16/07/2012

La stratégie de pourrissemnt de la N-VA.

Je me promenais à Anvers il y a quelques jours lorsque j’ai vu une énorme affiche de Bart De Wever, président de la N-VA, en vue des élections communales d’octobre, avec ce beau slogan « Denken, Durven, Doen » (Penser, Oser, Faire).

 

C’est parfait comme slogan.  Accrocheur.  Parlant.  Il a aussi emprunt cet autre slogan qui a eu son succès en France « Le changement c’est maintenant ».

 

Car Bartje se présente aux élections communales à Anvers mais fonde toute sa campagne – non seulement à Anvers mais dans les 308 autres communes flamandes -, sur une opposition généralisée.  À tout, contre tout.

 

En quoi consiste cette opposition de fait ?

 

Cette opposition systématique sur le plan communal en vue des futures élections d’octobre 2012 s’inspire d’une opposition au gouvernement fédéral, en général, et à Elio Di Rupo en particulier.  Et quand on dit Di Rupo, ce n’est pas à vrai dire contre sa personne qu’il mène une opposition de principe mais contre les Wallons et francophones personnifiées par le Premier Ministre.  Wallons et francophones qu’il déteste parce que ce sont des minus habens.

 

Rappelons-nous quelques faits marquants : en 2010 et lors des élections législatives précédentes, Bartje était le champion de la demande de la ‘splitsing’ immédiate de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvoorde.  C’était là son cheval de la nouvelle bataille des éperons d’or, et cela lui a réussi.  Au-delà de toutes espérances !  Puis, après avoir fait obstacle pendant plus d’un an lors des discussions en vue de la formation d’un gouvernement fédéral, quand enfin il y eut un gouvernement et que – miracle ! – ce gouvernement eut accouché d’un projet cohérent de scission de l’arrondissement électoral de BHV (tellement cohérent que Maingain était contre à fond la caisse), Bartje continua à flinguer le gouvernement fédéral, disant qu’on n’allait pas assez loin du point de vue des revendications ‘nationales’ flamandes. Il opta même pour ne pas participer aux discussions du projet de loi BHV au Sénat, brillant par une absence d’opposition (denken, durven, doen !).  

 

Que tous les autres partis démocratiques flamands de cette Nation qui n’ose avouer son nom eussent été partisans de la réforme de BHV telle qu’elle était proposée par le gouvernement, ne le gênait pas.

 

Car, pour Bart De Wever, rien n’est gênant.  Pour une raison simple.  Bart De Wever n’est pas intéressé au pouvoir ni à diriger ce pays qu’est la Belgique.  Sa seule ambition c’est de glaner des voix, le plus de voix possibles afin d’atteindre son but final, en premier lieu assurer sa glorification personnelle (vanité des vanités et tout n’est que vanité !) et, en second lieu, l’indépendance de la Nation flamande qu’il pense personnifier mieux que quiconque avant lui.

 

Quelles voix glane-t-il au fait ?

 

Celles des mécontents et rouspéteurs pros des partis traditionnels, celles des anciens du Blok qui se reconvertissent en s’investissant dans un parti plus présentable, plus populaire avec plus de chances de se faire élire, un parti qui représente le noyau dur de la Flandre travailleuse, celle des lève-tôt, un parti qui est actuellement l’épigone de l’hyper-libéralisme, de cet hyper-libéralisme qui est en train de couler les économies en Europe et de précipiter des millions de gens dans la misère.  La N-VA glane aussi les voix des petits commerçants ou des bourgeois des professions libérales qui, traditionnellement, sont contre l’État fédéral. BDW (Bart De Wever) l’a bien compris lui qui prône moins d’État, moins de bureaucratie à Bruxelles et qui ignore Bruxelles sauf pour en faire la capitale des Flamands sans voix au chapitre fédéral.  Il glane les voix de tous ces piliers de café, les sans-neurones, qui croient s’y connaître en politique parce qu’ils regardent le journal télévisé de VTM, lisent Het Laatste Nieuws et haïssent ces profiteurs et fainéants de Wallons et francophones, ces pourris du PS.  Des gens simplistes qui auparavant formaient l’électorat principal du Vlaams Belang mais qui voguent galère actuellement avec ces gagnants de la N-VA car dès qu’on dit du mal des francophones et de la Wallonie, ces gens se rallient automatiquement à un parti qui ose dire tout haut le mal des Wallons et francophones que nombre de Flamands pensent tout bas, un Parti qui « pense, ose et fait ».  Il aura également les voix de ceux qui ont lu récemment que Dehaene a pu capitaliser ses stock-options et gagné ainsi des millions d’euros alors qu’eux, qui travaillent, gagnent peut-être 1700 euros par mois.  Il aura les voix des ces Flamands éjectés de leur entreprise en raison même de cette politique hyper-libérale que prône la N-VA parce que ces imbéciles ne se poseront jamais la question de savoir quelle est la nature de la N-VA et de ce qu’elle défend comme idées du point de vue économique.

