24/12/2013

Être Roi en Belgique, ce n'est pas de la tarte!

 

À tous ceux qui ont bien voulu me lire durant cette année ou qui ont découvert mon blog par hasard, aux lecteurs réguliers, merci de tout cœur, je vous en suis reconnaissant et cela me donne le courage de continuer.  À vous tous, de bonnes fêtes de Noël et de Nouvel An, que 2014 vous soit propice - ro-bin


Voici un petit conte royal, toute ressemblance avec des personnes existantes serait purement fortuite.


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Être Roi en Belgique, ce n’est pas de la tarte.  Quand on est mandataire public, on est élu au suffrage universel, on a donc eu un certain nombre de voix.  On a une certaine notoriété, on est populaire. On est apprécié. Un Roi c’est le fils d’un Roi qui accède au Trône, un drôle de truc qu’on appelle primogéniture, le premier né décroche le jackpot.  On est donc une espèce de CEO royal d’une entreprise gigantesque, mais on lui a coupé les ailes à ce patron des patrons de la populace belge, car il règne le Roi mais il ne gouverne pas. Barracuda le Roi mais le monde qu’il contemple c’est au travers des vitres d’un aquarium. Du temps de Louis XIV, c’était plus simple, ‘dites  mon Sieur Robin, coupez-moi vite fait bien fait la tête de mon ministre des finances car il a mis la main dans mon escarcelle privée’.  Aussitôt pensé, aussitôt fait.  Grâce à la guillotine.  Ici en Belgique en l’an 2013 de notre Ère chrétienne, point de guillotine, mais des politiciens qui s’agrippent au timon, à la gouverne, de l’entreprise Belgique.

 

 

 

Ici, dès que le réveil sonne et qu’on ouvre les yeux alors que la Reine a déjà mis toutes les petites mains en branle pour s’occuper des moutards et les faire conduire à leurs écoles respectives (tenant compte de la sensibilité des Flamands, évidemment), on craint que la ligne rouge qui relie le Palais à Elio ne tourne au rouge vif, couleur homard brûlé vif d’avant le réveillon de Noël.  Parfois, il sonne, Elio, dès potron-minet pour dire de sa voix un rien entre deux tons mais respectueuse ‘Sire, Alexander, il veut à nouveau démissionner.’ (et le Roi se souvient de son Père et de la crise dans laquelle l’Alexander en question l’a précipité il y a quelques années).  Ou, ‘Sire, Joëlle fait sa crise de puberté et a menacé de quitter le bateau en pleine Mer si nous faisons voter la Loi autorisant l’euthanasie pour les mineurs (Quiè, quoi ?  Une Loi dépénalisant les actes d’euthanasie pratiqués sur des mineurs? ‘Ils sont fous ces Belges’, se dit en privé le Roi, ‘je vais avoir le Vatican et le Monseigneur belge sur le râble’, transpirant déjà abondamment avant même que les premières minutes se soient écoulées).  Ou bien, c’est Cremsky d’Aalter, le vaillant et preux chevalier qui court-circuite tout le monde et qui hurle dans le cornet ‘Sire, ils veulent m’empêcher d’acheter 200 nouveaux avions de chasse, de quoi aurais-je l’air, Sire, quand je postulerai pour le poste de Secrétaire général de l’Otan?’  Cremsky, dommage qu’il existe, on aurait dû l’inventer, le ‘missing link’, s'était aussitôt dit le Roi.

 

 

 

Un Roi règne mais ne gouverne pas. Il aimerait tant, mais on le lui interdit. On lui interdit de lire la presse nationale sauf les bédés, car il y a tellement d’articles négatifs à son sujet qu’il chercherait bien trop vite corde pour se pendre.  Et alors, qui mettrait-on sur le Trône royal, son frérot, sa sœurette, sa fille cadette? Parfois, dans un journal français ou britannique, il trouve un articulet parlant de la Belgique, qu’il se met alors à étudier, sourcils froncés et grosses rides sur le front, moult tasses de café commandées par la Reine et apportées par les petites mains.  Car s’il pilote avion et hélicoptère, lire est plus dur surtout quand on parle de ce Pays qu’Il aime Tant et qu’on en dit du Mal! Difficile de se faire une opinion neutre sur ce pays composé de 4 communautés (le Roi englobe Bruxelles car il est Bruxellois, Laeken c’est Bruxelles et il adore les frites et le cervelas) et de 10 millions et demi d’opinions tout aussi contradictoires.

 

 

 

Prenez Elio.  Le Roi le convoque, il lui demande

 

  • Alors Monsieur le Premier Ministre, ça baigne-t-il en Belgique?

  • Oui, Sire, nous talonnons la Suède du point de vue du taux de taxation le plus élevé d’Europe, encore un petit effort et nous les dépasserons, nous serons ainsi les Diables Rouges fiscaux tous azimuts.

  • Et, le peuple, Monsieur le Premier Ministre, est-il heureux?

  • Mais, Sire, vous l’avez vu vous-même de vos yeux vu, à Anvers, près de 80 participants qui agitaient le drapeau national, et en Wallonie, des milliers de chérubins  et de pensionnés qui vous adorent Sire.  Ce fut un incontestable succès populaire, ces Joyeuses Entrées!

