarner la Flandre qui ‘vote pour le changement et le progrès’, cette Flandre active, cette Flandre ‘en action’ moderne qui veut s’opposer au marxisme que propage Elio Di Rupo et son parti.

 

Qu’est-ce que le populisme?  «Discours politique qui s’adresse aux classes populaires, fondé sur la critique du système, de ses représentants, de l’élite.» (Petit Robert).  On connaît le refrain comme celui des poujadistes ou de Degrelle : ‘tous des pourris…’.

 

Quels sont au fond les gens qui votent pour la N-VA, ce parti issu du flamingantisme profond et viscéral – haineux aussi -  que représentait la Volksunie?  Il y a tous les inconditionnels de ce défunt parti, tous ceux qui aiment clamer leur haine des francophones et Wallons lors de la célébration annuelle à la Tour de l’Yser (AVV/VVK), les nostalgiques de l’Ordre Nouveau, les transfuges du Blok et surtout ceux qui voient dans les succès électoraux de la N-VA la possibilité d’une indépendance de leur région, les adeptes du TAK, ceux qui gueulent ‘België Barst !’ et entonnent le ‘Vlaamsche Leeuw’ (orthographe ancienne), les anciens collabos ou issus de familles de ‘noirs’ (de zwarten !), ceux qui critiquent encore toujours le fait que lors de la Première guerre mondiale les officiers ne parlaient que le français.  Mais tout cela ne suffirait pas à apporter à la N-VA les 32 % de votes qu’on crédite à ce parti.  Car le génie de Bart De Wever, c’est qu’il a commencé à surfer sur la vague de l’insatisfaction générale (le pessimisme culturel et chaos d’opinions grandissants que citait Hacker et qu’on peut assimiler à notre époque de contestation générale de plus en plus marquée) des Flamands, profitant des crises économique, bancaire, de l’euro, pour exiger une plus grande rigueur budgétaire.  Car en Flandre, l’argent, même le mot ‘cent’ a une signification sociale qui n’est pas de l’avarice mais qui implique qu’on sait ce qu’on possède, ce qu’on dépense et à quoi cet argent a servi.  Pour les transferts, dans la sagesse populaire flamande, c’est de l’argent gaspillé car les Wallons n’en font rien de bon sinon fortifier leurs tendances à la fainéantise et l’indolence latines.

 

Quand on répète jour après jour aux Flamands (dans leur presse populaire mais aussi lors de débats publics officiels et bien conduits) que les Wallons gaspillent les deniers publics, qu’ils abusent du chômage, de l’invalidité (mutuelle), que ce sont des profiteurs, des fainéants, que leur industrie est moribonde, il en reste quelque chose à la longue, ce qui rameute petit à petit les voix des indécis, des analphabètes politiques (ceux qui ne lisent pas de presse écrite, la lisent mal, les titres et les premières phrases, ou de travers), de la petite bourgeoisie, bref des Flamands qui se lèvent tôt pour aller au travail et qui ont horreur de tous ces Wallons qui restent au lit pour tendre leur escarcelle afin qu’on y dépose l’obole flamande. Ad vitam aeternam…

 

Mais il y a pis, et c’est là aussi un trait de génie de Bart De Wever, en se montrant plus Reagan que Reagan, plus Thatcher que Thatcher, plus Cameron que Cameron, plus Merkel que Merkel, il a su gagner le cœur des industriels, patrons de PME, des professions libérales et de ceux qui dirigent les associations représentatives des entreprises ou ‘think tanks’ (VOKA par exemple).  Car, à tout moment, De Wever ne parle que d’austérité, austérité, austérité, mais une politique de redistribution de revenus qui ne profiterait somme toute qu’à deux segments bien distincts de la population flamande (et belge s’il devient Premier ministre et s’allie à Reynders de qui le Standaard disait que son opposition à la N-VA durerait 10 minutes s’il avait la chance de devenir Premier ministre), aux patrons par la diminution des charges sociales, aux travailleurs par une baisse des impôts et des retenues liées au travail.  Mais le contrepoids de ces diminutions de charges fiscales et patronales il faudrait bien aller les chercher quelque part, eh bien, chez les chômeurs, les invalides, ceux qui abusent des largesses de l’assurance-maladie-invalidité. Et assez bizarrement par le gel de l’index pour les travailleurs du privé (?). Bref le slogan néocapitaliste bien connu (Sarko/Cameron/bush, etc.), taxer encore plus les petits pour donner aux plus nantis!

