19/04/2013

Plus je vieillis, plus j'aime les animaux et moins j'aime certains hommes

Plus je vieillis, plus je m’aperçois que je commence à m’intéresser de plus en plus aux animaux et de moins en moins aux gens.  À certaines personnes du moins.

 

Bon, soyons honnête, j’ai des amis et de bons, je ne suis nullement asocial et je m’intéresse à ce qui se passe dans le monde, mais quand je vois certaines personnes, dont des voisins, je ne tirerais pas mon revolver comme disait Goebbels, mais je regarde avec infiniment plus de sympathie chats, chiens, écureuils, oiseaux, chevaux, papillons…

 

J’habite depuis plus de 30 ans dans une région semi-rurale, à l’écart du village.  On y est au calme sauf évidemment quand tout le monde se met à tondre sa pelouse en même temps et que les motocyclistes empruntent notre petite route déserte ou le sous-bois derrière chez nous.  Il y a un certain nombre d’années, sont arrivés de nouveaux voisins qui se sont empressés de se disputer avec tous les autres voisins.  Des deux côtés de leur jardin (jouxtant d’autres propriétés dont la nôtre), ils ont non seulement mis des clôtures – ce qui est normal – mais aussi tout le long des canisses en roseau à hauteur de près de deux mètres, sans doute pour qu’on ne les voie pas quand ils prennent l’apéritif dehors ou qu’ils invitent des amis à des barbecues.  Car, évidemment, ces citadins, une fois qu’ils vont habiter à la campagne, ils se croient devenus des gentlemen farmers et il faut qu’ils profitent des joies du jardin, le barbecue étant un de ces must.  Avec rire de madame haut perché du genre de bonne femme qui rit pour se faire remarquer.

 

Le paraître plutôt que l’être.  Et, en citadins typiques, dès qu’on arrive à la campagne, on veut évidemment imposer ses diktats à tout le monde.  Ou jouer à son petit Hitler… quitte à imposer ses bues à sens unique à ces Untermenschen de voisins.  Qui, par ailleurs sont aussi citadins d’origine mais ont appris, entre-temps, à vivre à la campagne, c’est-à-dire, essentiellement, à profiter des bons côtés de la nature et pas à ces bêtes barbecues et apéritifs bruyants au jardin.

 

Comparé à certains hommes (et c’est souvent les hommes en fait qui sont chiants, généralement, les femmes suivent ce que dictent leur mari…), les animaux, c’est tout différent.  Un autre monde, festoyant, animé, varié chaque jour.

 

Souvent, je regarde par l’une des fenêtres donnant sur le devant de la maison donnant sur une prairie dans laquelle paissent et vivent une quinzaine de chevaux d’un manège tout proche de chez nous.  Les chevaux sont parmi les animaux que je préfère, ils ont toujours l’air effroyablement mélancolique, ils vous regardent de ces yeux où on ne lit que tristesse.  Cependant, tout à l’opposé de certains hommes, de certains voisins qu’à Bruxelles on qualifierait de ‘stouffers’, les chevaux ont une mémoire, ils sont capables d’amitié.  Chez un de nos autres voisins avec qui nous sommes en très bons termes (il n’y a qu’un seul voisin dans le quartier avec qui nous sommes en dispute, sur 7 dans la rue…), celui-ci  a prêté sa grande prairie pour y laisser vivre le cheval d’une jeune dame.  Il s’agit d’une jument (le cheval, pas la dame) appelée Olivia.  Et Olivia a très vite compris que quand on allait chez nous le matin ouvrir la porte du poulailler ou la fermer le soir, il y avait un petit quelque chose – une friandise - pour elle, elle adore les carottes Olivia.  Et, alors qu’on s’affaire soit à ouvrir la porte du poulailler et à sortir ou rentrer les mangeoires, Olivia est de l’autre côté de la clôture dans la prairie du voisin, elle piaffe d’impatience car sa carotte traîne.  Je l’ai même vue saliver à plusieurs reprises, ce qui m’a fait penser aux expériences du scientifique et psychiatre Pavlov en URSS qui avec une sonnette avait appris aux chiens de labo qu’une fois que la sonnette sonnait, ils allaient manger.  Ce qui, automatiquement, déclenchait la salive chez ces bonnes bêtes, réflexe du conditionnement animal (mais chez nous c’est pareil, zieutez de temps en temps des convives à qui on vient d’apporter leur plat au resto).

 

Ma mère avait deux chats chez elle, dont l’un ‘Kochka’ vivait tout à fait à l’écart, ne frayait avec personne, se montrait distant et indifférent.  Ma mère ayant été hospitalisée de nombreux mois l’année dernière et finalement étant actuellement en maison de repos, nous nous sommes occupés de ses deux chats.  Eh bien, Kochka est devenu un amour de chat.  Il nous suit au jardin comme un chien ; le matin, quand nous descendons au rez-de-chaussée (là où vivait ma mère et où sont restés vivre ses chats, nous habitons au premier et au deuxième), il bondit vers nous (souvent il nous a entendu descendre les marches d’escalier) pour se faire caresser et, quand on lui donne à manger, il faut d’abord le caresser de longues minutes avant qu’il ne mange.  C’est ce que j’appelle de l’amitié, ce n’est pas l’estomac qui l’intéresse, mais la proximité de ses (nouveaux) maîtres.

