12/09/2017

LES SOLDATS JAPONAIS FURENT DES COMBATTANTS HÉROÏQUES

LES SOLDATS JAPONAIS FURENT DES COMBATTANTS HÉROÏQUES

 

Dans MOUSTIQUE du 9 au 15 septembre 2017, j’ai lu à propos du film LETTRES D’IWO JIMA {Clint Eastwood}, ce commentaire d’une aberration historique crasse: «Quelques décennies plus tard, la découverte de centaines de lettres permet de retracer le destin tragique de ces combattants héroïques…». Et, on parle ici de soldats japonais, ni plus ni moins.

 

Ce genre d’imbécillité de rédacteurs qui n’ont pas uniquement rien dans la cervelle mais ne possèdent ni culture ni aucun sens de l’histoire des conflits qui ont ensanglanté le 20ème siècle, me fait gerber au point que je me sens l’obligation de réagir. D’un point de vue historique et non viscéral.

 

Quelques infos à mon sujet. Le Japon, je le connais du point de vue culturel depuis le début des années 70 quand je découvris les romans de Yukio Mishima, l’un de mes écrivains préférés, mais aussi certains films qui me sont restés phares {Hara Kiri, Les 7 Samouraïs, plus tard Hana Bi et le monde fascinant du cinéaste non-orthodoxe Takeshi Kitano}. Pour moi, le récit des combats de Musashi tout comme l’histoire des 47 Rōnins me sont aussi familières que le sont pour moi l’œuvre de John Dos Passos ou James Baldwin aux States.  M’intéressant également depuis le début des années 70 aux conflits armés, je sais exactement ce qui s’est passé dans cette guerre du Pacifique dont peu de personnes en Europe et, partant, en Belgique, sont capables de connaître ou d’apprécier les enjeux et les différentes phases. Entre 1999 et 2001, mon épouse et moi-même nous sommes rendus à trois reprises au Japon en voyage individuel et, à chaque fois, j’ai étudié durant 6 mois des rudiments de la langue. Tout comme j’ai lu des centaines d’ouvrages, romans, comptes rendus historiques, et vu quantité de films et de documentaires ayant trait au Japon.  Le Japon est d’ailleurs ce que j’appelle l’un de mes 4 piliers culturels {les autres étant les USA, la Russie et les pays de l’Est, le dernier la Shoah et Israël}.

 

Les soldats nippons héroïques?

 

Le 13 décembre 1937, l’armée impériale nippone envahissait la capitale de Nankin {Nanjing}. «Les ordres du Prince Asaka étaient formels: ‘Tuez tous les prisonniers’» {Cf. ‘La Conspiration de Hiro-Hito’ par David Bergamini}. Durant des semaines, {59 jours en fait}, les héroïques soldats nippons à qui l’autorité sur place avait donné carte blanche, couverte par la sanction morale de l’Empereur Hiro-Hito {on sait depuis quelques décennies déjà, via d’intéressantes biographies le plus souvent anglo-saxonnes, le rôle criminel et l’influence démoniaque qu’il exerça tout au long de la guerre d’annexions que mena le Pays du Soleil Levant}, tuèrent, violèrent, volèrent, s’empiffrèrent, se soûlèrent, décapitèrent, embrochèrent, passèrent à la baïonnette tant civils qu’enfants que prisonniers de guerre chinois. Voilà ce qu’en dit dans un de ses livres, quelqu’un qui n’était pas un petit rédacteur sans jugeote de Moustique mais une autorité sur le plan de l’histoire, {Sir} Martin Gilbert: «Avec une intensité qui choqua même ceux familiers avec la sauvagerie de la guerre, les soldats japonais qui entrèrent dans Nanking s’attaquèrent à la population civile dans une orgie de destruction. Le ‘Sac de Nanking’ devait alors prendre place dans la liste des massacres non seulement de ce siècle mais des temps modernes. (…) 200.000 civils et 90.000 soldats furent tués. (…) Les officiers japonais utilisèrent leur sabre pour décapiter les têtes de leurs prisonniers. Des soldats passèrent à la baïonnette les prisonniers jusqu’à leur mort, les attachant souvent en paquets en, premier lieu.»  {Martin Gilbert «Descent into Barbarism – a History of the 20th Century, 1933-1951» HarperCollins Publishers}. Bergamini indique «…le réveérend Ian Magee (…) a filmé les scènes auxquelles il a assisté. Son film en noir et blanc fut introduit clandestinement aux États-Unis. Sa présentation de corps mutilés, de chambres aux murs éclaboussés de sang, de bébés rattrapés à la pointe des baïonnettes fut jugée trop révoltante pour être projetée au grand public.»

