10/03/2013

C'est la crise !

C’est la crise !

 

Nombre de grosses entreprises licencient en masse (Ford, Arcelor, Caterpillar, etc…).

 

Dès qu’un licenciement en masse est connu, les chaînes de télévision produisent des émissions spéciales, des politiciens de tous bords (bleu, rouge, orange et vert) viennent verser leurs larmes de crocodiles devant les caméras de la télévision.

 

J’ai deux remarques à ce sujet.

 

Un, avec entre 800 et 1000 faillites de petites et moyennes entreprise par mois, s’il n’ya que deux ou trois employés par entreprise, cela fait chaque mois l’équivalent des C4 chez Caterpillar.

 

Deuxièmement, les ministres et politiciens du MR ne sont pas les derniers pur venir verser leurs larmes devant les caméras de la télévision, fustigeant ces patrons sans cœur.

 

Quel est le programme du MR ?  Défendre et promouvoir le capitalisme, moins d’État, faire en sorte que les entreprises en tout genre engrangent de plus en plus de bénéfices, payent moins de taxes, et, aussi, faire en sorte qu’on taxe plus le fruit du travail que le fruit du capital. L’axiome principal du mouvement libéral, grand défenseur de la ‘libre entreprise’ avec tout ce que cela implique de relents immoraux, n’est-il pas ‘Laissez faire, laissez passer !’  Ce qui implique qu’il ne faut ni mainmise de l’État ni règles trop restrictives ‘jugulant’ les ‘échanges’ commerciaux.  Le résultat pour la Belgique est édifiant, les pensionnés sont taxé à un taux plus élevés - même s’ils n’ont pas des pensions mirobolantes - que les entreprises (merci, entre autres, aux intérêts notionnels mais aussi à l’incurie traditionnelle des services d’inspection et de taxation du Fisc).

 

Ce qu’on oublie souvent de préciser quad on fait des émissions spéciales larmoyantes sur l’affreux sort dont sont victimes des travailleurs, c’est que les patrons ne sont nullement des philanthropes ou des ASBL ou autres ONG caritatives.  Les CEO nommés à la tête de grosses boîtes reçoivent un mandat clair via le vote de l’assemblée générale des actionnaires.  Mandat pour quoi ?  Pour faire fructifier le placement des actionnaires dans le capital de l’entreprise.  Si pour engranger de plus grands bénéfices, il faut pratiquer des coupes sombres dans le personnel, délocaliser à l’étranger ou obliger les employé et ouvriers à renégocier leurs contrats d’emploi à la baisse ou à des conditions plus drastiques (les exemples ne manquent pas), eh bien, franchement, il ne faut pas monter sur ses grands chevaux et faire des émissions spéciales, C’est là le jeu normal du capitalisme, commencé aux States aux tout débuts du 20e siècle, un jeu qui s’est poursuivi dans la plupart des pays du monde, en ce y compris certains pays restés d’obédience communiste tels la Chine et le Vietnam.

 

Quand je pense que certains illuminés (illusionnistes, prestidigitateurs ?) politiques en France, en Belgique, veulent faire interdire les « licenciements secs » ou ‘négocier’ avec les grand patrons, quelle naïveté !   Ou est-ce simplement pour ‘endormir’ les électeurs naïfs ?

 

Ils n’ont pas encore compris que dans cette jungle économique que constitue le monde capitaliste, tout est permis, toutes les règles sont admises pour maximaliser le profit.  Et le premier commandement et seul commandement du capitaliste c’est d’engranger un return sur l’investissement aussi grand et pérenne possible.

 

Avant, il y a vingt ans, tout baignait pour ainsi dire.  Il y avait les pays de l’Europe de l’Est dotés d’une structure centralisée rigide et allergique à toute forme de commerce privé ; les pays communistes en Asie fonctionnaient sous le même moule réducteur de liberté d’entreprise mais aussi individuelle (on tolérait que des bonnes femmes aillent vendre des produits du jardin ou confectionnés maison…).  On ne délocalisait presque pas à l’époque chez nous car dans beaucoup de pays dits du Tiers monde ou émergents, les standards de production n’étaient pas encore qualitativement au point. Puis, les Tigres de l’Asie (Taiwan, Corée du Sud, Inde, Singapour, Malaisie, Philippines…) commencèrent à atteindre des standards de production s’approchant de nos normes européennes, américaines ou japonaises, et là on eut une forme de délocalisation non pas d’entreprises mais de production à façon.  Il était en effet parfois plus facile de faire venir des produits de loin dont le coût total était moins élevé que celui d’une production autochtone.