 

J’aime aussi, mais surtout en hiver, observer l’écureuil qui venait régulièrement s’alimenter chez nous.  C’est là le type d’animal beau et charmant.  Mais au poulailler, nous avons deux cannes presque domestiquées, qui ont leur nom (Isolde et Eva) et qu’on laisse parfois sortir sur la pelouse ; alors quand mon épouse travaille au jardin, ces deux cannes n’ont rien de plus pressé que de guetter ses faits et gestes afin de voir s’il n’y aura pas des vers de terre pour elles.  Mon épouse est donc leur MacDo portable.

 

Souvent, près de chez nous, il y a des buses et un faucon qu’on peut observer à l’œil nu ou à la jumelle.  C’est toujours plus agréable comme vue que de voir le voisin ronchon qui bichonne sa voiture avec amour.  Ou qui, dernièrement, et je n’ai jamais vu ce fait ahurissant de ma vie, a pris les poussières de ses panneaux photovoltaïques.  Mais pour ceux qui s’y connaissent un brin en psychologie, les personnalités de type ‘anal’ (c’est-à-dire les personnes qui dans leur développement en sont restées au stade ‘anal’), sont des fanas de la propreté.  Hitler, Himmler et pas mal d’autres du genre sous le IIIe Reich étaient de cette nature.  Chez nos voisins, la pelouse est coupée au millimètre.  Chez nous, certaines parties du jardin (15 ares et demi), c’est la jungle, mais moi, malheureusement je n’ai pas une personnalité anale, je ne nettoie pas ma voiture tous les 15 jours…

 

Ne disait-on pas jadis que les gens qui n’aiment pas les animaux, n’aiment pas les gens.  Htiler aimait les chiens, donc cet adage n’est pas juste.  Je dirais que les gens qui aiment trop leur voiture et pour qui la voiture est un objet de standing ne doivent pas aimer grand-chose d’autre que leur propre ego démesuré dans la vie.

 

En revenir à l’observation des animaux, voir qu’il y a chez eux de marques d’intelligence, constater combien ils peuvent être fidèles (nos cannes et notre oie unique Kim obéissent à nos voix, comme des chiens, et ici on retrouve les théories de Konrad Lorenz, qui, d’après notre propre expérience, sont exactes, on peut domestiquer des animaux a priori non domesticables), bref, être à l’affût d’une vie naturelle – pas de barbecues, pas de drinks au jardin pour les animaux -, dont nous, originaires de la gent animale, avons perdu toutes traces, constitue toujours une leçon d’humilité.

 

Parce que, notre cerveau ‘reptilien’ (le plus ancien, celui qui remonter à nos origines animales) a conservé certains instincts animaux et, observer des animaux nous permet de constater quel chemin nous avons parcouru nous qui sommes parvenus à produire des Mozart, Beethoven, Wagner, Debussy, à aller jusque sur la lune, tout en sachant qu’il reste en nous des traces animales.

 

Quelle joie parfois quand je vais mettre les poubelles à la rue le lundi soir, de voir quelques chevaux de la prairie du manège qui se rapprochent de moi, parfois simplement pour que je les caresse et quel bonheur de pouvoir côtoyer des animaux sensibles alors qu’à côté de chez nous vit un être qui s’isole et qui croit que son tyupe de vie est naturel.

 

Dans cinquante ans, quand tout notre pays aura été bétonné et qu’il n’y aura plus de nature, la seule forme animale que nos descendants connaîtront, ce seront les animaux qu’ils boufferont dans leur assiette…ou ceux qu’ils iront voir dans des zoos.

 

Quel triste monde que le nôtre quoi se transforme en béton, en immeubles à habitations multiples, en zones urbaines de plus en plus envahissantes.  Quand nous circulons en voiture dans les environs et que nous apercevons de grands espaces verts (je vis en Brabant wallon, pas en Ardennes), nous nous disons, pourvu que cela reste…

 

18:07 Écrit par ro-bin dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux, nature, voisins |  Facebook |

Commentaires

Ouf ! je suis soulagée, j'ai dépassé le stade anal..
A part ça j'ai le malheur d'habiter une rue bruyante et je peste souvent contre certains comportements tels que les coups de klaxon pour signaler sa présence ou dire au revoir, entre autres. Ceci dit, quand je vais à la campagne chez mon beau-frère, un village hesbignon avec des fermes espacées, j'ai pu constater qu'il y a aussi des bruits indésirables genre tirs à la carabine sur des oiseaux ! Comme quoi il y a des malotrus partout !

Écrit par : Goossens Christiane | 20/04/2013

Les commentaires sont fermés.