10/09/2012

'Femmes de la rue' et les réactions politiques stéréotypées

La rumeur autour de « Femmes de la rue » de Sofie Peeters a déclenché deux types de réactions en Belgique face aux critiques qui ont fusé à l’égard des populations d’origine maghrébine tenues pour principales responsables des dérives à connotations sexuelles que le reportage a mis en exergue avec comme centre vital la place Anneessens à Bruxelles.

 

Il y a eu, d’un côté, les inconditionnels de l’islamophobie, tenants de la ligne droite pure et dure proche du fascisme, rejetant en bloc tout ce qui ressortit à l’Islam, en ce y compris les allochtones du Maghreb et de la Turquie vivant et se conduisant paisiblement sans embêter leur monde, dont la densité de population, dans certaines communes de Bruxelles, d’Anvers, ou quartiers de Gand voire de Malines, frôle l’irrationnel, socialement parlant.

 

D’un autre côté, chez les socialistes et écolos en tête, on est monté au créneau du politiquement correct.  Ces pauvres garçons et adultes qui ont interpellé Sofie Peeters, qui lui ont fait  des propositions à tout le moins indécentes et socialement incorrectes, sont issus de populations paupérisées et sont, somme toute, des victimes d’une société impitoyable (‘l’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt’ !).

 

Le politiquement correct règne tellement haut et fort dans certaines couches de partis dits progressistes que Luckas Vander Taelen, Bruxellois d’origine flamande, du parti ‘Groen !’, a été écarté des listes vertes de Bruxelles pour les élections communales d’octobre.  Pour quelle raison ?  Dans une tribune libre parue dans De Standaard, lui qui connaît bien Bruxelles et qui, par le passé, avait déjà fustigé l’attitude de certains gars vivant à Bruxelles, d’origine maghrébine, à l’égard des homosexuels et des femmes seules, avait une nouvelle fois tenté de remettre les pendules à l’heure, disant qu’il ne fallait pas se voiler la face, qu’une bonne partie de ces incivilités et harcèlements sexuels étaient le fait d’allochtones et que les bourgmestres de certaines communes de Bruxelles ne faisaient rien pour éradiquer ces plaies sociales.

 

Pour moi les choses sont claires et simples à expliquer, en dehors de toute haine à l’égard de l’Islam et de ses adhérents, et en dehors de tout recours à une politique qui vise le politiquement correct tout en niant les réalités du terrain.

 

L’Islam est une religion qui n’est ni plus ni moins tolérante que les deux autres principales religions monothéistes.  Il y a chez les Musulmans tous les tons, crins et coloris du spectre politico-social, dont l’étendue ne diffère en rien de ce qu’on pourrait trouver chez les Catholiques ou les Juifs.  Les Musulmans sont, au fond, des gens comme vous et moi.

 

De plus, nous ne devons pas nier qu’il y a en Belgique un racisme déclaré ou larvé à l’égard des Musulmans qui n’est pas assez mis en évidence.

 

J’en avais parlé lors d’un voyage au Vietnam en 1993 avec un journaliste de Radio 1, de la BRT (Jef Lambrecht, notre accompagnateur), lui indiquant ce que je pensais déjà depuis longtemps à ce sujet.  À savoir que nous avions une attitude raciste vis-à-vis des allochtones d’origine maghrébine ou turque.

 

