26/11/2012

Des joies de lire la presse People

Absurdistan Belgae

 

Un médiateur aurait malencontreusement laissé tomber son GSM qui aurait tout aussi malencontreusement heurté le sol sur la touche de rappel du dernier numéro de téléphone formé qui, par hasard, aurait été celui d’une rédaction de presse.  Et ainsi une des conversations censées rester secrète entre le père d’une victime d’un assassinat crapuleux et l’une des condamnées pour ce meurtre aurait été relayée en direct.

 

Ce médiateur n’était-il pas plutôt médium ?

 

 

Un des frères Deborsu a écrit un livre sur la famille Royale belge, le genre de livre que moi je considérerais plutôt digne des feuilles de chou.  Soit.  Peu importe, il a pris un congé sans solde pour le faire et c’est à titre privé qu’il l’a écrit.  Son employeur, la RTBF, s’est aussitôt distanciée de cet ouvrage et a remisé le journaliste au service de documentation.

 

N’y-a-t-il pas une liberté d’opinion en Belgique et notamment pour les personnes qui les émettent à titre privé ?

 

 

Ophélie Fontana file le parfait amour avec un journaliste sportif de la RTBF.  Ils ont donné une interview où ils expriment leur bonheur.  Quelqu’un a déposé plainte auprès d’un quelconque organe d’apparatchiks de l’éthique journalistique digne d’Orwell et ne voilà-t-il pas qu’on a reproché cette interview aux deux tourtereaux car contraire à leurs obligation de neutralité  de journalistes !

 

Encore une fois, pour des journalistes qui sont heureux à titre privé et qui en parlent à titre privé, la liberté d’expression ne leur est-elle pas garantie ?  Et le bonheur serait-il contraire à l’éthique journalistique ?

 

Ou bien notre très cher Absurdistan belge évolue-t-il vers une nouvelle forme d’URSS ?

 

 

 

Des joies de lire la presse People…

 

Ma mère étant malade à la maison, mon épouse lui achète de temps à autre un magazine « People ».  Et moi, lisant tout ce qui me tombe sous les yeux, d’emblée, je feuillette et je dois dire, je suis flashé.

 

Tout d’abord quatre pages avec d’innombrables photos de Johnny nature.  Le Johnny, vous savez bien.  Oh, me direz-vous, Johnny ce n’est pas Mozart. Ni Beethoven.  Ni Wagner. Ni Chopin.  Et, vocalement, ce n’est pas non plus Caruso, ni Domingo, ni même le plus récent et populaire Roberto Alagna.  Non, Johnny c’est un chanteur de chanson légère, façon directe, quelqu’un qui pense son art jusqu’aux moindres détails.  Ne dit-il pas lors de l’interview « …j’envoie les sentiments dans la gueule des gens, dans leur cerveau, dans leur corps… ».  Modestement, il reconnaît lui-même qu’il n’est pas Mozart pour l’écriture de tubes « …Et puis je n’ai pas une plume extraordinaire.  Autant demander à des gens doués pour ça… »

 

Un peu plus loin, je lis une rubrique d’une certaine Valérie T.  Une critique littéraire.  Belles petites phrases du genre « Avoir 20 ans en 1943.  Avoir 20 ans et se préparer au pire. »  On saisit tout de suite qu’il va y avoir du grabuge, de grands bouleversements de destinée.  D’accord, j’en conviens, ce style rhétoricien à défaut d’être rhétorique n’égale pas la moindre phrase de Proust, même amputée de moitié, du genre « …je n’étais que l’instrument d’habitudes de ne pas travailler, de ne pas me coucher, de ne pas dormir, qui devaient se réaliser coûte que coûte ; si je ne leur résistais pas, si je me contentais du prétexte qu’elles tiraient de la première circonstance venue que leur offrait ce jour-là pour les laisser agir à leur guise, je m’en tirais sans trop de dommage, je reposais quelques heures tout de même… » (la phrase n’est pas terminée, j’ai coupé au plus court : cf. page 448 de ‘À la recherche du temps perdu, tome II’ – extrait de ‘Le Côté de Guermantes, I’).

 

Valérie T. donc, dans cette critique d’un livre publié à titre posthume de Semprun traitant de ses années de galère et de camp de concentration en Allemagne durant la guerre, ce que j’apprécie le plus chez elle, c’est qu’elle n’a pas l’arrogance de faire étalage de sa culture.  Elle aurait eu beau jeu de citer d’autres œuvres d’écrivains de renom (dont des Prix Nobel de littérature) qui ont décrit leur expérience personnelle de l’univers concentrationnaire nazi ou communiste, tels Wiesel, Levi, Kertész, Soljenitsyne, Chalamov.  Non, elle joue le jeu d’une modestie et simplicité littéraire rares.  J’apprécie !