  • Oui, oui, mais le peuple, les gens en âge de voter, que pensent-ils de Notre (au Palais on utilise la première personne majestative) Pays?

  • Oh Sire, les gens sont contents, pour rien au monde ne voudraient-ils aller ailleurs, voyez d’ailleurs le nombre de candidats réfugiés que notre pays draine, cela montre notre popularité…

  • N’ai-je pas lu récemment, Monsieur le Premier Ministre, qu’il y avait jusqu’à un quart des jeunes souffrant de pauvreté en Belgique?  Et même dans la Flandre plus riche, ai-je lu qu’il y avait près de 10 % de pauvres?  Le peuple, cher Elio, est-il si heureux, donc?

  • Mais, Sire, vous êtes mal informé, tout à fait, cette situation écœurante, c’était vers la deuxième moitié du 19e siècle, avant la création du parti socialiste, les conditions de travail alors était inhumaines, et il y avait une énorme pauvreté, maintenant, grâce à l’action des partenaires au gouvernement, nous repoussons les frontières de la pauvreté, chaque jour nous nous y attelons et nous continuerons à le faire, dussions-nous en mourir de burnout!

  • Voulez-vous dire, Monsieur le Premier Ministre, que les frontières de la pauvreté ont déjà été repoussées au niveau des patrons des entreprises semi-publiques telles Belgacom ou La Poste?

     

    Mot d’humour royal qui échappe totalement à Elio, focalisé sur la préservation nombriliste de la motte de gazon sur laquelle repose sa statue de Premier Ministre, une gageure pour un mec issu de l’immigration.

     

  • Sire, là n’est pas le problème, le problème, le nœud gordien (‘nez gourdin ?  Keskeçèçà?’ pensa derechef Sa Majesté), c’est la N-VA, c’est ce parti qui détient les clés de l’avenir de la Belgique et, partant, de la Royauté.

     

    ‘Ouï-ouï-ouï, se fit in petto le Roi, transpirant de plus belge, que ferait la Reine si elle devait perdre son titre de Reine et redevenir une citoyenne ordinaire, une Bruxelloise ordinaire et payer de ses propres deniers les créations de couture qu’elle adore porter? Et lui le Roi, citoyen de Laeken, forcé de choisir entre la Flandre et la Wallonie si le plan de Bart de Wever se réalise?

     

  • Vous savez quoi, Elio (du coup, il s’oublie le Roi, il devint intime, cul et chemise avec Elio, plus de ‘cher Elio’, c’est à peine s’il ne le tutoie pas), je vais le convoquer pour  cet après-midi 15 heures de Wever, vous vous cacherez derrière la tenture et vous entendrez tout.  Comme ça vous pourrez mettre en œuvre une stratégie pour sauver nos Acquis Royaux et les Valeurs de Notre Pays.

     

    Le Sieur bourgmestre en fonction d’Antwerpen arriva donc à 15 heures piles, cravaté, bouche en coin (de traviole en fait), goguenard, arrogant, sachant qu’il représentait entre 30 à 40 % des votes de Flandre.  La conversation se déroule évidemment dans la langue du bourgmestre.

     

  • Monsieur de Wever, bonjour, prenez place, ça baigne-t-il à Antwerpen (zwemt het in Antwerpen, he, Bartje?).

  • Sire, à Anvers, nous avons fait reculer les frontières de la pauvreté, tous nos pauvres, tous nos indigents, toutes les personnes susceptibles d’émarger au CPAS, nous les envoyons à Bruxelles, Sire, la Capitale de Votre Royaume, les rues sont calmes et propres car nous avons 200 spécialistes des sanctions administratives (GAS en flamin) qui travaillent jours et nuit et rendent la ville accueillante, de plus, nous avons mis en place un système dissuasif pour les inscriptions d’illégaux et d’étrangers, nous avons donc bâti une forteresse qui résiste bien à la pauvreté, nous la combattons ardemment et vaillamment, ‘schild en vriend’!

  • Mon Royaume, vous y allez un peu fort, dites, nous ne sommes plus au temps de Louis XIV (‘dommage’).

  • Vous savez Sire qu’à terme, la Flandre vise sa totale liberté du point de vue des politiques fiscale, sociale, économique, nous souhaitons avoir en main les leviers du pouvoir afin de rendre notre peuple plus heureux encore qu’il ne l’est déjà et sans qu’il doive sans cesse transférer des sommes colossales à ces fainéants de Wallons qui ne font aucun effort pour trouver du travail ou créer des entreprises durables si ce n’est le chômage et se sucrer à charge de l’assurance maladie-invalidité.

  • N’y allez-vous pas un peu fort, Monsieur de Wever, la Wallonie, ai-je lu dans le Financial Time se redresse et est même, économiquement parlant, plus dynamique maintenant que la Flandre.

  • -Oui, Sire, si vous comparez le dynamisme d’une puce à l’énergie considérable d’un Lion (des Flandres), alors oui la Wallonie est plus dynamique, mais son PIB ne représente que 30/35 % de la richesse que produit Votre Nation.