Tout d’abord, pour le logement, nombre de propriétaires donnant des biens en location refusaient de les prendre comme locataires.  Ce qui fit que petit à petit, on forma des ghettos sociaux, fourguant les Musulmans dans des quartiers qui, comme par hasard, leur furent réservés à cause de loyers plus modiques ou le fait d’habitations en déglingue immobilière (certaines rues de Schaerbeek, Molenbeek, certaines rues à Neder-over-Heembeek ou Laeken, à Bruxelles, Borgerhout à Anvers, à Gand, en sont de frappants exemples).  Puis à l’instar de ce qui se passa aux States quand certains quartiers blancs furent peu à peu envahis par des Noirs, les ‘blancs’, ces vieux Bruxellois ou Anversois, quittèrent ces mêmes quartiers et laissèrent encore plus de maisons ou d’appartements vacants pour ces populations qu’on ne voulait ni à Waterloo ni à Ohain ni à Knokke ni à De Pinte.  Et, les propriétaires, dont on força ainsi la main par les lois de l’offre et de la demande, ne trouvèrent d’autres acquéreurs ou locataires que des Musulmans, contents de l’aubaine trouvée, ne se doutant pas qu’on faisait d’eux des futurs habitants de ghettos sociaux.

 

Dans le secteur de l’emploi, les allochtones d’origine musulmane sont souvent confrontés au même type de racisme larvé ou déclaré.  Tout va bien tant qu’on ne porte pas un nom aux consonances musulmanes, tant qu’on ne paraît pas en personne (délit de ‘sale gueule’).  Pour les contrôles de police, c’est du pareil au même.  On sera beaucoup plus contrôlé en rue ou au volant quand on se balade avec le genre de tête qu’on voit du côté de la place Anneessens qu’ici à Braine-l’Alleud où j’habite avec ma tête.

 

Il ne faut pas être un disciple de Freud, socialiste ou d’extrême-droite pour comprendre que ce comportement de racisme ordinaire à l’égard d’une frange de population, qui n’est ni en soi ni par essence criminogène, a pour effet inévitable de provoquer un dégoût, un refus des Belges et de leur société raciste et, par conséquent, un repli sur soi ou, pis, des manifestations de violence gratuite ou d’incivilités.

 

Et, pour beaucoup de jeune Musulmans qui ne sont pas nécessairement des criminels (je ne parle pas des petites frappes ou des jeunes qui doivent voler pour alimenter leur fonds de drogues dures ou qui le font par esprit de vengeance contre tout ce qui est belge), ce repli sur soi conduit à un désarroi existentiel.  Et là, providence ! La religion intervient.  L’Islam, tel qu’il est enseigné par les tenants de la ligne modérée ou l’Islam tel qu’il est enseigné par les tenants du salafisme ou du wahhabisme, a toujours eu une vocation sociale.  L’Islam aide les gens dans le désarroi, les gens en détresse.  D’ailleurs un des 5 piliers de l’Islam (le Zakat) oblige les Musulmans à pratiquer l’obole à l’égard des déshérités.  Dans certains pays du Proche-Orient (Liban, etc.), des mouvements intégristes ont pu, ainsi, gagner des âmes à leurs mouvements grâce, en premier lieu, à l’action sociale qu’ils déployaient sur le terrain à l’égard des pauvres, des malades, des nécessiteux.  Et quand une population ou une frange de population subit un désarroi existentiel, il est très facile pour des mouvements sociaux ou religieux d’occuper ce terrain en friche afin d’y semer ses messages.

 

Je me suis toujours fait la réflexion que pour ces rejetés d’une société de consommation en raison d’un simple délit de sale gueule, la religion islamique leur apportait l’essentiel : la dignité !  Via et par la religion, ces jeunes se sentent nantis d’une personnalité, d’une ‘face’, ils sentent renaître l’espoir car on leur dit et on leur répète qu’ils sont égaux – sinon supérieurs – aux autres.

 

Malheureusement, deux tendances nocives contribuent à rétrécir l’univers mental, les nécessaires sentiments d’émancipation et d’épanouissement que ces jeunes exclus de notre société seraient en droit d’attendre d’une société qui les a accueillis en son sein.  Le rôle inférieur de la femme tel qu’il est prôné par l’Islam salafiste qui, ne le cachons pas, joue un rôle essentiel chez certains.  Et, il y a aussi une part non négligeable d’inhibitions sexuelles chez certains jeunes Musulmans (pour qui Freud ou l’éducation sexuelle restent des sujets tabous voire impurs) qui sont encore toujours élevés dans un cadre sociétal qui déclare qu’une femme doit être ‘pure’ le jour de son mariage.  Une optique qui idéalise donc la femme d’un côté alors que la réalité de tous les jours (publicité, bikinis, décolletés, films) montre la femme en êtres de chair et de luxure, en objet sexuel.

