20/08/2012

Waterloo, morne plaine...

Waterloo, morne plaine.  Un lieu qui m’a toujours fasciné car j’habite Braine-l’Alleud et certaines de mes promenades ou marches à pied me font passer par cet endroit, un des lieux de bataille les plus célèbres.

 

Napoléon, je n’ai jamais aimé beaucoup et, du temps de mes moyennes supérieures, un de mes professeurs d’histoire eut le courage (on parle du début des années 60) de dire de Napoléon ce qu’il était en réalité : un tyran sanguinaire à qui on devait, certes, quelques avancées sur le plan légal (issues de l’avènement de la République) mais beaucoup trop de guerres de prestige et de sang des soldats volontaires ou recrutés de force répandu en pure perte.

 

J’avais déjà lu quelques ouvrages au sujet de cette célèbre bataille car je m’y intéressais déjà de longue date, pour une raison simple : quand je parcours maintenant ces espaces (château d'Hougoumont, la Haye Sainte, le chemin d’Ohain dans la direction de Fichermont, etc.), et que je situe Napoléon à la Belle Alliance et son Armée impériale dans la plus mauvaise position qui fût pour entamer une bataille décisive (attaquer en remontant une pente), je me dis qu’il était presque inévitable qu’il eût perdu cette bataille.  Les Britanniques et leurs alliés prussiens, hollandais et belges, occupaient, eux, le sommet d’une hauteur située avec son point culminant à Mont-Saint-Jean (qu’on appelle maintenant le quartier de la butte du Lion, en honneur de la statue connue), dominant la vaste plaine en pente douce remontant de la direction de Charleroi.  Les troupes napoléoniennes occupaient une hauteur similaire du côté de la Belle Alliance, elles devaient donc dévaler une pente douce, traverser une plaine de champs détrempés par la pluie ininterrompue du jour précédent puis attaquer en pente.

 

J’avais donc lu précédemment que la raison de la défaite des troupes de Napoléon avait été due en grande partie à cause de deux faits majeurs : (1) l’attaque du Château de Hougoumont, tenue en échec durant toute la journée, (2) la charge commandée par les troupes de cavalerie de Ney qui se serait brisée à cause du chemin enfoncé que constituait la route d’Ohain (grosso modo d’est en ouest) allant de l’ancien bois (à l’époque) de Fichermont vers Braine-l’Alleud.

 

Je viens de lire un ouvrage historique superbe intitulé « The Battlethe history of the battle of Waterloo» par Alessandro Barbero, professeur d’histoire médiévale à l’université du Piémont Oriental à Vercelli en Italie (publié par Atlantic Books, London), et je dois dire franchement que j’ai pu enfin avoir une idée précise de ce que fut en réalité la bataille du 18 juin 1815 ayant subséquemment provoqué  la chute de l’un des tyrans sanguinaires ayant mis à feu et à sang  l’Europe peut-être parce qu’il était petit de taille et qu’il eût voulu – tout simplement – compenser ce sentiment d’infériorité.

 

Sans relater tout le récit de ce superbe bouquin et faire un remake de ce qui y est écrit, j’aimerais indiquer certaines choses qui m’ont frappé et ont sacrément éclairé ma lanterne intéressée aux faits historiques plutôt qu’aux mythes et autres affabulations.

 

En premier lieu, j’ignorais le fait et l’importance dans ce type de combat des tirailleurs (skirmishers en anglais).  Il s’agissait d’une espèce de troupes d’élite  isolées constituée d’excellents tireurs qui allaient se poster à l’affût à l’avant des carrés ou unités amies montant au combat en colonne ou en file et qui harcelaient l’ennemi par des tirs ciblés (on parlerait maintenant de ‘snipers’), sauf qu’ils opéraient par dizaines et dans chaque camp, parfois opposés les uns aux autres en prise directe.  Ainsi, les premières escarmouches à Hougoumont, à la Haye Sainte, de même que la première attaque d’envergure des Français sur leur flanc droit (à l’est du champ de bataille, à l’est de la route de Bruxelles, en direction du chemin d’Ohain), furent le fait de dizaines et dizaines de tirailleurs.