 

Qu’a fait Bart De Wever jusqu’à présent, à part parler en latin ?  Il joue cavalier seul puisque la N-VA qui est membre du gouvernement flamand à part entière a critiqué ce gouvernement flamand, par la voix de son maître BDW, le 11 juillet.  De plus, récemment, il a critiqué les plans de De Smet pour la réforme de l’enseignement, disant en substance qu’il fallait viser haut (former des élites, sous-entendu sans doute qui parlent le latin plutôt que la standard taal), plutôt que de tenter que tous les élèves et étudiants réussissent leurs études.  Dans une société flamande où à l’université on ne compte plus les fautes ‘d/t’ aux étudiants car il y en a trop (d/t est le type de faute en néerlandais où une personne confond la troisième personne du singulier et le participe passé, par exemple hij belooft = il promet, et beloofd = promis), cela promet quand on dit qu’on veut former des élites qui ne sont même pas capables de rédiger sans fautes dans leur propre langue.

 

Récemment, la N-VA a accouché d’un plan économique, inspiré en droite ligne des tenants de la ligne dur du monde économique flamand : suppression de l’indexation automatique des salaires en fonction de l’indice des prix à la consommation, strict respect des normes imposées par la Commission pour la discipline budgétaire – déficit de 3 % maximum -, diminution drastique voire disparition des allocations de chômage après un temps limité., réforme de l’impôt des sociétés (lisez vers le bas), diminution des charges sociales.  On croirait reconnaître Barroso, Herman Van Rompuy voire Sarkozy dans cette politique d’une Flandre du changement qui pense, ose, fait.

 

Le parti de Bart est crédité de 40 % d’intentions de votes à Anvers.  Lors d’une interview récente, l’actuel bourgmestre Janssens a déclaré que la stratégie de De Wever est simple.  Il veut devenir bourgmestre mais il ne souhaite pas faire quoi que ce soit à Anvers car sa stratégie est celle de la revendication permanente et de l’immobilisme politique.  Et quand cela ira mal à Anvers (pour lui et son parti), ce qui est inévitable car c’est un beau causeur mais pas un faiseur, il en imputera la faute à Di Rupo, un Wallon, car les Wallons sont toujours les boucs émissaires dans tous les cas de figure.

 

Début 2011, j’avais écrit un texte sur un autre site de blogs, relatif au fascisme et je m’étais inspiré de ce que Erich Fromm[i] disait à propos de la pathologie du narcissisme collectif : « En ce qui concerne la pathologie du narcissisme collectif, le symptôme le plus évident et le plus fréquent consiste, comme dans le cas du narcissisme individuel, en un manque d’objectivité et une déformation du jugement rationnel.  Le narcissisme collectif demande une satisfaction, au même titre que le narcissisme individuel.  À un certain niveau, cette satisfaction est fournie par le dogme commun de la supériorité du groupe auquel on appartient, supériorité qui a pour corollaire l’infériorité de tous les autres groupes. ».

 

Peut-on parler de fascisme pour Bart De Wever ?

 

Non.  Bien que d’après certains articles de presse, il y ait eu des zones d’ombre dans le passé familial de BDW du temps de la guerre.  Un autre problème plus récent c’est que des transfuges en provenance du Blok (Vlaams Belang) sont ou ont été des fascistes et/ou des xénophobes (surtout contre les Musulmans), comme par exemple Jurgen Ceder, l’un des corédacteurs du plan en 70 points du Blok que tout le monde s’accorde à trouver facho.  Les Blokkers représentent tout de même 21 % des 189 transfuges inscrits sur les listes électorales  à la N-VA pour les élections communales.  Néanmoins, soucieux de son image de marque (narcissisme du président), le parti aurait récemment décidé de mettre un stop à cet afflux de gens du Vlaams Belang, pas que cela les dérange à vrai dire, mais la publicité négative les effraie quelques mois avant les élections communales.  Inutile de dire qu’au niveau communal, si des gens du VB seront élus pour le compte de la N-VA, auront-ils entre-temps fait une cure de démocratie et de cosmopolitisme ?  On peut en douter.

