18/08/2013

Ô Babylone, je te regrette encore

À Babylone, 18 siècles avant l’ère chrétienne, Hammourabi fit publier et graver un code, recueil de jurisprudence.  Cette civilisation connaissait déjà l’écriture, pratiquait la médecine et avait commencé à faire des découvertes dans le domaine de l’astronomie.  En même temps, les Égyptiens n’étaient nullement restés sur la touche car leurs connaissances mathématiques, astronomiques et médicales, surprennent.  Il suffit de voir en ce qui concerne les pyramides (sous la dynastie de Chéops à Gizeh), la perfection des dimensions tant extérieures que celles qui ont trait aux chambres intérieures.  Des pyramides dont celle à degrés de Saqqarat fut construite 2800 ans avant Jésus Christ!

 

Quand on pense qu’il y a 5000 années, des élites se débrouillaient déjà en médecine, astronomie, écriture, et le phénomène n’était pas limité à ces deux civilisations importantes car les Chinois et les Hébreux avaient, eux aussi, développé écriture, lois, musique et formes de vie en commun, alors que dans nos contrées sauvages, nos ancêtres vivaient encore comme des Néandertaliens, dans des grottes ou entourés de marais, une existence peu différente, somme toute, de celle que menaient leurs propres ancêtres anthropoïdes quelques centaines de milliers d’années auparavant.

 

Si on jette un coup d’œil d’historien sur l’époque actuelle, sur nos concitoyens, nos jeunes, nos médias, on ne peut qu’être sidéré par rapport aux civilisations, cultures, us et coutumes d’il y a 5000 ans.

 

Quels sont les personnes en Belgique qui, maintenant, sont capables d’aligner les principes fondamentaux de la Constitution belge? Qui sont capables de lire une Loi ou un Arrêté royal portant sur une matière qu’ils connaissent et  de dire ce que signifie le texte légal ou réglementaire?  Qui connaît la différence entre texte légal et réglementaire (une Loi est un texte légal car approuvé par les Chambres selon une procédure constitutionnelle, un Arrêté royal pris en application d’une Loi est un texte dit réglementaire; la circulaire Peeters par exemple qui guide tout ce qui a trait à la nomination des bourgmestres dans les communes à facilité n’a pas force de loi, sauf que personne au niveau fédéral ne veut secouer le cocotier).

 

On a maintenant sur RTL-TVI et à la RTBF des journalistes présentant le JT qui ont besoin d’autres journalistes – de soi-disant spécialistes - pour expliquer certains points particuliers ou pour donner une explication sur une mesure quelconque ou, pis, pour pratiquer une interview (hormis celles de ‘people’ car ça c’est au niveau de cette nouvelle génération de journalistes, mais ne leur demandez pas d’interviewer Philip Roth, Pierre Boulez ou Patrice Chéreau…, Stromae ou le Grand Jojo c’est bien plus dans leurs cordes).

 

On a maintenant des gens qui écrivent n’importe quoi n’importe où, tweets à 144 caractères, réactions à chaud sur des forums, posts sur Facebook (coucou je suis au resto avec Véro et d’autres amies !).  Dire qu’il y a 5000 ans l’écriture naissait, on peut maintenant mettre, déjà, une date, sur la fin de l’écriture.  Je n’ai jamais été un fana de l’ortograffe (oui, je m’adapte!), mais avoir un minimum de cette orthographe dans sa langue maternelle me semble être non pas un signe de culture mais une manière de communiquer avec d’autres et de ne pas se faire ranger au niveau des analphabètes fonctionnels.  Parce que, inévitablement, lorsqu’il s’agit de pondre des CV, d’écrire des lettres de présentation, de faire certaines démarches administratives ou commerciales par écrit, d’écrire une carte de vœux ou de condoléances, il faut nécessairement passer par des règles et les appliquer.  Je conçois difficilement qu’un zigoto réponde (notez le subjonctif) à une annonce par exemple comme ceci :

 

« Mèdame, Mèssiè,

 

Je me permè de vou adrèsé sijoin mon CV et espaire que vou répondré avec faveur, tou en vou remerssian bocou davensse… ».

 

Chez les Flamands, ce n’est pas mieux puisque les unifs ne sanctionnent plus les fautes ‘dt’ des étudiants remettant des travaux par écrit ou mémoires de fin d’études, le t indique la 3e personne du singulier, le d final un participe passé, mais il y a des exceptions… (‘hij besteedt tijd’ = il consacre du temps, ‘hij heeft tijd besteed’ = il a consacré du temps).