 

Un autre fait qui m’impressionna et qui ne transparaît pas toujours des autres récits que je lus précédemment fut que les artilleries (des Alliés sous le commandement du « Duke of Wellington » et de Napoléon) tonnèrent tout au long de la journée et qu’une bonne partie des pertes subies de part et d’autre, surtout lors de formations de troupes en carrés ou d’attaques en carrés ou masses compactes, fut causée par les canonnades continuelles de canons et mortiers.  Quand, alors que tout commençait à aller mal pour les troupes de Wellington (vers 17-18 heures de l’après-midi), alors que la pression des Français était à son comble et qu’ils menaçaient de s’emparer du sommet de Mont-Saint-Jean, les formations britanniques et hollando-belges, formées en carrés, subissaient des tirs d’artillerie nourris décimant des paquets entiers de soldats pressés les uns contre les autres, et, finalement, ce ne fut dû qu’à leur courage, à la discipline impeccable des sous-officiers et officiers et à ce sens de la ténacité propre aux troupes britanniques, qu’elles purent résister, en dépit des ravages humains causés par ces déferlements d’acier.

 

Car, et c’est là aussi un élément important que m’a livré cet ouvrage historique d’Alessandro Barbero, le rôle de la cavalerie ne fut pas du tout négligeable et nulle part dans le récit de cet historien il n’est question d’une charge de cavalerie commandée par le maréchal Ney qui se serait brisée dans le chemin encaissé d’Ohain.  Tout au contraire, les Français et surtout leurs cuirassiers et lanciers jouèrent un rôle majeur tout au long de l’après-midi, traversant le chemin encaissé avec la prudence équestre nécessaire, donnant sans cesse l’assaut, taillant, sabrant et mourant comme seuls des cavaliers peuvent le faire en tout honneur.  Du côté britannique aussi, les prouesses de cavaliers ne furent pas moindres, sauf que les cavaliers britanniques n’eurent pas un rôle facile face à des lanciers et, surtout, des cuirassiers, la lance ayant une portée plus longue que le sabre ordinaire, et la cuirasse protégeant les cavaliers bien mieux qu’une simple tunique de soldat monté.  Et, ces cavaliers n’eurent pas qu’à se battre entre eux, ils furent nécessairement la cible de tirs d’artillerie de front ou en enfilade, de tirs de mousquets des formations de fantassins qu’ils attaquaient et, entre-temps, les cavaliers se battaient entre formations antagonistes.  Les descriptions de ces combats individuels ou groupés qu’en fait l’auteur sont épiques, à la hauteur de la boucherie que fut, au fond, cette bataille si importante pour l’avenir de l’Europe du XIX siècle.

 

L’auteur met aussi l’accent, abstraction faite de cette véritable boucherie humaine, sur le nombre effroyable de chevaux qui furent tués ou blessés durant cette fatidique journée du 18 juin 1815.

 

Si les troupes de Blücher contribuèrent à la défaite de Napoléon, il faut noter aussi qu’elles furent tenues en échec à Plancenoit durant une bonne partie de l’après-midi par des renforts des Jeune et Moyenne Gardes, des troupes non aussi aguerries que la Vielle Garde impériale mais qui se battirent avec l’énergie du désespoir et cet engouement qui les liait à leur «Empereur ».  À la décharge des Prussiens, il faut reconnaître qu’elles se mirent en route dès l’aube de Wavre (imaginez la distance avec armement, chevaux, charroi et équipement personnel !), par des chemins détrempés, boueux et qu’elles arrivèrent à l’est du champ de bataille, à temps, certes, mais épuisées, affamées et que l’ordre leur fut donné (à la demande expresse du Duc de Wellington) d’entamer tout de suite les hostilités sur le flanc droit des Français.