 

Après la chute du Rideau de Fer et la décomposition économique de tous les anciens pays communistes du Comecon, le capitalisme sauvage y fit irruption.  Ce qui, puisque certains d’entre ces pays avaient des traditions d’excellence dans la production industrielle (Tchécoslovaquie, Hongrie, Allemagne de l’Est), fit réfléchir nos capitalistes belges.  Certains parmi nos futés industriels en Belgique eurent l’idée de faire produire dans certains de ces pays de l’ex-Comecon où les salaires bruts étaient ridicules par rapport à ce qu’ils devaient payer en Belgique en lois sociales diverses, au Fisc et en finale à l’ouvrier lui-même. Puis, miracle ! La Chine et le Vietnam décidèrent de laisser place à la libre entreprise et puisque les Asiates sont parmi les peuples les plus intelligents, travailleurs et productifs du monde, ils ne mirent pas longtemps à égaler les anciens Tigres de l’Asie, à tel point que maintenant la Chine a déjà supplanté le Japon du point de vue du commerce extérieur. Délocaliser en Chine c’est assurément le pied pour l’industriel futé, c’est bien, pas de sécurité sociale, pas d’assurances obligatoires (contre les accidents du travail par exemple), capitalisme à la sauvage (et primitif, même quand on lit des récits de journalistes ou écrivains s’étant fait engager dans des entreprises capitalistes chinoises où les conditions de travail font encore penser à ce que décrivait Zola il y a un petit temps déjà).

 

Mais, après la crise immobilière (2007) dite des subprimes, les crises bancaires (2008 puis plus récemment), puis les vagues successives de crises économiques, de l’euro, etc., les gros bonnets  capitalistes qui ont encore des entreprises dans nos pays, ont commencé à revenir à des réflexes purement capitalistes, ne tenant pas compte évidemment du matériau humain qui, pour eux, est moins qu’un matériau, simplement du matériel qu’on engage, qu’on presse comme du citron et qu’on licencie, si les besoins de l’AG (assemblée générale) le demandent.  Or les besoins des actionnaires sont centrés sur le ‘return’ (le yield, aussi) de leur investissement, peu importent les voies pour y arriver, toutes les voies du Seigneur Capitaliste menant au capital.

 

Il faut choisir au fond.  Ou bien on choisit un système communiste avec économie centralisée, et le résultat c’est que les gens qui y travaillent n’ont aucune fierté professionnelle, ils deviennent des espèces de parasites touchant leur salaire et, en contrepartie, offrant le minimum requis.

 

Ou bien on choisit un système capitaliste comme celui que nous connaissons tous depuis notre naissance, avec protection sociale, parts patronales énormes (ONSS), salaire net minime par rapport au brut, etc.

 

Mais, les crises successives ont eu pour conséquence directe que le panier à crabes des libres entrepreneurs s’agite de plus en plus et que là règnent maintenant en maîtres des principes darwiniens (Struggle for Life, Survival of the Fittest – Le combat pour la Vie, la Survie du plus capable).  La concurrence entre entreprises devient effrénée ; donc pour les CEO ou les patrons de petites ou moyennes entreprises, il y a plusieurs moyens de diminuer les coûts et de rester concurrentiel sans devoir augmenter les prix (avec l’a priori qu’il serait impossible de diminuer la masse salariale) : rogner sur la qualité, mettre par exemple n’importe quelle nourriture dans des plats par rapport aux étiquettes légales, utiliser des matériaux de moins bonne qualité ou de durée de vie moindre, licencier en commençant par les CDD, puis en licenciant les gens souvent malades, puis finalement en examinant une mappemonde économique et en faisant des recherches sur les coûts salariaux à l’étranger. Et finalement, la solution radicale miracle, foutre tout le monde dehors et partir s’établir ailleurs dans un paradis des patrons, une espèce de niche capitaliste.  Parfois pour diminuer les coûts, il est plus simple de flanquer l’ensemble des gens à la porte en supportant le coût des plans d’aide et de recasement prévus par la législation plutôt que de continuer à produire à perte.  Remarquez que dans touts ces projets ‘économiques’, il est rarement question de rogner sur les frais de représentation, bonus, participations aux bénéfices, et moyens mis à la disposition des patrons et de leurs loyaux affidés (voiture, moyens de télécommunication, parfois vacances offertes, etc.).