 

Ayant eu un décès dans la famille récemment, je me suis aperçu que dans la farde de l’entreprise de pompes funèbres mise à ma disposition, il y avait une vingtaine de lettres préparées et imprimées à mon nom pour diverses résiliations et communications de décès aux organismes concernés et, y réfléchissant, je me suis dit que pour nombre de personnes nullement illettrées mais peu capables d’entreprendre toutes seules les démarches nécessaires, c’est là une aide précieuse.

 

Notre civilisation actuelle est comique au fond.  Il y a des gosses et des adolescents qui, déjà, sont de petits génies pour ce qui concerne l’informatique, ils surfent et planent sur la Toile, comme de vrais pros alors que les vieux sont plutôt à la traîne.  Comme le disait l’auteur de romans policiers suédois Mankell récemment lors d’une interview dans ‘de Standaard’, les jeunes qui surfent et consultent Wikipedia ou d’autres sites d’information générale croient amasser de la connaissance, alors qu’ils n’amassent que de l’information.  La connaissance c’est l’interprétation critique d’une information.  Si on me dit qu’il y a eu 6 millions de Juifs d’Europe tués par les nazis et leurs collaborateurs, c’est là une information qui deviendra de la connaissance quand j’aurai lu des livres décrivant pourquoi ils ont été tués, comment ils sont morts, quels furent les processus de mise à mort et quels en furent les coupables à tous les niveaux, et, partant, quelles leçons on peut tirer de tels événements horribles pour l’avenir.

 

Donc, ces jeunes et adolescents, une fois arrivés à l’âge adulte, n’auront peut-être pas acquis les bases administratives et commerciales nécessaires (ce que Mankell qualifie de ‘connaissance’ à l’opposé de l’information) pour se débrouiller seuls dans la vie ou en couples.  J’ai même lu quelque part que les frères Borlée ont deux psychologues dans leur team, sans doute pour les consoler après une défaite en 400 ou 4 x 400 mètres…moi dans mon enfance avec un père violent et des scènes de cris, hurlements et coups dès mes 4-5 ans, une situation qui s’est poursuivie jusqu’à l’âge adulte, je n’ai jamais eu cette chance d’avoir deux psychologues pour m’aider à m’en dépêtrer. Un père violent à l’époque c’était honteux, on n’en parlait à personne même pas aux amis intimes. Je m’en suis sorti tout seul, appliquant sans même le savoir cette sorte de résilience naturelle que d’aucuns s’évertuent maintenant à ‘inventer’, décrire et conseiller.

 

Nous avons accès à toute l’information, sommes donc au top de la l’information humaine et je dois dire, hormis certaines exceptions brillantes dans mon entourage privé, je constate une épouvantable régression du point de vue de la culture (qui connaît encore les cinéastes Buñuel, Bergman, Pabst, Chaplin, Eisenstein, les peintres Picasso, Dali, les écrivains Sartre, Céline, Norman Mailer, Anthony Burgess, Joyce Carol Oates, Philip Roth voire Tolstoï et Proust, l’histoire de l’Europe, de l’Amérique, du Japon, qui connaît encore les grandes lignes de la deuxième guerre mondiale voire l’histoire de notre pays et la signification du 21 juillet, etc.), des connaissances pratiques (Constitution, textes légaux, systèmes de gouvernance en Belgique et leur fonctionnement, ce qu’il faut faire en cas de décès, d’accident de la route avec blessures ou séquelles durables, etc.).  Qui s’y connaît en musique au point de reconnaître un interprète d'opéra, le style d'un compositeur classique, un saxophoniste de jazz...  Si on fait la pub et qu’on pousse des gens comme Stromae, Deus, Axelle Red et Adamo, et qu’on ne parle que des films à suspense, polars ou thrillers, et, en littérature, les romans qui plaisent au plus grand nombre (Prix des lecteurs!), on retourne à coup sûr à cette époque bénie où César nous distinguait des autres peuples de la Gaule par notre courage, sachant bien qu’il nous considérait, du point de vue mental, comme des sous-hommes bien inférieurs à la culture romaine.

 

D’un point de vue culturel, maintenant, on arrive à ce que Marx qualifiait de ‘Lumpenproletariat’ (le prolétariat en loques), sauf que j’affirme que le prolétariat, actuellement, n’a plus rien à voir avec l’économie, mais il y a un prolétariat de l’esprit, incapable d’arriver aux hautes sphères de la culture et des connaissances, incapable d’utiliser les capacités prodigieuses du cerveau.  Et à qui la faute sinon aux enseignants, parents, médias, amis et connaissances, qui privilégient ce qui est passager, mode, tendance, négligeant l’essentiel, c’est-à-dire utiliser au minimum le 10ème des possibilités faramineuses de notre fabuleux cerveau…

 

 

14:33 Écrit par ro-bin dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.