 

Et la boue, les sols détrempés, les difficultés qu’eurent les fantassins, les chevaux, les cavaliers, les artilleurs, à se déplacer dans ces conditions peu idéales, sont bien mis en exergue par un auteur soucieux de nous situer la bataille dans son contexte historique le plus large possible en ce y compris les détails majeurs.

 

Un fait marquant fut qu’à cause du tumulte (fumées épaisses en provenance des obus et boulets, de tirs de mousquets), il ne fut pas du tout facile ni pour Napoléon ni pour le Duc de Wellington de savoir exactement ce qui se passait sur le vaste champ de bataille, tout au long de cette longue journée (les combats ayant commencé à midi par une canonnade sur le flanc gauche de l’armée française contre le château de Hougoumont et s’étant prolongés jusqu’au coucher du soleil – tardif en juin).

 

Autre mythe démonté, celui de l’invincibilité de la Garde impériale.  Vers la fin, jouant le tout pour le tout, Napoléon fit attaquer deux carrés de 1000 mousquets de sa Garde (constituée de fantassins des Jeune et Moyenne Gardes).  Ils attaquèrent les « British Guards », et cette rencontre par les armes fut la toute première fois de l’histoire des conflits napoléoniens que ces deux formations d’élite furent opposées face à face.  Pour une raison ignorée (l’auteur pense que certains fantassins de la Garde impériale furent recrutés parmi la Jeune garde, manquant d’expérience ou de pugnacité, ou fut-ce une décision de généraux pensant que leur force de feu était de loin supérieure à celle des ennemis ?), la Garde impériale refusa de pratiquer une charge à la baïonnette.  Parmi les troupes britanniques, la simple vue de l’avancée de cette Garde impériale, la tête couverts de leurs hauts bonnets à poil, au pas cadencé, tambours battant, était déjà une raison d’avoir le cœur serré de terreur.  Pourtant, là aussi, les tirs d’artillerie de face et latéraux, les attaques latérales de cavaliers alliés, les décharges de mousquets des carrés britanniques, firent en sorte que l’attaque fut brisée, que les Gardes impériaux reculèrent, puis ce fut la déroute.  La fuite de la Garde impériale !

 

D’autres choses que j’ignorais et que j’appris par cet ouvrage remarquable, ce fut, par exemple, que souvent, durant les combats et surtout durant la nuit qui succéda à la bataille, œuvrèrent des nuées de détrousseurs de cadavres ou de blessés, l’auteur cite même selon des sources bibliographiques des cas de détrousseurs achevant des blessés et, pas nécessairement des ennemis (des Prussiens tuant un officier britannique, page 403 par exemple).  Même des officiers y allèrent de leurs rapines, certains fantassins ou officiers, n’ayant plus mangé depuis l’aube ou parfois la nuit précédente, fouillaient les havresacs, les poches d’uniformes, pour y dégoter du pain, de la viande ou de la gnôle.

 

Si le sort des morts était laissé aux mains expertes de voleurs, le sort des blessés ne fut pas enviable.  Des milliers d’entre eux furent laissés à l’abandon et littéralement à l’abandon, personne ne s’occupant d’eux.  Pis, l’auteur estime que les séquelles de blessures entraînèrent des décès subséquents jusque fin 1816 et qu’au chiffre de tués le jour du combat, il faut ajouter 50 % supplémentaires qui décédèrent ensuite des suites des blessures encourues.

 

Des témoins oculaires, survivants de la bataille (du côté britannique) firent état que le champ de bataille était littéralement couvert de cadavres humains, de mourants, de  blessés et de chevaux morts ou hennissant de douleur.  Il fallut de 10 à 12 jours aux paysans des environs pour ramasser et enterrer les monceaux de cadavres laissés « au champ d’honneur ».  Ces cadavres, ces mourants, ces blessés, n’empêchèrent nullement des soldats britanniques exténués de se faire une popote improvisée en plein milieu de la nuit dans ce vaste cimetière (l’auteur ne parle pas des odeurs, mais en plein mois de juin par une journée radieuse, des nuées de mouches et d’abeilles devaient avoir saturé ces moissons précoces d’hommes tombés au combat).