 

Mais le gros morceau du magazine, c’est le mariage de Jean-Denis Lejeune.  Seize (16 !) pages de photos et de commentaires projetant les feux d’éclairage sur ce remariage et ce nouveau bonheur.  J’aime voir des gens heureux.  J’aime voir des gens dont le visage radieux reflète une joie sans limites.  Et puis, quel beau monde ce jour-là tout autour de lui pour soutenir le nouveau couple et les lancer dans leur nouvelle vie commune.  N’ai-je pas aperçu la figure d’un joueur de tennis de table qui s’est frotté au monde olympique depuis près de cent ans ?  D’autres photos tout aussi intéressantes : ces gens de la télé, un secrétaire d’État, une miss météo qu’on dit être la plus belle femme de Belgique (sauf que pour la météo, elle a encore toujours d’énormes problèmes pour prononcer les sons nasalisés de manière française…), le chanteur d’un hit il y a des années-lumière et dont de méchantes langues (des jaloux !) disent qu’il n’aurait même pas été l’interprète.  Bref le gratin du gratin.  La classe pour un très beau pariage people.

 

Il y a juste un truc qui me dérange (et je dois sans doute être atteint de cette maladie de ce médecin dont je ne me rappelle jamais le prénom…), J.-D. Lejeune est un homme connu. 

 

Mais, rappelez-moi donc d’où vient encore sa notoriété ?

 

Ah des photos des filles de Caroline de Monaco.  Bon sang ne saurait mentir.  Quand je vois parfois les têtes minables de certaines familles couronnées ailleurs en Europe et que je fais la toute petite minuscule comparaison avec cette famille princière habitant là où Tom Boonen et Philippe Gilbert ont élu leur domicile légal, je me dis que Dieu, dans Sa sagesse millénaire et proverbiale, n’a pas procédé à une répartition équitable des gènes nobiliaires.  Monaco serait-il un paradis génétique de la noblesse ?

 

Ah, je vois que l’épouse du nouvel homme fort de la Chine est chanteuse.  Elle aussi.  La Céline Dion chinoise, sans doute.  Elle et Johnny, ce sont donc des gens de la même branche artistique.  Vivement qu’ils se rencontrent un jour autour d’un godet, ils en auraient des choses et des secrets d’artistes à se raconter !  Lui il lui enverrait des sentiments dans la gueule, elle ferait étalage de glamour avec ses robes largement décolletées, ça pourrait créer un pont culturel entre eux !

 

 

Ah, il y a aussi une page ‘Culture’ !  J’aime ça.  Je vois une photo de la Baronne Machinchose de la Belgitude Éclairée, en compagnie d’un vicomte et de sa vicomtesse Biduledebazar du Trucmuche de la Verte Vallée.

 

J’aime ce qui est noble.  J’ai toujours aimé cela.  C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je regarde ces beaux visages nobiliaires imprégnés de centaines d’années de consanguinité qui laissent des traces indélébiles et irréfragables.  Car, à les scruter de plus près, on dirait que tous ces hommes nobles ont le même type de têtes, titres, sourires, cravates, costumes (et je présume voitures et comptes en banques), et toutes ces dames ont cet air typiquement alangui qu’on ne retrouve que chez des femmes qui ont l’assurance absolue d’avoir en permanence un gros et touffu bas de laine à leur disposition sous le matelas, si jamais la crise devait frapper de plein fouet la noblesse.  Sait-on jamais bon Dieu ?

 

Une chose que je remarque, hormis le cas des veuves  ou de dames qui portent elles-mêmes un titre nobiliaire, les dames en question, c’est-à-dire les conjointes d’hommes nobles, eh ben, on leur a raflé leur identité.  C’est toujours du M. et Mme. Biduledebazar du Trucmuche de la Verte Vallée.  D’un autre côté, il vaut peut-être mieux.  Imaginez le Comte Yves du Namurois de la Profondeur des Forêts dont l’épouse s’appellerait Yvonne van Pieperzeel (avec en plus, horreur ! un petit ‘v’ à van).  Ce nom roturier éclabousserait de sa vulgarité le nom nobiliaire du Comte.  Donc, continuez comme cela, c’est bien !

 

Ah oui, il y a aussi un article avec de très belles photos d’une ancienne gloire de la RTBF – présentant encore des émissions culturelles je crois - qui s’est reconvertie en Comtesse.  Elle a fait faire le tour de son domaine.  Dans ce superbe article, on lit notamment que pour faire quelque chose, alors que 15 000 litres de mazout étaient précédemment nécessaires pour chauffer le domaine, on a investi dans des matériaux thermodynamiques, au coût total de 50.000 euros pour la pompe et 15 000 euros pour les terrassements.  Alliant ainsi écologie et économies !

 

Ça c’est vraiment instructif et je suppose que lire cet article a été d’un réconfort pour ma mère qui ne marche plus qu’à l’aide d’une tribune de marche et ne peut plus ni s’habiller ni se déshabiller seule.

 

 

J’aime voir des gens comme cela, heureux.

 

Et, à vrai dire, Johnny, Valérie T., J.-D.L, les filles de Monaco, la chanteuse chinoise, les têtes nobles, la Comtesse nouveau cru, c’est là une panoplie de gens heureux.

 

Et pour moi, de voir tous ces gens heureux, toutes ces mines et comptes en banque épanouis, je me sens tout requinqué, tout prêt à faire face à la maladie de ma mère et à son incapacité à encore faire quoi que ce soit seule, prêt à affronter l’hiver et la note de mazout qui ne manquera pas de tomber dans la boîte aux lettres et bientôt peut-être, prêt à limiter mes sorties au resto ou mes voyages, prêt à faire face à ce monde en crise…

09:39 Écrit par ro-bin dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presse people |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.