03/07/2012

La Côte flamande - une étude anthropologique...

Puisque mon épouse et moi avons acheté un petit studio à la Panne et que nous nous sommes mis à fréquenter la Côte, je pense qu’il serait utile de procéder à une analyse anthropologique sociale en profondeur de l’Homme de la Mer (Homo Marum ?).  Qui est-il?   Que vient-il y faire?  Quel est le contexte sociogéographique de cette bande côtière si étroite mais vers laquelle des centaines de milliers de personnes convergent en groupes, familles ou individualités dès que le (beau) temps le permet?

 

La Côte flamande

 

Depuis qu’en Belgique on a décrété qu’il y avait des Communautés et des Régions, la Côte belge s’est transformée en Mer Flamande.  Et uniquement flamande.  Et, comme en Flandres, on adore légiférer, tout y est officiellement en néerlandais et on y parle cette langue d’origine nordique.  Par contre, ne cherchez pas à trouver de quelconques analogies entre les rudiments de néerlandais (la langue des habitants des Pays-Bas) que vous auriez été amenés à apprendre à l’école et cette espèce de patois bâtard que vous entendrez parler à la Côte flamande, il y en a très peu, sauf dans le langage écrit et encore puisque le produit typique de la Mer, la sole se dit ‘schol’ en batave et ‘tong’ en flamand.

 

Lorsque vous serez à la plage sur la Côte flamande (vous verrez tout de suite qu’elle est flamande uniquement par les drapeaux jaunes et noirs qui s’y pendent un peu partout…), vous devrez vous imprégner de l’idée que tout y est formellement interdit sauf ce qui y est expressément autorisé, c’est-à-dire rien hormis d’y dépenser votre fric à tire-larigot.  Il vous est ainsi interdit de vous baigner en dehors des zones sous surveillance des gardes-côtes, et, quand il n’y en a pas, comme par exemple lors du dernier superbe week-end de la Pentecôte avec des températures estivales, vous ne pourrez pas aller faire trempette dans la grande bleue qui à la Côte flamande pourrait être qualifiée de grande grise glaciale. Légalement, c’est-à-dire, car si vous allez de La Panne vers la France, il vous est loisible de vous y noyer à l’aise, il n’y a pas un chat sur la plage. Il est également bien entendu que vous avez l’interdiction d’aller vous noyer dans la Mer ou de vous y perdre et que si vous vous noyez, c’est à vos propres risques et périls. 

 

Pour les enfants, on a créé un jeu spécial : se perdre et aller pleurnicher auprès de n’importe qui afin de retrouver au plus tôt papa et maman ou maman seule ou papa seul ou papa et papa,  maman et maman (nouvelle législation antidiscriminatoire obligeant) ou papy et/ou mamy.

 

Il est permis de prendre des bains de soleil quand il y a du soleil, ce qui est rare en Flandres.  Et, quand enfin le grand jour de plein soleil arrive, vous devrez trouver l’endroit idoine car évidemment on fait des travaux de rehaussement de plage sur toute la Côte (bezigheidstherapie, ou thérapie d’occupation…), puis quand il y a du soleil, il n’y a pas que du soleil, il y a foule de smalas avec bambins à la traîne, les gens sont arrivés de Wallonie, de Bruxelles, des Flandres, du nord de la France, il y a des Anglais, des Hollandais, parfois des Allemands et tout ce monde se retrouve – par marée haute, c’est-à-dire vers 14 heures – sur une portion infime de plage, bien limitée et bien plus petite qu’Omaha Beach dans le fameux film de Spielberg (il faut retrouver le bambin dont le prénom est Ryan…).  D’ailleurs, si vous êtes allongé sur votre essuie de plage, couché en train de rêvasser d’une blonde et qu’on vous chatouille la tête, pas de panique, c’est le monsieur ou la madame ou le gosse plus haut (par rapport à la digue et aux vagues qui sont plus bas) qui étire ses orteils.  N’en faites pas un drame.  Nous sommes tous des êtres humains après tout et aller se faire rôtir à la plage est encore gratos, sauf si vous décidez de ‘louer’ un transat où, là, c’est le cou(p) du lapin.