 

Quelques chiffres également : 200.000 soldats de part et d’autre se firent face et se battirent sur une superficie de terrain à peine supérieure à 4 kilomètres carrés.  L’auteur estime qu’il y eut près de 17.000 hommes tués, blessés ou « disparus » (désertion ? car celles-ci, comme l’auteur le mentionne furent nombreuses dans tous les camps) pour les camps britannique et prussien, tandis qu’on estime que du côté français, les pertes totales s’élevèrent à près de 26.000 soldats.  Il n’y a pas de chiffres pour les pertes des bataillons  hollando-belges ni pour ceux des victimes civiles puisque dans les deux camps, des femmes (épouses ou commerçantes) accompagnèrent les armées.

 

Quel énorme gâchis et superbement mis en valeur, démontré et prouvé par cet auteur que je ne connaissais pas du tout mais que je recommande à tous ceux qui lisent l’anglais et, en espérant que ce livre soit traduit le plus rapidement possible en français.

 

Et, cela s’est passé près de chez moi !

 

Un seul bémol pourtant.  À plusieurs reprises, l’auteur parle de civils flamands ou de paysans flamands pour un territoire somme toute francophone de longue date…

Commentaires

Dangereux toutes ces affirmations en ne se basant que sur un seul auteur (que j'avoue ne pas connaitre) car ces sources me semblent assez "fantaisistes".
Trois exemples d'inexcactitudes (parmis bcp d'autres relevées):
1) Les pertes s'élèvent à :
Armée des Pays-Bas
1.417 britanniques tués, 1.200 "Allemands", 1.000 Belgo-Hollandais
Armée du Bas-Rhin
1.226 Prussiens tués
Armée du Nord
+/-7.000 Français tués
91% des blessés rappatriés dans les hôpitaux bruxellois survécurent (même après 4 jours d'attente sur le champ de bataille) je peux fournir la liste de tous les lieux ayant hébergé les blessés.

2) Lors des grandes charges de la cavalerie française, de 15 à 19h, les carrés britaniques étaient situés sur la contre-pente et donc invisibles, et inaccessibles, aux artilleurs français.
3) L'attaque de la Garde impériale ne concerne que 6 bataillons de la Moyenne Garde : 3ème et 4ème chasseurs à pieds et 3ème et 4ème grenadiers
(soit 3.000h. et 10 canons de l’artillerie à cheval)

Estimation des soldats de ligne désorganisés entrainés à leur suite, environ 10.000h

En face : 50 pièces d’artillerie ; 50.000h les attendent (bataillons de Kruze, d’Ompteda, de Kielmansegg, de Brunswick, de chassé et des gardes de Maitland qui se dressent devant eux à 30 pas et tirent, « Up guard and fire ! » Résultat, 3 généraux, 20 officiers et 400 hommes touchés en une salve.
En vingt minutes, 60 officiers et 1.200 hommes sont touchés ; le reste de la ligne recule.
Remarque:La moyenne Garde (3ème et 4ème chasseurs à pieds et 3ème et 4ème grenadiers) porte des shakos et non les célèbres bonnets d'oursons qui étaient réservés à la seule Vieille Garde (1er et 2ème Grenadiers et 1er et 2ème Chasseurs à pieds)...
sources: Henry Lahouque, prof. Luc DE Vos, de t'Serclaes de Wommersom, Thiers, Louis Madelin, etc.. Waterloo a tellement intrigué les esprits depuis près de deux siècles, car "...leur âme chantait dans des clairons d'airain "

Écrit par : Philippe Orsolini | 21/08/2012

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