 

Alors qu’un peu partout en Europe et même au sein du FMI et de l’OCDE, on commence à féliciter la Belgique qui a choisi un chemin s’écartant de l’austérité absolue pour renouer avec la croissance, la N-VA mais surtout son chantre De Wever n’ont plus que ce mot à la bouche, austérité.  Ce n’est pas anodin, qu’est-ce qui est le contraire de l’austérité, la gabegie publique et quelles personne et région personnifient la gabegie d’État?  Devinez.

 

À Anvers, De Wever et Homans ont tracé les lignes de leur politique autoritaire sur les plans civil et social.  Traque de la délinquance par la tolérance zéro (on punit toute possession de drogue à usage strictement personnel aussi minime fût-elle, à l’encontre d’une circulaire des procureurs-généraux), aucune critique publique des édiles quand des policiers haut placés de la région d’Anvers ont parlé de ‘kliklijn’ (ligne téléphonique gratuite pour les balances) afin d’informer la police de comportements suspects (comme le fait pour un étranger d’une certaine couleur de peau d’avoir une voiture de luxe); on renforce les mesures liées à l’intégration par la connaissance obligatoire de la langue de la région sous peine de sanction administrative (décision cassée par une juridiction administrative), on traque ceux qui déposent leurs sacs de poubelle trop tôt ainsi que tous les comportements jugés antisociaux (GAS en néerlandais ou amendes administratives).  De Wever n’aime pas les bracelets électroniques, pour lui toute peine, aussi minime soit elle, doit être purgée en entier.

 

Là aussi la N-VA n’est pas fasciste mais populiste, elle surfe sur une vague d’intolérance  et – disons-le honnêtement, de xénophobie à l’égard des francophones et Wallons - rare chez les Flamands.  Des riverains anversois se sont ainsi opposés à la tenue d’une Foire traditionnelle et ont été en justice pour la faire interdire, de même pour un concert réputé qui apportait des nuisances sonores. Un peu partout, on parle d’interdire aux enfants de jouer et de faire du bruit dans les rues même avant 22 heures.  C’est là un aspect de la vie en société qui devient de plus en plus intolérant, partant, de plus en plus détestable.

 

On vient de révéler (cf. De Standaard) que selon une étude 10 % des personnes en Belgique possèdent 85 % de ses richesses et que l’écart entre revenus les plus bas et les plus hauts est de 245. C’est-à-dire qu’il faut multiplier le revenu le plus bas par 245 pour arriver au revenue le plus haut! La moyenne en Europe étant de 45!  C'est pourquoi la N-VA représente avant tou und anger pour les classes de la population les plus pauvres, les non-travailleurs.

 

Je fais un pronostic pour l’avenir.  La N-VA grande gagnante évidemment.  Si on veut écarter le danger qu’elle représente pour la survie de l’État belge mais aussi la préservation du tissu social unissant les couches de la population de Belgique, il suffirait de mettre très tôt en piste (je pense au Roi) un Reynders (qui s’est tiré dans le pied le 6/5/14 avec sa déclaration imbécile sur l’époque des enlèvements d’enfants, le résultat d’une non-participation des libéraux au pouvoir fédéral) ou De Wever, pour qu’ils se cassent la pipe, politiquement parlant, puis, on devrait inévitablement penser à une reconduction de la majorité actuelle qui, si elle est loin d’être idéale ou parfaite pour les ‘petits’, constitue un rempart contre le danger de paupérisation accentuée des plus pauvres qu’apportera la N-VA au pouvoir.

 

Gageons que le Roi joue habilement son jeu et préserve non pas l’intégrité du pays mais l’intégrité du tissu social (couches sociales vivant en harmonie) qui fait de ce pays un pays où il fait bon vivre, travailler, être pensionné ou chômeur, entreprendre et profiter de ce que l’existence nous apporte…

 

 



[1]‘Le cœur humain’ d’Erich Fromm, Petite Bibliothèque Payot

[2]‘Aggression’ (version allemande, par Friedrich Hacker, Rowohlt

14:42 Écrit par ro-bin dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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