 

Quand les preux, vaillants et héroïques soldats nippons, les courageux sujets de sa Majesté Hiro-Hito, descendant de Dieux, envahirent Hongkong en décembre 1941 {moins de 3 semaines après l’attaque de Pearl Harbor}, ils n’hésitèrent pas à lier des prisonniers de guerre britanniques et canadiens puis à les passer à la baïonnette {20 le 18/12 et 53 le 25/12, selon Martin Gilbert}. On sait qu’à certains endroits, notamment à Nanking et Hongkong, quand les soldats nippons firent irruption dans certains hôpitaux, ils tuèrent à l’arme blanche ou par balles patients, médecins, infirmières, tuant parfois des personnes en salle d’opération en train d’être opérées, ou les forçant à évacuer les lieux.

 

S’attaquer à des civils, tuer des prisonniers de guerre désarmés, cela c’est l’héroïsme à la manière nippone.

 

On sait aussi la manière abjecte dont ils internèrent et traitèrent les populations civiles blanches et les prisonniers de guerre dans des camps de l’Indonésie, des Philippines, Hongkong, Singapour, entre autres, d’une barbarie telle que leur notoriété machiavélique a survécu aux oublis de la guerre, tel l’infâme camp Changi à Singapour par exemple où nombre de détenus britanniques, américains, moururent de malnutrition et de manque total de soins médicaux, les survivants à la libération avaient par ailleurs l’aspect de survivants d’Auschwitz. N’oublions pas les marches de la mort à Baatan du début 1942, qui envoyèrent des dizaines de milliers de prisonniers américains et philippins, sur les routes, ceux ne pouvant plus continuer à marcher sans eau et sans nourriture, étant passés au fil de la baïonnette sur le bord de la route ou tués à coups de crosses de fusil. Ou la construction du chemin de fer Birmanie-Thaïlande {dont l’épisode le plus célèbre est le pont sur la rivière Kwai}.  J’ai lu récemment le récit d’un ancien de ce camp; tous les prisonniers étaient sans vêtements, quasiment nus, sujets à la sauvagerie coutumière des gardes nippons, à leur brutalité, au manque de soins, d’eau, de nourriture. Quand cet ex-prisonnier de ces soldats nippons héroïques vit le fameux film «Le Pont de la Rivière Kwai», il se bidonna de voir tous ces acteurs chiquement vêtus alors que lui avait été  nu tout le long de cet épisode douloureux.

 

Bushidō est la Voie du Guerrier. Compte tenu de leurs mœurs militaires moyenâgeuses {cf. les Samuraïs}, l’histoire du Japon est fondée sur la dureté, par rapport à soi, par rapport aux ennemis déchus qui, au fond, de par leur lâcheté de s’être laissés défaire ou faire prisonnier, méritaient la mort ou les pires égards physiques.  Les Samouraïs étaient au sommet de la hiérarchie civile qui comptait 4 niveaux. Les officiers qui ont succédé aux samouraïs mais en leur empruntant les travers les plus inhumains, se considéraient au-dessus des populations civiles asservies. Peu de personnes chez nous savent que les soldats japonais étaient traités comme du fumier, taillables et corvéables à merci, par leurs supérieurs hiérarchiques. Battre un soldat qui avait désobéi, n’avait pas été assez rapide pour exécuter un ordre, ou déplaisait, était la coutume. Et cela se faisait même chez les aspirants pilotes réguliers ou futurs kamikaze {la langue japonais ne distingue pas de pluriel}. On entoure d’une aura presque romantique les pilotes kamikaze, même dans nos pays. Les gens savent-ils que nombre de soi-disant volontaires kamikaze furent tout simplement obligés d’aller écraser leur appareil sur des navires US? Réquisitionnés de force ou forcés à se suicider suivant le code du Bushidō. S’il ne faut lire qu’un seul récit personnel à ce propos, je conseille «J’étais un kamikaze» de et par Ryiji Nagatsuka.