 

Le philosophe Marcel Gauchet[ii], lui, indiquait ceci à propos du ‘totalitarisme’ : « Les totalitarismes s’efforcent de résoudre un autre aspect du problème de la représentation : la discordance des opinions.  Le parti conjure magiquement cette discordance : il permet d’obtenir le peuple-idée en actes.  Au-delà, le leader suprême résume en sa personne à la fois l’âme du peuple et le corps de la collectivité.

 

Qu’est-ce que le totalitarisme ?  Ce mot vient de totalitaire qui signifie ‘qui englobe ou prétend englober la totalité des éléments d’un ensemble donné’.   Il est manifeste que Bart De Wever se croit investi de la Mission d’assurer à lui seul le destin de sa Nation (flamande) comme il l’entend et sans discussions ou admission d’opinions contraires divergentes. Tout y est mauvais.  Tout est à refaire.  Par lui et son parti. Et en cela, et, philosophiquement parlant, on peut qualifier cette démarche à sens unidirectionnel de proche du totalitarisme.

 

Ce que pense, ose et fait Bart, fait penser à ce que font les Républicains aux USA.  Au lieu d’annoncer qu’ils n’ont pas digéré l’élection d’un Nègre comme Président, ils pratiquent une opposition tous azimuts.  S’opposant même à des projets qu’ils avaient initiés au départ, repris par les Démocrates.  Ici, c’est le même topo.  On s’oppose à tout et on engrange des intentions de votes sans avoir jamais participé au moindre pouvoir à un quelconque niveau de la politique en Belgique !

 

Ce qui intéresse Bart De Wever, c’est d’être sur un piédestal, admiré, adulé, quitte à dire n’importe quoi et surtout, quitte à ne jamais rien faire car faire ce serait prendre position et risquer d’être critiqué voire désavoué, ergo de tomber de son piédestal par perte de suffrages ou d’articles de presse.

 

Lit-il la presse, d’ailleurs ?  Récemment, on a questionné des jeunes Flamands (de 14 ans), on leur a demandé ce qu’ils pensaient être en premier lieu : natifs de leur village, Flamands, Belges, Européens ?  Et, miracle, une majorité de ces Flamands se dit être Belge en premier lieu.

 

Un ancien flamingant comme Eric Van Rompuy a récemment dit ceci : « Bart De Wever est une menace pour notre bien-être (…) personne ne fait remarquer que la N-VA veut atteindre le pouvoir pour démanteler l’État belge.. » (dans De Tijd).

 

Et cette indépendance de la Flandre qu’il désire, s’est-on demandé pourquoi ?

 

C’est simple, à l’instar des Tchèques qui en eurent assez de ces fainéants de Slovaques qui freinaient leur développement économique, ils obligèrent leur beau monde à opter pour l’indépendance.  Cela tient de ce sentiment de supériorité (narcissisme collectif) manifeste.  BDW n’en a rien à faire du bonheur, de l’épanouissement, du bien-être, futurs de son peuple.  Carpe diem est son slogan électoral parce que maintenant la Flandre est riche et forte.  Et qu’en Wallonie, les politiciens ne brillent pas toujours par leur courage politique (ils ont peur de perdre les transferts en provenance de la Flandre, justement).  Et, même si la Flandre devait ne plus être riche et forte dans 50 ans – ce qui est certain et encore plus si elle gagne son indépendance -, cela l’indiffère, notre Bartje, c’est maintenant qu’il faut voter pour lui et lui accorder une confiance que ne justifient aucun acte posé ni idées politiques jusqu’à présent.

 



[i]Le Cœur humain d’Erich Fromm, pages 120/121, Petite Bibliothèque Payot

[ii]Interview de Marcel Gauchet Dans ‘Marianne’ du 6-12 novembre 2010

15:42 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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