 

Si on voit peu de burqas à la plage, ce n’est pas forcément une bonne chose car quand on est esthète comme moi et qu’on regarde – de l’œil de l’anthropologue averti – ces amoncellements de chair, ces graisses superfétatoires, ces grosses cuisses, gros mollets, seins descendant jusqu’au nombril, poitrines velues pis que des gorilles, je pense que le législateur flamand (compétent pour la Côte flamande) aurait pu instaurer l’obligation de revêtir la burqa pour toute une série de personnes au BMI > 30 ou à l’âge d’un ancêtre aux rides corporelles pis que celles d’un éléphant.

 

Comme en Belgique on a le respect de la législation chevillé au corps - et surtout en Flandre dont la Nation tient des Allemands pour l’ordre et la discipline et cette façon inimitable qu’a cette population indigène de s’en foutre – ne vous étonnez donc pas si vous voyez que sur la plage, on y jette ses détritus, ses mégots.  À Rome faites comme les Romains, soyez donc – allègrement – sales, hurlez, téléphonez, criez, esclaffez-vous en solo ou en groupe, abandonnez sur la plage tout ce qui peut l’être (même les enfants, c’est là un jeu exciting).  Plus on est des fous bruyants et multilingues à la Vlaamse Kust, plus il y aura de fun.

 

Aspects morphologiques

Vous distinguerez aisément les habitants indigènes du cru (surnommés des West-Flandriens) des touristes, visiteurs, locataires ou propriétaires d’appartements, maisons ou camping cars.  Les indigènes sont ridés pas possible, ils sont laids, hideux, ils ont de ces têtes comme aimait les peindre James Ensor, de ce genre de têtes que, de mon expérience d’anthropologue averti, je n’ai rencontrées qu’en Pologne, Irlande et Russie (pour les mâles, les femmes russes sont devenus classe maintenant) et dans certaines parties de la Flandre profonde (Limbourg, Gand, et la Vlaamse Kust).  Pourtant, si vous passez outre l’aspect purement morphologique des indigènes de la Côte, ce sont des gens charmants, parfois difficiles à comprendre si vous essayez de vous mesurer à eux dans la langue de Bart De Wever (non, Bart ne parle pas le latin à la maison, mais un néerlandais teinté de mayonnaise).  Dès que vous entrez dans un commerce, par exemple à la Panne et que vous essayez de causer le flamin, ils vous répondront en français.  D’ailleurs, dans les restos et cafés de la Panne, la plupart des serveurs sont des Français de France.

 

Une bonne manière de vous initier aux aspects morphologiques des habitants et visiteurs de la Côte, c’est de prendre le tram (de Kusttram).  Comme tous les gens de plus de 65 ans y voyagent gratuitement, vous aurez vite l’impression de vous être fourvoyé dans une maison de repos et de soins.  Les têtes y sont à la James Ensor, en pire.

 

Et quand vous déambulerez sur les digues, vous verrez très vite que les gens y sont très mal fagotés, qu’ils s’habillent n’importe comment, sans goût, sans élégance,  car à la Mer si tout y est interdit, tout y est aussi permis puisqu’on y est en vacances pour s’y amuser !

 

Activités – loisirs

À la Mer, on ne reste pas sans rien faire. Certains déambulent sur la plage par marée basse, le long des flots, pour y ramasser des coquillages ou y faire courir leur chien (interdiction après le 15 juin pour les clebs) ou surveiller les bambins intrépides (qui, eux, n’ont jamais peur d’aller dans l’eau quelle qu’en fût la température).  D’autres bravent le vent et se sont mis en maillot derrière un abri temporaire, essayant de capter – en vain – quelques rayons de soleil.  Il y a ceux ou celles qui joggent (comme des pieds, sans grâce), ceux qui cavalent à cheval, des intrépides font du char à voile (et à vapeur sans doute ?), on voit des adultes s’échiner à jouer au cerf-volant, quelques surfeurs et des surfeurs à voile (et sans vapeur).

