01/04/2013

La Culture instant et autres absurdités belges

Je viens d’apprendre que la présentatrice du JT de la RTBF Hadja Lahbib a été désignée pour présenter le Concours Élisabeth.  Elle succède ainsi à une série d’autres présentatrices de télévision, généralement jolies et fort présentables (Vande Meersche, Boulangier), pas spécialement connues pour leur érudition dans le domaine de la musique classique.

 

Je suppose que l’élément de photogénie prévaut par rapport au savoir même modeste.  Dans une interview dans la DH Hadja Lahbib disait qu’elle allait lire énormément sur le sujet. Bien, il lui reste quelques semaines pour atteindre le savoir encyclopédique nécessaire pour ne pas faire sourire les connaisseurs pointus.  Elle dit dans Moustique qu’elle est curieuse, laissant sous-entendre qu’elle s’y mettra à cette matière.  Ouais, dans ma vie j’ai connu des gens curieux mais qui n’étaient pas nécessairement des sommités du point de vue des goûts et de la connaissance de la musique classique ou de celle des œuvres chantées (où là, quand c’est le tour des chanteurs, il faut ajouter la touche Lieder et des extraits d’opéras…).  Dans Moustique, elle dit aimer Haydn, Liszt, Mozart et Tchaïkovski, ajoutant qu’elle a des goûts grand public.  Il serait dès lors étonnant de croire que des présentatrices grand public puissent aimer et connaître Wagner, Debussy, Berg, Messiaen, etc, ne parlons pas de Yves, Blacher, Webern ou Miaskovsky.

 

J’ai rencontré Pierre Delhasse et passé une soirée et partie de nuit en sa compagnie il y a près de 40 ans.  Il était un grand connaisseur de musique classique, une encyclopédie à lui tout seul.  J’ai rencontré Benoît Quersin, autre encyclopédie, dans le monde du jazz ;  j’ai eu l’occasion de participer à une émission de Marc Moulin et de pouvoir jouer en direct sur antenne à la flûte, quel mec cultivé et gentil !  J’ai entendu un jour sur France Musique un présentateur d’une émission de jazz qui après avoir passé un morceau sublime de John Coltrane (jazzman, 1926-1967, saxophones ténor et soprano) qui je crois devait être ‘Out of this world’ dire, avec cet accent marseillais typique « je remonte de dessous de la carpette ».  Et c’était le cas.  Moi aussi d’ailleurs et ce n’était ni la première ni la dernière fois.

 

J’ai lu une interview d’un type un jour qui disait que la frontière entre l’amateurisme et l’excellence se situait à 10.000 heures de pratique instrumentale.  Pourquoi dès lors croire que quelqu’un qui n’a pas eu des milliers d’heures d’écoute de musique, quel qu’en soit son genre, puisse faire autre chose que de la figuration ?

 

J’ai entendu John Coltrane en 1962, j’ai plus de 70 CD de lui, et je découvre encore des perles parmi sa discographie.  J’ai entendu du Chopin pour la première fois à la fin des années 60 et quand j’écoute sa ‘sonate funèbre’, je suis encore toujours sidéré surtout par le dernier mouvement qui se termine par une espèce de chaos musical aboutissant au vide absolu, un peu comme celui qui est au centre du Zen.  J’ai entendu l’opéra « Boris Godounov » au début des années 70 et je l’écoute encore avec autant de plaisir, mais je sais aussi qui était Boris Godounov, quelle était son histoire et pourquoi il a été tué par les Boïars (nobles, en Russie classique) réunis en conseil impérial et de quel poète russe célèbre son opéra a été inspiré.  Quand j’entends un clarinettiste ou saxophoniste de jazz, souvent je puis l’identifier, d’après le style de son improvisation, le son spécifique (plat, avec vibrato, légèrement growlé, métallique, etc.).  C’est là une partie de ma culture générale et spécialisée.  Quand j’entends ‘The End’ des Doors, je n’ai pas dû attendre de lire la bio de Jim Morrison (que je viens de lire par ailleurs) pour comprendre ce morceau et l’impact sur une Amérique prude de ce fils hurlant qu’il voulait tuer son père et niquer sa mère.  Mais au-delà de l’aspect iconoclaste de telles paroles, la musique envoûtante, le climat, la projection de la voix de Jim Morrison, font merveille.

 

Je puis discuter avec une certaine culture de jazz, de classique, d’opéra, de musiques du monde, de musique soul et funky, mais je ne l’ai pas appris en lisant des bouquins, il m’a fallu des centaines, des milliers d’heures, d’écoute assidue pour arriver à ce stade.