 

Lorsque les soldats nippons se livrèrent à des orgies de tueries à Hongkong, Nanjing et tant d’autres lieux devenus tristement célèbres, lorsqu’ils tuaient ou traitaient en esclaves les civils ou prisonniers de guerre emprisonnés dans leurs camps en Asie ou au Japon, lorsqu’ils résistaient dans ces îles et îlots du Pacifique jusqu’à la mort, ce n’était pas de l’héroïsme. Pas du tout. Il y avait le poids de leur histoire sanglante, de leur culture privilégiant l’image forte du guerrier samouraï, il y avait la caution morale de l’Empereur Hiro-Hito et de la hiérarchie militaire, il y avait un conditionnement de masse qui commençait dès la prime enfance et visait à faire de chaque enfant mâle un futur combattant {cf. certaines biographies dont celle de Yukio Mishima par exemple}, il y avait eu parfois la carte blanche délibérée donnée à une armée de lâcher les rênes et de se défoncer vis-à-vis de peuples et cultures jugées inférieures.

 

Bref, il y eut là tous les ingrédients de conditionnement de masse, de racisme, de barbarie, que nous connaissons si bien via l’histoire du nazisme, son apogée et sa défaite, ses crimes.

 

Écrirait-on en parlant de l’Offensive des Ardennes de décembre 1944: «le destin tragique de ces soldats allemands héroïques dont beaucoup ont perdu la vie.»?

 

Parce qu’il s’agit d’un film d’Eastwood, des meurtriers sanguinaires, représentants et exécuteurs d’un régime sanguinaire, raciste et suprématiste, n’ayant aucun respect pour la vie humaine des gaikokujin {gaijin en abrégé = étranger} deviennent soudain des héros.  Je rappelle qu’à cause de cet héroïsme déplacé, les troupes américaines perdirent 1500 hommes en deux jours à Tarawa {atoll de Betio}, 15.000 tués, blessés et disparus en 3 semaines de combat à Iwo Jima et 45.000 tués, blessés et disparus en 6 semaines à Okinawa. Et, dans cette dernière île ressortissant déjà au territoire japonais national, des centaines de civils se suicidèrent parce que l’image qu’on leur avait dépeinte, le conditionnement dès la prime enfance, firent en sorte qu’ils craignaient d’être mis à mort par les soldats US.  D’ailleurs, le conditionnement en masse de la population civile était tel que les autorités militaires américaines avaient estimé à 1 million les pertes militaires (tués, blessés, disparus} à subir si les Alliés avaient été contraints à s’attaquer au Japon continental.

 

Ne pas avoir de culture historique ou le moindre intérêt pour la vérité historique, n’est nullement un crime. Écrire pour un grand public et qualifier les soldats japonais de faits héroïques, c’est abject, indigne, et fait preuve d’un révisionnisme historique qui fait peu de cas des millions de victimes en Chine, en Asie et dans les îles du Pacifique, de ce que fut la «Grande Sphère de Coprospérité» qu’instaura le régime de Hiro-Hito avec l’aide enthousiaste de ses robots de soldats. Il suffit de demander à la cinéaste d’origine hollandaise Lydia Chagoll ce qu’elle pense de l’héroïsme des soldats japonais, elle qui fut internée en tant que civile dans un camp de concentration en Indonésie.

20:06 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/08/2017

MONUMENTS ET VESTIGES DE GUERRE

MONUMENTS ET VESTIGES DE GUERRE

 

Un de mes films préférés au sujet de la guerre civile américaine est GETTYSBURG, un film de près de 4 heures retraçant les 4 jours qui, en juillet 1864, amorcèrent la défaite définitive des Sudistes rebelles et, partant, la fin de cette guerre fratricide particulièrement sanglante.