 

Un CEO qui dispose d’entreprises globales, jette un coup d’œil sur la carte, il détecte les entreprises qui marchent bien et celles qui marchent moins bien.  Mais cet œil de lynx tient aussi compte d’autres facteurs : le degré de syndicalisme des ouvriers, les chiffres de jours de grève ou de grogne sociale, de maladie, la paperasserie, les règlements, le coût de frais superfétatoires (lois sociales, avantages divers tels chèques repas, etc).  Et, ne nous leurrons pas, en France, avec les rouspéteurs et la CGT et les autres syndicats anarcho-cocos que les patrons françaises doivent affronter, ce n’est pas tristounet non plus.  Pour la Belgique, on le sait, la FGTB monte au créneau avant même qu’il y ait un problème, question de maintenir la loyauté des membres.

 

Je ne sais pas si vous avez une idée de la différence de mentalité entre des ouvriers disons d’Arcelor et un Arcelor qui serait transposé en Chine avec des ouvriers chinois ?  Pas de syndicats en Chine, pas de conseil d’entreprise, pas de consultation obligatoire des délégations syndicales représentatives des travailleurs pour certains cas d’espèce (comités d’hygiène, etc.), pas de remontrances de l’ONSS ou du Fisc pour la paperasserie qui n’est pas rentrée à temps, pas de risques de voir débarquer des inspecteurs du travail ou des lois sociales dans les ateliers, pas de reconnaissance ni d’indemnité en cas d’accident du travail ou de maladie, pas de congé de maternité ni d’allaitement ni de pause-carrière, pas de resto d’entreprise ou de cafeteria, (chacun amène son casse-croute et son thermos et bouffe sur place au milieu des machines ou bien dans des locaux où le temps y est compté à la minute), pauses pipi réduites au minimum, pas de GSM personnel ni aucun ces avantages qui font en sorte que le capitalisme à sauce un rien centralisée en Belgique a déstructuré l’esprit de la libre entreprise.

 

LE NIRVANA !

 

Les signes de la crise sont partout actuellement.

 

Les gens consomment moins, donc on diminue la production (automobiles, matériel hifi, meubles, vêtements,jouets,etc.), mais personne ne s’est demandé pourquoi cette baisse de consommation à niveau salarial global plus ou moins égal en Belgique ?

 

Élémentaire comme dirait l’autre.  Les gens qui travaillent dans des entreprises privées, petites, grosses ou moyennes, ont peur d’être licenciés. À un pont tel qu’on constate que pas mal de gens malades ne s’absentent même plus pour maladie ou alors le strict minimum d’un ou deux jours histoire de ne pas se faire remarquer par le patron ou le service du personnel (souvent la SS d’une entreprise).   Donc, ces employés et ouvriers mettent de l’argent de côté en vue des mauvais jours possibles, ils économisent sur les dépenses non vitales, ils restreignent leurs achats.  Pour se constituer une réserve le cas où.

 

Et quand nos gouvernants disent qu’il faut relancer l’économie par autre chose que des coupes budgétaires, ils n’ont pas tort.

 

Simplement, ils oublient de dire que la confiance des gens du privé est à zéro, que leur confiance en un avenir radieux est descendue en dessous d’un minimum rarement atteint.  Et que pour redonner confiance aux gens du privé, il faudra plus que des discours lénifiants.  Il faudra que quelqu’un dise clairement qu’il faut choisir entre le communisme (enterré il y a vingt ans et tant mieux) et le capitalisme tel qu’on le pratique dans nos pays.

 

Qu’on le veuille ou non, le capitalisme tel que nous le connaissons reste le meilleur système possible (en dehors de pays autarciques ou d’échanges basés sur le troc dont rêvent peut-être les Ayatollahs verts), avec évidemment des protections sociales pour ceux qui représentent le pendant du capital (c’est-à-dire le matériau humain : ouvriers et employés).  Mais, il faudrait aussi dire et redire à la population que les capitalistes ne sont pas des philanthropes, que ce sont plutôt des requins et comme on le sait les requins, ça se jette sur tout ce qui remue dans l’eau sans se poser des questions existentielles.  Pour un patron, le capital c’est sacré, ça doit rapporter par des voies propres ou par des entourloupettes en tous genres.  Et tant qu’il y a donc un ‘return’ sur le capital, bien, on reste et on subit tout en maugréant.  Puis, quand le climat social se détériore ou que les relations sociales sont sur la corde, que les voix des actionnaires se font entendre, que l’ ‘appeal’ de pays étrangers se fait insistant, bah, l’homme est faible après tout et même un capitaliste peut avoir des sentiments humains, comme par exemple celui de voir se substituer des visages de femmes ou d’hommes chinois – prosternés comme des tapis -  à ces gueules wallonnes qui rouspètent à longueur d’année et qui font la grève pour un oui ou pour un non.