 

Mais, j’ai remarqué que l’activité principale des visiteurs et indigènes de la Côte flamande se concentre sur la fréquentation de cafés (pour y boire), de salons de thé (gaufres, crêpes, glaces) et restos.  Vous y verrez nombre de gens, attablés au dehors (quand il y la chance d’avoir l’un ou l’autre rayon de soleil) ou à l’intérieur de tels établissements et vous verrez à leur air alangui qu’ils arborent qu’ils s’amusent follement. La mode c’est aussi pour les vieilles et certaines femmes que j’appellerais du type ‘domme blonde’ de s’installer en terrasse la face tournée vers le soleil, les yeux arborant cette espèce d’extase qu’un orgasme bien ressenti serait incapable de leur donner.  Mode c’est aussi toutes ces vieilles peaux qui ne connaissent de la Mer que leur transat sur une minuscule terrasse de moins de 3 m² se dorant au soleil  tandis que le tram de la côte passe à vingt mètres de leurs pieds et de leurs corps d’ancêtres.

 

Et tous ces gens, quand ils seront de retour au bureau ou à la maison, ils ne tariront pas d’éloge sur ce qu’ils auront fait de formidable durant leurs vacances à la Mer ou leur week-end à la Mer.

 

Parce que la Mer c’est magique.  Même quand on s’y embête pis qu’en prison à trois par cellule, même quand il pleut et qu’il y vente, même quand il y a une densité de population délirante, on s’y plaît, on s’y amuse, on ne demande qu’à y retourner.

 

Quitte à faire une demi-heure de voiture à la Panne pour franchir 500 mètres, comme cela nous est arrivé le dimanche de Pentecôte, alors que nous empruntions l’avenue menant de notre studio vers un rond point principal.

 

Contexte économique

Soyons sérieux, un moment.  Il y a énormément d’appartements et de studios à vendre à la Côte (je connais La Panne, Coxyde, Nieuwport et Ostende que je fréquente assez souvent).  Il y a beaucoup de commerces fermés.  La dernière fois que j’étais à la Panne, il y a une quinzaine de jours par temps sec mitigé, je suis allé un vendredi soir dans un resto de catégorie de prix moyenne (chérot par rapport à certains bradant les prix), il y avait sept personnes dans le resto, moi y compris.  Un vendredi soir !  Retournant à pied au studio, je suis passé devant un café/resto sur la digue que je fréquente également où il y avait (un peu avant 8 heures du soir) deux personnes.  Plus loin, la plupart des restos sur la digue étaient à l’abandon ou avec quelques personnes à peine.

 

Et sachant que la crise n’a pas encore fini de pointer son vilain museau dans notre pays, je me dis que si, même à la Côte, il y a tant d’appartements à vendre, tant de magasins vides, si peu de gens dans les restos ou cafés le vendredi soir, que réservera l’avenir ?

 

Et, paradoxalement, alors qu’il y tant de biens immobiliers à acheter à la Côte, on y construit encore d’une manière ahurissante, un peu partout s’élèvent des maisons ou buildings à plusieurs étages, déjà en vente avant d’être terminés.

 

Conseils d’un anthropologue averti

Si vous êtes blasé et que vous en avez marre de Tahiti, de Tenerife, de la Thaïlande (Phuket !) et que vous cherchez le dépaysement complet, l’immersion totale dans un environnement quasi préhistorique préservé intact, allez à la Côte Flamande (de Vlaamse Kust), mélangez-vous aux indigènes du cru, essayez de baragouiner leur volapuk natal, donnez de ces sons de gorge à la Xhosa, vous ne le regretterez pas !  Fun garanti !  Et, en plus, vous ne vous sentirez jamais seul, vous aurez l’impression d’être dans le goulag tant cela grouillera et babillera autour de vous !

 

 

14:27 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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