01/09/2013

Journal d'un pensionné peinard

Je me lève vers huit heures d’habitude et je lorgne par la fenêtre pour voir le temps qu’il fait.  Le temps c’est primordial.  Cela influence l’humeur.  Si je vois que le ciel augure d’une belle journée, je me sens tout revigoré, sûr que l’après-midi j’irai glander au jardin, un livre pas trop difficile entre mes mains et, en sournois (eh-eh), piquer un petit roupillon vite fait bien fait sans que Bobonne le voie, elle croit que je suis un intello et que je suis tout le temps occupé à lire des livres difficiles – du genre des Dan Brown ou Harlan Coben - , autant la laisser dans ces idées…

 

Le petit-déjeuner c’est essentiel pour le tonus et la mise en route d’une vieille machine grinçante et brinquebalante (c’est mon portrait craché!).  Je ne la ménage pas ma moitié, souvent elle doit me faire une grasse omelette bien bourrée de crevettes, ou bien je bouffe des maatjes (plein de vitamines E, bon pour un autre tonus…eh-eh) avec un ou deux pistolets à la clé.  Je m’en mets plein le baba car j’ai toute la matinée pour digérer parce que, à part regarder par la fenêtre, ma principale activité du matin, c’est la lecture de ma feuille de chou favorite.

 

Tenez, dernièrement, j’ai lu en détail (et en savourant, je vous assure) l’histoire d’une nana qui en avait eu marre de son Jules et qui avait décidé de lui mettre un rien d’huile dans les engrenages conduisant à l’inévitable dernière demeure.  Elle avait cru la bonne femme que de lui asséner un bon coup de marteau sur la tête aurait suffi à faire d’elle – comme par un tour de magie - une veuve joyeuse et joyeuse héritière.  Las.  Le zig ne fut nullement apte à figurer dans une annonce nécrologique.  Elle dut donc, pour parfaire l’œuvre entamée (cent fois sur le métier, remets ton ouvrage, ou quelque chose de semblable) lui pratiquer de vilaines lésions corporelles avec de vilains objets tranchants (paraît que ses enfants étaient dans la maison pendant qu’elle faisait son œuvre d’apprentie-bouchère).  Finalement, le gus, rendit son âme à Dieu (ou au Diable, car il semblait qu’il l’aurait régulièrement battue, sa gonzesse aimée).  À son arrestation, il paraît que la nénette bouchère se serait écriée qu’on n’allait tout de même pas la mettre en prison pour si peu.  Comme quoi, après avoir lu cet article, ma propre Bobonne, je la regardais d’une tout autre façon, un peu comme Jésus aurait zieuté ses tortionnaires du haut de sa croix.  Avec un sentiment de méfiance.

 

Je vous recommande instamment la lecture de ce journal, hautement éducatif dont je me dois de taire le nom car ne je ne pratique pas de publicité gratuite dans mon blog. Je mets au moins trois heures pour le lire, annonces légères comprises (avec mini-photos mais maxi-décolletés souvent les annonces de dames en quête de compagnie).  Et puis, il y a toujours des articles de fond sérieux, bien recherchés et, surtout, bien écrits, dans un français irréprochable.  Je m’en régale toujours.

 

Par exemple, au sujet d’un serpent trouvé dans une cave ‘Appel a été fait aux pompiers et service concerné pour enlever l’hôte indésirable.’

 

En une phrase magistrale, on sait tout.  Qu’il y avait quelqu’un qui n’était pas invité à la party (hôte indésirable), et que les pompiers s’en sont débarrassés. Pourquoi les pompiers quand quelqu’un squatte une boum, ce serait la bonne question mais qui suis-je pour questionner les desseins d’un honnête journaliste écrivant ses articulets de chiens écrasés? Autre phrase : ‘Ceux-ci lui ont arraché le collier qu’elle portait avant de s’enfuir à bord d’une voiture immatriculée en France’.  Je dois dire que je ne saisis pas ce ‘collier qu’elle portait avant de s’enfuir à bord d’une voiture.’  Pourquoi après avoir été volée, a-t-elle dû s’enfuir?  D’habitudes, ce sont les petites frappes qui s’enfuient.  Troublant.

 

Autre phrase plutôt énigmatique : ‘la famille (…) devrait attendre les résultats des devoirs avant de pouvoir récupérer le corps de l’enfant’.  Là, je dois dire que je cale.  Parce qu’un enfant n’a pas fait correctement ses devoirs, on ne rend pas son corps à ses parents.  Et pourquoi le corps?  C’est, avouons-le, un mot ambigu qui prête à confusion.

 

Autre article ‘Le roi Philippe et la reine Mathilde débuteront à Wavre leurs Joyeuses Entrées en Communauté française, le 10 septembre’.  Et comme on communique le menu des joyeuses entrées, je vois que ce seront des ‘Aiguillettes de canard de la ferme de la Tour’, un ‘Chutney Pomme-oignon et jus de pomme de la Chiste’ ou ‘Crumble aux Herbes’.  Pas étonnant qu’on parle de Joyeuses Entrées!