 

Pour la RTBF, installer au micro et devant la caméra des dames qui ne sont pas connues comme étant des sommités dans le domaine qu’elles vont présenter, montre l’importance qu’attribue cette chaîne publique à la culture.  Égayer son public, sourire, montrer la blancheur de ses dents et ses toilettes et poser des questions auxquelles répondront de vrais spécialistes en la matière, m’indique une chose.  Qu’avant il y avait encore des gens à la RTBF qui pouvaient se targuer d’une culture encyclopédique et que maintenant il faut se rabattre sur des faire-valoir pris plus pour leur plumage que pour leur ramage.  Certains me rétorqueraient qu’il ne s’agit là que de présentatrices après tout, pas des experts.  Et, selon moi, une présentatrice peut émettre son avis personnel, peut dire si elle a été bouleversée par une interprétation ou que quelque chose lui a déplu.  Je l’ai entendu assez souvent lors de présentation d’émissions live sur France Musique et même pour des œuvres classiques. Pourquoi pas ?  Mais ce rôle restreint à de la figuration montre bien l’importance que la RTBF accorde à ce public d’experts-mélomanes qui suit le Concours Élisabeth.  Et c’est peut-être là tout le problème, devenir expert dans un domaine demande de l’investissement, de la culture (dans le sens d’avoir la capacité et les connaissances suffisantes pour émettre un jugement valable…).  Or, à notre époque speedée, qui a encore le temps, la volonté, et l’énergie pour s’investir dans un domaine et redevenir un étudiant dans l’attente d’une reconnaissance qui ne viendrait que de pairs et encore ?

 

Google a remplacé la connaissance, l’expertise, et c’est infiniment dommage.

 

Comme quoi, on peut maintenant parler de Culture Instant, un peu comme le café instant…

 

On fait beaucoup de chichis me semble-t-il à propos de ces jeunes Musulmans ou convertis qui partent se battre en Syrie.  Tout le monde est d’accord sur un point, le régime de Bachar El-Assad est un des régimes les plus sanguinaires du moment.  J’ai lu un livre de Jonathan Littell (Goncourt, auteur des « Bienveillantes », un superbe roman) qui a passé plusieurs semaines dans la Syrie des insurgés.  Les conditions de vie et de combat y sont atroces.  Et, lorsque quelqu’un est blessé, soit par hasard (bombe, mortier, coup de feu de sniper…), soit lors d’un combat, ses chances de survie sont souvent réduites du fait que les moyens d’évacuations de blessés sont pratiquement inexistants et que l’armée syrienne du dictateur sanguinaire s’en prend par priorité aux médecins et aux blessés, allant jusqu’à les torturer ou les faire disparaître.  Pourquoi donc, sous prétexte de refus politique du corpus d’idées salafistes, dire que ces jeunes idéalistes ne sont pas des héros, ne sont pas admirables ?  Pourquoi ne pas les encourager.  Il faut être sacrément courageux pour aller se battre là-bas dans de telles conditions de pénurie absolue et la plupart de nos politiciens qui fustigent ces volontaires à des missions impossibles, n’ont aucune idée du type de vie qu’il faut mener là-bas pour se battre contre une des armées de la région la mieux entraînée et la plus sauvage.

 

Et alors qu’on a soutenu les rebelles en Lybie, qu’on en a fait des héros, pourquoi soudain faire volte-face et faire la vilaine tronche quand des jeunes du même acabit partent se battre pour renverser un dictateur tout aussi fou et sanguinaire ?  Que ces jeunes Belges soient des défenseurs de la Sharia, qu’est-ce que cela peut bien faire du moment qu’ils ne cherchent pas à l’imposer chez nous ?  Et, puis, sans défendre la Sharia – puisque le rôle de la femme dans un État sous l’emprise de cette Loi ne correspond pas du tout à l’idée d’égalité de la femme que je me fais, mais je retrouve ces principes de déni de l’égalité dans deux autres religions monothéistes -, on pourrait peut-être aussi se poser des questions, avant tout, sur notre type de démocratie en Belgique, selon laquelle 6-8 personnes en conclave budgétaire décident à elles seules des politiques sociale, économique et budgétaire d’un pays, sans tenir compte de ce que veut le Peuple, qui, après tout est souverain puisque c’est par ses voix que ces gens-là en sont venus à se claquemurer entre quatre murs pendants des dizaines d’heures pour notre bien commun à tous !

 

À Anvers, la police demande aux Anversois de faire attention aux Musulmans qui seraient susceptibles de changer leurs attitudes corporelles ou d’habillement ; concrètement il s’agit d’avertir nos amis de la police si notre voisin musulman précédemment vêtu de costards Armani s’habillait soudain en djellaba et se laissait pousser une vilaine barbe d’intégriste.  Il faut les tenir à l’œil, ces gars-là, ce sont des terroristes en puissance.

 

Espérons que nos zélés Anversois ne confondent pas Borgerhout et le quartier de juif de la Pelikaanstraat où abondent également les barbes et les accoutrements bizarres !

 

Rappelons pour l’histoire que près de 90 % des dénonciations que traitait la Gestapo dans les années du IIIe Reich provenaient de citoyens allemands.  Après l’appel à signaler les plaques étrangères à Anvers (fait par un des procureurs du Roi, Daems pour ne pas le citer), la dénonciation récente faite en personne par le Bourgmestre d’Anvers d’un voisin qui cultivait du cannabis et une taxe spéciale d’inscription pour les étrangers (annulée par le gouverneur de la Province d’Anvers), je rappelle instamment que toute comparaison avec les années trente peut faire l’objet d’une dénonciation pour diffamation à qui de droit !

20:40 Écrit par ro-bin dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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