 

Ce film est remarquable car il montre que tout ne fut pas tout à fait noir versus blanc au niveau des principaux protagonistes de cette guerre civile, et je veux parler des généraux de part et d’autre de cette barrière à la fois visible et invisible que constituait l’esclavage. Comme le souligne l’historien John Keegan dans son livre "Guerre de Sécession" «En 1860, l’attachement du Sud à cette pratique {l’esclavage} s’expliquait par le rôle des esclaves dans la culture et le traitement du coton brut. En 1800, 70 000 balles seulement de fibre de coton avaient été produites contre plus de 4 millions en 1860. Le nombre d’esclaves avait augmenté en proportion, passant de 700 000 au premier recensement de 1790 à 4 millions en 1860, chiffre dû en grande partie aux naissances, car la traite négrière avait été abolie en 1807.» Donc cette guerre de sécession fut avant tout une guerre économique car du jour au lendemain, tous ces Noirs auraient en principe pu s’évader de leur esclavage et gagner le Nord. Et, quand on parle du Nord des États-Unis, on se leurre à croire que le Sud était foncièrement raciste et anti-noir et que le Nord était pro-Noir. Parfois, les Noirs au Nord étaient victimes de discrimination économique et raciale même si là-bas, ils étaient en principe considérés comme des citoyens qui avaient une existence en tant qu’êtres humains et non esclaves.

 

Dans son livre "Lincoln", qui est la version romancée de la fin de la vie de ce personnage historique et essentiel, Gore Vidal montre à suffisance que Lincoln – qui était Républicain, ce que Trump vient d’apprendre, lui qui a sans doute raté le cours Histoire 101 {cours élémentaire}-, eut une vision assez ambiguë quant à la nécessité du Nord d’entamer une lutte fratricide contre les états sécessionnistes du Sud. Peu de temps, avant qu’il n’ordonnât de sévir contre les états confédérés et de les attaquer par les armes, personne dans son entourage n’aurait pu deviner quelle allait être son attitude à l’égard des rebelles sudistes.

 

Le film Gettysburg, outre l’excellence de la mise en scène et des batailles qu’il montre, prouve également deux choses qui ne paraissent pas tellement évidentes à nous qui avons été élevés à considérer toutes choses dans une perspective de propositions contradictoires voire dialectiques {et la religion catholique avec la notion du Bien et du Mal, ainsi que du Péché, n’y est pas étrangère}. En premier lieu, au niveau des commandants de divisions tant au Sud qu’au Nord, il y avait de l’estime réciproque car tous ces généraux se connaissaient très bien, avaient parfois été amis ou copains de classe à West Point et, fréquemment, avaient combattu ensemble au Mexique ou dans tous ces conflits dans lesquels furent entraînés les Etats-Unis et dont on connaît très peu chez nous. Certains généraux, tant du Sud que du Nord, apprenant qu’un de leurs amis intimes leur faisait face de l’autre côté de cette frontière les opposant, se réjouissaient et souhaitaient qu’il demeurât en vie. Et, en second lieu, alors que la bataille allait se dérouler durant quatre jours aux alentours de ce village au creux d’une vallée appelé Gettysburg, beaucoup de généraux sudistes étaient fatigués et pressentaient la défaite future de leur rébellion. Il y a dans le film un moment extraordinaire. Alors que l’attaque sudiste a été défaite le jour précédent sur cette colline appelée Little Round Top grâce au courage et à la ténacité d’un colonel républicain {Chamberlain} et de ses soldats du Maine sur le flanc gauche des troupes yankees, le général sudiste James Longstreet accompagna à cheval le généralissime Robert E. Lee pour visionner le terrain de la prochaine attaque. Lee avait décidé une attaque frontale par les troupes du flamboyant George Pickett {Virginiens en majorité}, avec une montée de près d’un mile pour atteindre les troupes ennemies. Longstreet, un homme d’expérience, raisonnable, et de talent, tenta de dissuader son général en chef de ne pas procéder à une attaque frontale mais de tenter une incursion par le flanc droit (flanc gauche des troupes du Nord) qui, d’après lui, était dégarni. Lee refusa et, obstinément, ordonna l’attaque. Qui échoua, les troupes de Pickett furent décimées et, à la suite de cet assaut sanglant pour les rebelles, l’armée du Sud dut entamer une retraite, ce qui, en définitive, signifia la défaite du Sud en 1865.

 

Si Robert E. Lee, Pickett, Jackson, Longstreet, et tant d’autres généraux sudistes furent des rebelles, des traitres à la Constitution des États-Unis, c’étaient des hommes d’honneur. La plupart d’entre eux n’étaient même pas esclavagistes ou ne possédaient pas d’esclaves dans leurs propriétés. Un fait évident, toutefois, ce fut qu’ils rompirent leur serment d’obéissance à la Constitution US et qu’ils prirent les armes contre le gouvernement fédéral pour soutenir une cause qui avait fait l’objet d’une loi l’interdisant.

