03/08/2012

Michelle Martin, Poutine, place Anneessens, les limites de la tolérance...

La tolérance, quel beau mot !  Qu’en dit le dictionnaire : « Attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même. » (Petit Robert 2012, deuxième définition du substantif).

 

Voyons dans l’actualité récente quelques exemples marquants de tolérance.

 

 

Être différent en Belgique

Nous savons que la Belgique possède une des politiques les plus tolérantes au monde à l’égard de certains phénomènes d’éthique qui, dans d’autres pays, font débat ou font l’objet d’un rejet en masse : je veux parler de l’attitude vis-à-vis des homosexuels (mariage et adoption autorisés), de l’euthanasie et de l’avortement (il y a encore des pays dans l’UE où l’avortement reste interdit).  Les lois et les règles de cohabitation et de liberté relatives aux différentes cultures, aux différents choix éthiques, à l’expression de sa nature sexuelle, existent.

 

Ça, du moins, c’est la théorie.

 

Des agressions et meurtres récents vis-à-vis d’homosexuels laissent penser que notre pays est en train de rétrograder – et sérieusement – sur le plan de la tolérance.  Un comble, car dans la cité même des janettes (Alost, cf. le défilé du mardi gras), deux homosexuels se sont fait agresser, tandis que dans la région de Liège, là on a procédé à des meurtres.

 

Il n’y a pas que les gays qu’on maltraite.  Du côté de la place Anneessens à Bruxelles, une certaine frange de population n’aime pas les bonnes femmes qui se promènent en robe courte quand le temps (belge) le permet, ainsi que l’a parfaitement montré un travail cinématographique de fin d’études intitulé « Femme de la rue », réalisé en caméra cachée par Sofie Peeters, une jeune fille blanche et qui en fait n’était pas si déshabillée que cela, du moins selon nos mœurs en usage depuis la révolution culturelle de 1968.  Bonne femme donc qu’on a invitée à ‘monter chez soi’, à ‘aller boire un coup ensemble’, on l’a traitée de ‘chienne’ de ‘salope’, etc.  Il faut dire que des gens qui obligent parfois leurs propres femmes, sœurs et filles à se cacher le corps et le visage de pied en cap, ne sont pas nécessairement les champions de la tolérance.  Qu’en dit maintenant un dur de ‘Sharia4Belgium’ : « Elle était pour ainsi dire nue et elle se promenait en rue et puis elle s’étonne que les hommes lui criaient des choses derrière. » (De Standaard du 3.8.2012, déclaration d’Abu Haniefa).  Elle est donc coupable, la « salope », c’est elle qui provoque des citoyens paisibles !

 

Je vois déjà le topo pour l’avenir puisque je constate que sur les plages belges on n’y pratique déjà plus le monokini.  Dans 10-20 ans, on ira tous se baigner en tee-shirts dans la mer ou dans les piscines publiques.  Malgré une Constitution libérale (au sens de la plus grande liberté possible) qui nous garantit notre liberté individuelle, mais voilà, il y a de petits esprits pour lesquels les mots ‘tolérance’ ‘respect des autres’ n’ont jamais trouvé la voie de leurs neurones parce que ceux qui exercent un pouvoir spirituel sur ces âmes ont omis de le leur enseigner.

 

Et, dans un autre domaine éthique, en dépit de lois entérinées par la majorité des parlementaires belges et sanctionnées par la signature royale (pas dans le cas de la loi sur l’IVG où le Roi Baudouin s’est déclaré dans l’impossibilité temporaire de régner pour motifs de doutes éthiques), relatives à l’avortement et à l’euthanasie, régulièrement un prélat belge ou des voix originaires du Vatican persistent et hurlent au scandale, s’élèvent contre ces mesures légales qui ont tout de même trouvé une large majorité parlementaire et l’assentiment de la population en Belgique.

 

Comme quoi, cela demeure vrai : l’enfer, c’est les autres…et le XXIe siècle sera connu dans l’histoire du Monde comme les Siècle des Ténèbres…

 

Michelle Martin au monastère des Clarisses à Malonne

 

Disons le tout net, je n’aime pas du tout cette bonne femme, la simple évocation de son nom et de savoir qu’elle a pu laisser mourir de faim deux fillettes (Julie et Mélissa) me la rend répulsive à jamais.