 

Autre article ‘Ma fille n’a toujours pas d’école pour lundi’.  Mais quel bonheur pour cette fille de ne pas aller à l’école!  De mon temps, on aurait sauté sur une telle occase pieds joints.

 

Bref il est midi et là, je mange léger, des tartines avec de la charcuterie, du fromage et un morceau de chocolat.  Le chocolat c’est une nourriture pour les neurones, cela les met en route, cela génère des idées, des pensées, bref ce qui nous distingue de nos amis les animaux domestiques.  Domestiques quel grand mot peu approprié pour ces sales bêtes paresseuses qui ne sont bonnes qu’à nous dégarnir le portefeuille. Car ce serait plutôt nous qui serions les domestiques de nos animaux de compagnie et nous qui leur tiendrions compagnie.  Un chat ou un chien, c’est bien sûr incapable d’ouvrir un sachet de croquants ou une boîte de nourriture (cela ne sait pas se servir d’un ouvre-boîte, bon, je suis à leur niveau, d’accord, j’avoue), c’est incapable de mettre du poulet au four à micro ondes pour se le préparer.  Il faut que ma moitié (Bobonne) soit là pour tout leur préparer et moi à côté d’elle pour la diriger et lui donner de judicieux conseils car, c’est connu, les femmes sans les hommes ne sont des bonnes (eh-eh) à rien. Ou plutôt bonnes à tout sauf faire des choses intelligentes.  Et puis, une femme il faut l’occuper du matin au soir sinon elle se met à réfléchir et une femme qui réfléchit, attrape de vilaines rides horizontales au niveau du front (bas en général, comme chez les singes, vous avez déjà remarqué?), cela les défigure de réfléchir et puis, avouons-le, penser ce n’est pas dans leur nature, dans leurs gènes.  Dieu a créé les Hommes pour penser (à Son Image de créateur de l’Univers), les animaux de compagnie pour leur tenir compagnie, les femmes pour faire tout ce qu’ils ne peuvent pas faire et, parfois, leur apporter certaines satisfactions de couple hormis leurs tâches essentielles d’être les servantes des Hommes, taillables et corvéables à leur Merci.  Dieu a aussi créé les Dictateurs pour remplir les JT d’images juteuses et sanglantes de corps, déchiquetés, gazés, napalmés, aplatis sous les obus ou bombes ou mortiers, truffés de balles de snipers ou de mitrailleuse, de corps en décomposition dans l’attente des devoirs pour les remettre à leur famille et il a créé les feuilles de chou pour mettre en branle les rouages mentaux de gens de mon espèce qui ne vivent que pour ça.  Le cerveau.  Le faire fonctionner.  Penser, supputer, calculer.

 

Car, je m’en targue (pas je m’en tague) et j’en suis fier.  Je suis un intellectuel.  Lorsque je lis un article de fond dans ma feuille de chou favorite, une lettre éclairée de lecteur ou un articulet de chiens écrasés (ou serpents dans les caves ou corps en attente de devoirs ou colliers arrachés avant de partir en voiture), j’y réfléchis à ce truc que je viens de lire (ne demandez pas à Bobonne de m’aider, là c’est pas son truc, à Bobonne) et cela me prend parfois des heures à y réfléchir, à envisager les tenants et aboutissants.  J’y peux rien, c’est un talent naturel chez moi, penser, réfléchir, je fais (un peu) partie d’une certaine élite de l’esprit.

 

Eh puis, dans ma feuille de chou, il y l’horoscope et des photos d’artistes du monde du spectacle (genre Nabila..), cela émoustille les sens, cela envoie des bouffées de fraîcheur là où il faut et heureusement que Bobonne est disponible à la demande…

 

Ah le journal télévisé!  Je zappe de chaîne en chaîne pour tomber sur les items les plus sanglants, les plus déprimants, car plus cela saigne dans le monde, plus cela s’écrabouille, se décompose, se volatilise, se gazote, se napalmote, plus je m’amuse.  Ce monde est devenu fou et ceux qui le peuplent ne sont pas mieux.  Cela me réconforte dans mon opinion que Dieu n’a pas créé tout le monde à Son Image.  Prenez el-Assad, vous avez vu ses oreilles?  Démesurées.  Vous imaginez Dieu avec de telles portugaises? Il ressemblerait à un singe et pas trop beau en plus.  Et Siegfried Bracke de la N-VA (ex VRT), imagine-t-on Dieu à son image de Flamand obtus à la moustache qui fait penser à un personnage historique dont je ne me souviens plus du nom?

 

Déjà dix heures du soir, comme le temps passe vite, je vais vite aller dormir pour être en forme demain matin pour mes maatjes ou mon omelette et puis, après, pour lire ma feuille de chou et superviser les tâches coutumières de Bobonne.

 

Dieu, que c’est dur d’être pensionné!

17:11 Écrit par ro-bin dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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