 

Même si on peut éprouver de la sympathie pour des figures tragiques comme Longstreet et Lee, forcés de par leur appartenance à des états du Sud à combattre pour une cause qui leur était au fond étrangère et à laquelle ils avaient cessé de croire la veille de la bataille de Gettysburg, un fait historique est certain. Ils étaient des traitres à leur patrie et pour nous, en Europe, il est difficile de concevoir qu’il y eût encore près de 700 monuments en l’honneur de personnalités sudistes aux Etats-Unis {d’après «Der Spiegel»}. Difficile de croire aussi qu’un président actuel des Etats-Unis, Trump pour ne pas le nommer {du même parti que Lincoln d’ailleurs !} eût pu, le jeudi après son interview du mardi après les événements de Charlottesville tweeter cette imbécillité humaine et historique suivante "des magnifiques statues et monuments au sujet de la guerre civile, se trouvant aux États-Unis et qu’il ne faudrait pas détruire" {source Der Spiegel}.

 

Dans cette logique enfantine ou plutôt infantile, pourquoi ne pas ériger une statue en l’honneur de Degrelle en Belgique ou débaptiser certaines rues du pays wallon et leur attribuer le nom d’un de nos héros de jadis? Après tout, on le fait bien en Flandres…

 

Même si un film peut parfois nous ébranler dans nos idées préconçues et nous faire éprouver de la sympathie pour des personnages pour lesquels a priori nous ne devrions pas en avoir {et je pense aussi aux films allemands Das Boot et Der Untergang}, il faut se méfier de ces impressions émotionnelles ne reposant sur aucun fondement historique voire rationnel. Dans Das Boot, le capitaine et tous ces marins de sous-marins sont éminemment sympas sauf le nazi de service, mais leur boulot c’était d’envoyer par le fond des navires alliés transportant parfois des civils et, principalement, des approvisionnements non seulement en armes. Quant à savoir qu’Hitler pût avoir des côtés sympas {cf. le film Der Untergang}, c’est très bien, mais il fut un tyran, raciste et le principal responsable d’une guerre qui fit une trentaine de millions de victimes dont une partie non négligeable le furent en raison d’une idéologie de victimisation et d’éradication de ‘races’ et strates humaines jugées inférieures. Donc, qu’Hitler aimait bien sa secrétaire et les chiens, c’est bien. Mais, Auschwitz et le ghetto de Varsovie, en tant que symboles, ce fut surtout et avant tout Hitler, ne l’oublions pas. Tout comme Longstreet et Lee combattirent pour que des esclaves noirs le demeurent à perpétuité.

 

C’est là toute la différence entre histoire et fiction romancée, ne l’oublions jamais.

17:49 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/08/2017

Les Juifs se sont-ils laissé conduire à l'abattoir?

Les Juifs se sont-ils laissé conduire à l’abattoir durant la Shoah?

 

Question qui interpelle à juste titre. Il y a une trentaine/quarantaine d’années déjà, j’avais lu un article dans l’hebdomadaire allemand ‘Der Spiegel’ indiquant que si tous les Juifs d’Europe avaient essayé de se cacher ou s’étaient révoltés, il aurait fallu peut-être des dizaines de divisions allemandes pour les traquer et les mater – puisque le but avoué du régime dès l’été 41 avec les premiers massacres par les Einsatzgruppen dans les territoires de l’URSS récemment conquis, étayé par la conférence de Wahnsee à Berlin en janvier 42, était d’éradiquer la ‘race’ juive -, ce qui aurait dégarni le front de l’Est, prépondérant du point de vue des forces en présence et, partant, peut-être conduit à une défaite plus rapide de l’Allemagne nazie. Venant d’un hebdomadaire allemand respectable c’était tout de même là une thèse assez hardie.

 

Relisant deux auteurs pour la énième fois, je tombe sur la même problématique, de déterminer si les Juifs s’étaient laissé conduire à l’abattoir durant cette période appelée la Shoah?