 

Maintenant qu’on parle de sa libération conditionnelle, des idiots – sans doute bien intentionnés – ont été jusqu’à badigeonner de leurs graffitis les murs d’enceinte du monastère où elle est censée aller habiter, importunant ainsi des sœurs qui ne demandent qu’à vivre dans la paix du Seigneur.

 

Quand, lors de l’affaire Dutroux, plus d’un million de personnes ont signé en Belgique une pétition demandant des peines incompressibles, le Ministre de la Justice à l’époque a reçu les cartons de signatures et les a fichés au rancart, sans même tenir compte de cette idée qui n’était somme toute pas si inintéressante que cela.  Et, par la suite, il faut tout de même reconnaître que plus personne, au cours des différentes législatures, n’a ressorti cette idée, ni par initiative citoyenne ni par intervention de parlementaires (qui ont sans doute d’autres chats à fouetter).

 

Donc, à un niveau strictement judiciaire, il faut admettre que Michelle Martin a eu un procès équitable avec toutes les voies de recours légaux possibles, qu’elle a été condamnée en fonction de lois équitables et non-discriminatoires et que c’est en vertu de dispositions judiciaires qui n’ont pas été contestées jusqu’à présent ni remises en question sur le plan législatif, qu’elle pourrait être remise en liberté sous conditions.

 

Si les gens ne sont pas d’accord avec la remise en liberté provisoire de ce « monstre », il ne faut pas qu’ils s’en prennent à elle, ils devraient s’en prendre à eux-mêmes, ce sont eux qui ont envoyé les représentants de la nation (députés et sénateurs) au Parlement, ce sont eux qui leur ont donné carte blanche pour s’occuper des affaires de l’État, ce sont eux qui ont omis de les relancer pour faire passer des mesures légales imposant des peines incompressibles ou d’une durée de vie carcérale pour des crimes particulièrement odieux, dont relèvent certainement ceux commis par Dutroux et son entourage.

 

Donc, ici, dans cette affaire de Michelle Martin à Malonne, il ne s’agit nullement de tolérance.  C’est une affaire de conséquence.  Si on n’a pas pensé à temps à modifier les dispositions judiciaires conduisant à des remises en liberté sous conditions par les TAP (tribunaux d’application des peines), manifester ne servira à rien, c’est trop tard.

 

Et les seules qui font preuve de tolérance dans cette histoire, ce sont les sœurs du monastère des Clarisses de Malonne.  Qui pensent – peut-être à juste titre, selon ce qu’en dit la Bible – que tout pécheur peut arriver à la rémission de ses péchés, s’il fait preuve d’humilité et de contrition.

 

Et puis – et je continue à trouver cette bonne femme répugnante, pour moi elle pourrait franchement moisir en détention à vie –, qui dit après tout qu’un être humain, aussi abject ait-il été, n’est pas capable de changer ?

 

La Russie et sa difficile marche vers les libertés

Ces derniers temps en Russie, on avance décidément à grands pas vers le progrès, la pluralité d’opinions et la tolérance à l’égard de ce qui est opposé au pouvoir (lisez Poutine).

 

Dernières avancées en la matière :