 

Et, épinglons au passage, la bêtise des syndicats belges (tout comme celles des syndicats français par ailleurs) qui pratiquent encore toujours une politique d’hostilité aux capitalistes et de revendications maximales, alors qu’il aurait été plus simple (1) de former certains de leurs membres à la lecture de bilans et de comptes d’entreprises, (2) à demander qu’on instaure en Belgique la coparticipation, c’est-à-dire la participation de représentants des travailleurs au conseil d’administration avec voix égales à celles du capital. et (3) à donner eux représentants syndicaux des cours de psychologie et de gestion des conflits leur permettant de discuter d’une manière rationnelle lors de conseils d’entreprise sans pour autant sortir à tout moment l’arme de la grève, réaction aussi primaire que le licenciement sec en masse.

 

Cette ‘Mibestimmung’ s’est faite en Allemagne et fonctionne bien et, jadis, De Gaulle a prôné de l’instaurer en France.  Mais en Belgique on en est encore à la Charte de Quaregnon, c’est-à-dire au syndicalisme du Moyen-âge.

 

Pour moi, pour résoudre les relations sociales difficiles actuellement entre patronat et ouvriers, il faut mettre sur le même pied d’égalité capital et matériau humain.  Produire avec des gens sans capital de départ et de fonds de roulement est impossible.  Avoir un capital, une entreprise sans personnel ne mène à rien.

 

Et, en plus, pour les ouvriers, il faudrait oublier ces principes vieillots de ‘combat permanent’ les opposant sans cesse aux capitalistes, comme si l’entreprise dans laquelle ils travaillent n’est pas un peu la leur.  Et pour les patrons, idem, qu’ils acceptent que la fourniture de capital de départ, de know-how, de machines, de fonds de roulement, de stratégies commerciales, ne font pas d’eux des surhommes, que leur entreprise qui reste la leur est également aussi celle des gens qui y turbinent.  À parts égales.

 

Et pour les deux groupes opposés, instaurer un esprit d’entreprise qui sans aller jusqu’aux excès japonais (gymnastique matinale en commun, salut au drapeau d’entreprise, jurer fidélité…) pourrait tout de même créer une mentalité de fierté à œuvrer en commun, capitalistes et ouvriers réunis dans la même optique commerciale plutôt que de rester axé éternellement sur une position durable d’opposition permanente entre thèses libérales et celles de Marx.

 

Repensons l’économie, tant qu’il est encore temps.  Mais aussi les hommes qui la sous-tendent…capitalistes, ouvriers et employés et syndicats.

 

 

Et pour moi, j’ai ma manière de combattre la crise à ma façon. J’estime qu’à concurrence accrue, le service doit aller de pair et devenir impeccable. Dorénavant, quand je vais dans un commerce ou dans un lieu horeca et que je ne suis pas satisfait, je n’y retourne plus.  Ainsi, je fréquentais un resto grec à Bruxelles depuis plus de 13 ans.  La dernière fois que j’y suis allé avec mon épouse et deux invités, le patron m’a déplu à quatre reprises, et, à la limite, il a été impoli à mon égard, quatre fois.  Donc, pas de problèmes, deux clients réguliers de moins pour lui, car je pars du principe que quand il y a crise, une autre façon de pratiquer une concurrence saine, c’est par le service.  Une autre fois, à Braine-l’Alleud où j’habite, j’étais allé dans un resto italien où d’habitude il y avait du filet pur.  Pas de filet pur et pour mon épouse un osso bucco où il n’y avait pratiquement pas de viande.  Coucou !  Ce fut là notre dernière visite à ce resto que nous fréquentions de temps à autre depuis plus de vingt ans.

 

Ainsi, tout récemment, je suis allé dans un café à Nieuwport où on m’a demandé de payer immédiatement alors qu’il y avait peut-être six personnes présentes en tout.  Je n’aime pas qu’on me considère d’emble comme un voleur.  C’était la première fois que j’y allais et l’ultime.  À la Panne dans un endroit où on m’a servi une gaufre de Bruxelles moins que tiède alors qu’il n’y avait presque pas de clients, désinvolture du personnel de cuisine.  Je n’en commanderai plus, j’irai ailleurs pour les gaufres et les crêpes.  Par contre, à la Panne, quand je suis satisfait, je laisse toujours un pourboire, pour la qualité des produits consommés et du service.

 

Et, en Belgique, la notion même de ‘service ‘est à revoir.  Nombre de commerçants n’ont aucune idée de ce que constitue un service de qualité et convivial, disons du genre comme on le voit en Allemagne, en France ou même dans certains pays ex-communistes tels la Lettonie, la Lituanie ou l’Estonie…

Commentaires

je lirais bien la note sur la crise mais le caractère est trop petit et illisible :o/

Écrit par : xavier | 22/04/2013

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