 

Dans le livre qu’Hanna Arendt publia au sujet du procès à Jérusalem d’Adolf Eichmann, elle n’éluda ni les controverses ni les thèmes délicats. Outre son concept de base qu’Eichmann fut avant tout un être tout ce qu’il y eut de plus ordinaire, un petit fonctionnaire zélé dans l’application des directives du parti, aussi odieuses et inhumaines furent-elles, plutôt qu’un monstre hideux, elle reprend, presque avec un délice machiavélique, les questions que posa le procureur général du procès de Jérusalem Gideon Hausner à chaque survivant et témoin interrogé lors du procès: «Pourquoi êtes-vous monté dans le train ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas révoltés ? Pourquoi n’avez-vous pas attaqué?» l’Auteur indiquant que même quand il y avait parfois des milliers de Juifs en attente de transport et quelques dizaines ou centaines d’Allemands armés pour les maintenir, peu d’entre ces populations vouées à une mort certaine se révolta.

 

Dans l’avant-propos qu’écrivit le Dr. Bruno Bettelheim {auteur de ‘La Forteresse Vide’ notamment, fondateur de l’Orthogenic School de Chicago, spécialiste de l’autisme} pour le livre ‘Auschwitz’ écrit par le Dr. Miklos Nyiszli, juif hongrois ayant travaillé avec et sous l’autorité du bourreau nazi et médecin Josef Mengele, rattaché à l’unité des fours crématoires {l’unité appelée Sonderkommando} et chargé d’établir des rapports d’anatomopathologie destinés à ce qu’il qualifie l’un des «centres médicaux les plus qualifiés» de Berlin, le célèbre psychiatre américain et lui-même ancien détenu à Buchenwald, n’élude pas non plus la controverse. Parlant du ‘Journal d’Anne Frank’, il dit en espèce ‘Peut-être une remarque au sujet du succès universel du Journal d’Anne Frank peut souligner combien nous souscrivons tous à cette philosophie du ‘business as usual’ {tout fonctionne normalement} et oublions qu’elle hâte notre destruction. À quoi fait-il référence? Au fait que les Frank aient opté pour se cacher en famille, en bloc, pour échapper aux rafles nazies alors que, selon Bettelheim s’ils s’étaient dispersés et avaient chacun individuellement été recueillis et cachés par des familles hollandaises non-juives, ils auraient eu bien plus de chance de survivre. Bettelheim offre aussi l’idée qu’à la limite ils auraient pu se procurer une arme et vendre leur vie ‘chèrement’ plutôt que de marcher à leur mort. Tuer un ou deux SS ou membres de la SA {Sicherheitsdienst} au moment de l’arrestation.

 

Des paroles dures, mais qui rejoignent des opinions que j’ai déjà lues, à savoir que si chaque famille juive destinée à une mort certaine s’était procuré une arme et avait abattu un ou plusieurs SS, soldats de la Wehrmacht ou de la Feldgendarmerie ou unité de police de la SA, vu le nombre de familles juives en Europe, on aurait pu ainsi avoir des milliers de nazis en moins. Et, partant, hâté la fin de la guerre.

 

Le constat de Bettelheim est celui d’un chirurgien, lui dont la spécialité est la psychanalyse: si on est condamné à une mort certaine, pourquoi ne pas tuer un ou plusieurs ennemis au préalable? Il cite l’exemple de la révolte de l’un des Sonderkommandos des crématoires à Auschwitz en octobre 1944 {hommes chargés d’extraire les cadavres des chambres à gaz et de les brûler dans les crématoires), 853 membres de ce Kommando se révoltèrent et tuèrent une septantaine de SS. Tous les membres du Kommando moururent. Ils étaient le 13ème  et, tous les 6 mois, on renouvelait ce Kommando car ils en savaient trop et c’était dangereux pour les nazis.

 

Rappelons d’autres révoltes restées célèbres. Celle des jeunes hommes et femmes du ghetto de Varsovie qui se révoltèrent en avril 1943, unis dans une révolte, un mouvement global à double commandement militaire qui engloba les socialistes, les bundistes {mouvement socialiste des pays de l’Est}, les jeunes du Hashomer Hatsaïr {mouvement sioniste de gauche} et ceux du Betar {mouvement sioniste de droite inspiré par Jabotinsky et dont dérive l’actuelle droite israélienne, dont Menahem Begin fut la figure de proue moderne avec la fondation du Likoud}. Il y eut aussi une révolte au camp de la mort de Sobibor, près de 600 juifs et autres prisonniers {des Russes notamment} parvinrent à s’enfuir, seule une quarantaine survécut à la guerre. Mais ce que nombre de personnes ignore, c’est qu’il y eut dans les territoires de l’URSS et en Pologne en fait des centaines de révoltes, individuelles ou collectives dont l’histoire ne retint que les plus importantes en fait.