  • trois jeunes filles (du groupe Pussy Riot, jolies par ailleurs) ont manifesté d’une manière plutôt punk le 21 février dernier dans l’église du Christ Rédempteur à Moscou, chantant « Mère Sainte, Vierge Sainte, débarrasse-nous de Poutine ! » (article dans De Standaard, hit méga-mondial sur Youtube) ; elles risqueraient jusqu’à 5 années d’incarcération.  Mais, le Président Poutine ne vient-il pas de dire « je ne pense pas qu’elles doivent être punies d’une dure peine de prison. » (cf. De Standaard du 3.8.2012).  Bonté présidentielle ou coup de pub d’un Président qui sent le vent adverse monter, surtout dans la presse étrangère, lui qui défend corps et âme le vaillant dictateur syrien Bachar el-Assad?;
  • Une loi récente a été votée en Russie par la Douma (parlement) en vertu de laquelle tout organisateur ou participant à une manifestation non-autorisée risque des amendes allant jusqu’à 10.000 euros pour chaque participant et à des centaines de milliers d’euros pour les organisateurs (article dans Der Spiegel 29/2012) ; par non-autorisé, il faut de toute évidence comprendre toute manifestation contre le pouvoir ou le parti majoritaire en place – décidés à le rester ad vitam aeternam;
  • Une autre loi vient d’être votée en Russie obligeant des ONG, comme par exemple Greenpeace ou Golos (une organisation de surveillance des élections en Russie), à se déclarer comme « agents étrangers », ce qui avec la connotation d’agent – remontant en fait à Staline et au NKVD, de même que le KGB, ancien patron de Poutine,  avec les conséquences que l’on connaît – augure beaucoup de bonnes choses à l’avenir pour la liberté d’action et d’expression dans la Russie de Poutine (article dans Der Spiegel 29/2012) ;
  • Une nouvelle loi russe – à l’encontre de ce qu’avait décidé et fait l’ex-président Medvedev –, tend à durcir les règles d’application à l’égard des médias et relatives à la ‘calomnie’, ce qui dans les faits résultera à bâillonner un peu plus la profession journalistique (article dans Der Spiegel 29/2012);
  • Et, la Russie se réserve le droit de bloquer des sites Internet, officiellement pour lutter contre la pédophilie, mais, dans la pratique, pour juguler la liberté d’expression (article dans Der Spiegel 29/2012);

 

Nous voyons donc que dans ce beau pays si prometteur depuis que les communistes en ont été chassés, si progressiste depuis que l’ex-président Medvedev avait, dans un texte de blog personnel (datant de 2009) retentissant, condamné les crimes de Staline, là aussi on s’achemine vers un nouveau siècle des ténèbres.  Mais, au fait, tolérance en russe se dit ‘tierpimost’’, dérivé du verbe tierpit’, un mot qui a plus la connotation de supporter, excuser. 

 

Donc, si je comprends bien, la tolérance, la pluralité d’opinions, la démocratie, en Russie, c’est plutôt une question linguistique que politique.  Là-bas, ils n’ont pas les mêmes définitions que nous ou que nos badauds se promenant place Anneessens…

 

Le port de la burqa

Une commission des droits de l’homme américaine a fustigé la France et la Belgique pour l’interdiction légale de la burqa.  Je suppose que ces messieurs et dames US n’ont jamais envisagé le sort des femmes portant « librement » la burqa ou qu’on oblige à le faire.  La burqa n’étant selon moi qu’une forme d’incarcération vestimentaire et faisant régresser les droits de la femme de quelques siècles (je ne sais pourquoi mais j’en viens à penser à l’Inquisition espagnole…).

 

Mais, je crois qu’on a mal agi tant en Belgique qu’en France sur le plan législatif.

 

Il est clair qu’il appartient à nos sociétés contemporaines et pluralistes de dissuader les femmes de porter ce signe d’emprisonnement social, faisant d’elles des citoyennes de deuxième rang, des prisonnières ambulantes.  Toutefois, il fallait viser non pas les victimes, mais les instigateurs.  Il aurait fallu par conséquent passer une loi condamnant plutôt les auteurs, c’est-à-dire les hommes de l’entourage de la prisonnière sociale, de l’exclue de la société,  et quand je dis condamner, je pense à des peines de prison incompressibles puisque l’esclavage (ces femmes assujetties à la morale de certains hommes contraire aux valeurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) constitue un crime grave.

 

Mais en Belgique, comme en France, on a pris le faux-fuyant de dire qu’une personne doit pouvoir être identifiée en toutes circonstances alors que la privation de la liberté, l’esclavagisme, sont des crimes bien plus graves.

 

D’autre part, et je joue l’avocat du diable, en interdisant la burqa, ne tombons-nous pas dans le même travers que ces jeunes qui houspillent les femmes s’habillant jeune et court du côté de la place Anneessens ?  Ne manquons-nous pas de tolérance à l’égard de l’«attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’on adopte soi-même » (Petit Robert) ?

 

15:18 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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