 

Et la pauvreté dans tout cela ?  Ce socle qui fait jaillir les étincelles parmi les populations paupérisées (version socialiste de la violence) ?  Rappelons-nous que les principaux auteurs musulmans des attentats du 11 septembre 2001 à New York étaient tous issus de familles nanties, qu’ils avaient tous pu faire des études sérieuses, tout comme Ben Laden et ses principaux seconds.

 

Oui, il y a de la pauvreté et du chômage chez les jeunes Musulmans de Belgique.  Et c’est notre faute car nous les avons jugés indignes de leur accorder notre confiance pour des tâches professionnelles.  Nous leur avons refusé la dignité que nous accordons généralement à tout être humain (égalité, fraternité…).

 

Que, dès lors, ces jeunes recourent à la violence à l’égard des femmes, de la police, des personnes isolées, qu’ils professent un racisme déclaré à l’égard de nous Belges, ne sont pour eux que des formes exacerbées de pulsions non réprimées, une manière non pas de combattre leur soi-disant pauvreté comme nous le chantent les socialistes et les verts, mais un exutoire pour leurs énormes frustrations sociales (et parfois, sexuelles).  Eux qui sont habitants de la Belgique, d’un pays qui a voulu de leurs parents ou grands-parents pour accomplir des travaux que les belges autochtones ne voulaient plus faire,  mais qui ne veut pas d’eux et qui trouve toutes sortes de moyens pseudo-légaux pour faire passer ce message subliminal (intégration et apprentissage obligatoire de la langue de la région, interdiction du port du voile dans certains lieux ou professions, etc.).

 

Mais, s’il faut reconnaître nos torts en Belgique en tant que terre d’accueil, il faut également reconnaître les faits et ne pas avoir peur des mots.  Si un documentaire met en évidence le comportement malsain de certaines franges de notre société, disons-le sans nous voiler la face et mettons les points sur les ‘i’.  Si une étude de détenus dans les prisons en Belgique met en évidence la prépondérance d’étrangers et d’allochtones, n’ayant pas peur de le dire haut et fort.  Il n’y aura de toute manière que les gens d’extrême droite qui sauront en tirer des arguments pour demander l’expulsion des gens qui ‘n’ont pas la couleur locale’ (comme le disait un tube à la mode en Afrique francophone, dans les années 80).

 

Mais s’il faut dire les choses comme elles sont, il faut aussi réfléchir et nous demander pourquoi certains comportements incivils ou violents se manifestent ?  Essayer de comprendre le pourquoi et le comment de tels phénomènes de violence gratuite ou d’agressions verbales.

 

Sans passer par la thèse du « politiquement correct » qui est dépassée depuis belle lurette car une bonne partie des délits et crimes de petite criminalité sont liés à de la violence gratuite, existentielle, n’ont donc rien à voir avec une soi-disant pauvreté.  Quant à ceux qui défendent la thèse du «rejet total de l’Islam et des Musulmans» (à rapatrier de toute urgence), qu’ils le veuillent ou non, ses propagateurs continuent à s’inspirer des ‘idées’ racistes d’Hitler.

 

Osons le dire. 

 

Comme nous devons avoir le courage de dire que si des violences, des incivilités, sont commises par des Musulmans, cela n’a aucun rapport avec l’ensemble d’une population d’allochtones constituée de personnes décentes, honnêtes, travailleuses, supportant ce que nous Belges d’origine et de souche, ne supporterions jamais sans monter aux barricades et faire la révolution…

11:23 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anneessens, islam, racisme |  Facebook |

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