  • Je vois, je vois, fit le Roi, enlevant ses lunettes et en frottant les verres, car il était à côté de ses pompes et sans les chaussettes noires d’Elio ou ses conseillers ou même les murmures et conseils dans l’oreille de la Reine, il était perdu, en pleine Mer sans gilet de sauvetage.

  • Auriez-vous un conseil à donner, Monsieur de Wever, pour le gouvernement fédéral (là le Roi s’engageait dans une voie s’écartant résolument du Règne et outrepassant son domaine constitutionnel)?

  • Que le gouvernement démissionne, Sire, avec effet immédiat et que le peuple décide, qu’on mette au pouvoir des gens qui ont des idées claires, précises sur la voie à suivre pour redresser notre Nation et l’Économie, qu’on laisse la place à des professionnels de la politique plutôt qu’à des amateurs comme ces ressortissants des partis PS et CdH qui n’ont en tête que d’aider les assistés et rendre pérenne le Règne de l’Assistanat!

     

    La tenture donnant sur le Parc eut, soudain, des remous, bizarre puisqu’aucune fenêtre n’était ouverte.

     

  • Bien, bien, merci d’être venu, je tiendrai compte de vos conseils.  Bon retour dans votre belle ville d’Antwerpen et que tout y zwemt comme il faut.

     

  • Eh bien, Elio, qu’en pensez-vous, dit le Roi après que l’illustre Anversois eut disparu.

  • Je suis consterné, Sire.

  • Ah oui.  Et que comptez-vous faire pour contrer ces visées sécessionnistes, pour renverser ces arguments démagogiques?

  • Il nous faut, Sire, continuer notre combat contre la pauvreté, dépasser la Suède du point de vue du niveau de taxation la plus élevée d’Europe, raboter les émoluments des CEO des entreprises semi-publiques afin de continuer à en faire profiter les apparatchiks de partis et permettre encore une plus grande gabegie administrative, continuer à démolir les emplois industriels et à mettre des bâtons dans les roues des personnes qui veulent créer des PME, il faut étendre les sanctions administratives, toute personne sifflant en rue, toute personne marchant en dehors du trottoir, toute personne se trouvant au dehors de chez elle sans juste motif après 22 heures, doit être sanctionnée, nous allons continuer notre action de Terre d’Accueil en rapatriant le plus possible d’individus venus chez nous sans justification, nous allons continuer à lutter contre la fraude fiscale en taxant le 29ème   des revenus illicites lieu du 30ème  actuel de ce qui est fraudé comme le fait le Secrétaire à cette fonction, nous allons acheter des avions de chasse comme cadeau de Noël pour Cremsky, nous allons permettre à Joëlle de réformer la police en la nommant à la tête de cette entité, quant à Alexander, Sire, je pensais, ne pourrions-nous le nommer à la tête d’une commissions en charge de la 7e Réforme de l’État afin de couper l’herbe sous les pieds de la N-VA, nous pourrions imaginer comment donner un peu plus de carottes sous la forme de compétences accrues à tous ces flamingants qui ont encore la nostalgie des injustices commises à l’égard des soldats flamands durant la Première guerre mondiale et qui votent massivement pour la N-VA sans savoir qu’il s’agit d’un parti poujadiste, populiste et faschistoïde.

     

    Voilà, il avait donné son avis, Elio, le vrai, hors caméra, profitant du colloque singulier (tout ce qui se dit en présence du Roi doit être gardé secret) se dit le Roi.

     

  • Bien, bien, Elio, conservez le cap, je pense que Notre Pays est en bonne voie, il est en de bonnes mains (royales), il faut absolument stopper la peste noire, et il n’y a pas de vaccin contre cette peste.

  • Si, Sire, augmenter les taxations, supprimer plus d’emplois car les chômeurs votent à gauche, pas à droite, détruire l’appareil industriel-commercial qui sape nos chances de sortir de la crise car tant qu’il y a une crise il y a des sauveurs potentiels, dont le PS en tête, le parti des pauvres, des démunis, le parti du cœur, et ménager la chèvre (Joëlle et Laurette) et le chou (Alexander, Cremsky, Bartje).

     

    Quand le Premier Ministre fut parti, le Roi fut content de sa journée. Il but une Duvel – bière flamande, puis une Chimay pour rétablir l’équilibre linguistique - puis il dégusta une gaufre de Bruxelles.

     

    Il venait de sauver la Patrie.  Une fois de plus.  Sa Patrie.  Une seule ombre au tableau.  Trois Reines en Belgique.  Deux de trop.  Selon son épouse.  Qui avait toujours raison.

     

    Et, finalement, pour sortir de cette bêtise communautaire divisant Son Pays, peut-être devrait-il, à l’instar de son frère cadet (qui ne sera jamais Roi, ha-ha !), se mettre à converser avec les méduses, qui sait, ce serait peut-être d’un niveau supérieur à ces conversations avec ces politiciens qui, au fond, n’avaient pas un niveau bien supérieur à celui des méduses.

 


 

 

 

10:38 Écrit par ro-bin dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique |  Facebook |

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