 

Je dois dire que, personnellement, je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi n’y a-t-il jamais eu de révolte en masse des Juifs après l’énonciation des premières mesures discriminatoires à leur égard, des spoliations progressives des biens, des humiliations permanentes, et du premier pogrom lors de la Nuit de Cristal (novembre 1938)?

 

On sait aujourd’hui, que des jeunes Juifs de Palestine sillonnèrent l’Allemagne dès la seconde moitié des années 30 appelant les Juifs à quitter ce pays et à émigrer en Israël, indiquant à leurs interlocuteurs d’Allemagne qu’Hitler avait pour but d’annihiler les Juifs {c’était clair dès la parution de ‘Mein Kampf’}. Peu d’entre ces familles en Allemagne bien établies, embourgeoisées en dépit des humiliations et spoliations suivirent ces conseils judicieux. Et, nombre de ces pères de familles avaient combattu lors de la Première guerre mondiale et étaient récipiendaires de décorations militaires, ils avaient foi en la reconnaissance de ce qu’ils considéraient – à tort – comme leur patrie.

 

Toutefois, d’après des témoignages de survivants de l’Holocauste, on peut faire une différence entre les Juifs de l’Europe de l’Est qui, très vite, flairèrent les desseins odieux d’Hitler et des nazis, et ceux de pays tels l’Allemagne et, a priori, la France, la Belgique, les Pays-Bas, qui, pour la majorité, se berçaient encore de l’illusion que les dirigeants et soldats allemands étaient des hommes ordinaires et sensés. Philip Bialowitz, survivant du camp de Sobibor alors qu’il avait moins de 15 ans quand il y arriva écrivit que les Juifs issus de pays de l’Est se lamentaient – car ils savaient très bien qu’ils allaient être gazés dès leur arrivée au camp - et tentaient parfois de s’échapper ou de se révolter quand ils arrivaient en train à Sobibor, alors que les Juifs hollandais remercièrent et applaudirent les SS qui leur avaient tenu un discours indiquant qu’ils allaient prendre une douche, puis seraient astreints à des travaux légers {il y eut des Juifs hollandais qui par un hasard malencontreux arrivèrent à Sobibor}.

 

Personnellement, je pense que quand on a charge d’une famille comme le père Frank, en dehors des habitudes de la vie telle qu’on l’a toujours connue et qu’on aurait du mal à quitter, il y a ce poids moral, social et humain, de veiller à maintenir l’homogénéité familiale, le noyau familial, de là cette «passivité» que fustigeaient Bettelheim et Arendt, des intellectuels qui n’ont jamais connu– au fond, ni Bettelheim, qui ne fit que quelques mois de KZ et qui émigra avant le déluge -, cette lente descente aux enfers que concoctèrent les nazis. Parce que le génie machiavélique d’Hitler et des nazis, ce fut qu’ils mirent en œuvre des mesures graduelles de spoliation des Juifs et de déshumanisation de leur essence d’être humain. Et, quand, brusquement, les Einsatzgruppen firent irruption dans les territoires de l’URSS récemment conquis {pays baltes, Biélorussie, Ukraine}, cernèrent les Juifs, leur intimant de se grouper en rangs et de marcher vers une direction qu’ils leurs indiquèrent, afin de les liquider par balles devant des fosses communes, quels pères de famille, quels frères, auraient risqué la mort de leurs proches, mères, grands-mères, frères et sœurs cadets, en se révoltant?

 

Ceux qui se révoltèrent à Varsovie, à Sobibor, ceux qui quittèrent les ghettos de Vilnius, Riga, Minsk, Varsovie, etc. – au péril de leur vie – et allèrent combattre dans des unités de partisans russes, mixtes {polonaises/Juifs ou biélorusses/Juifs, à condition que celles-ci acceptent les Juifs, ce qui n’était pas toujours acquis} étaient jeunes et n’avaient en général comme attaches sentimentales que leurs parents et frères et sœurs. Combien de ces jeunes ne regrettèrent-ils pas d’avoir abandonné leurs parents à un sort qu’ils connaissaient parfaitement en se rendant dans les forêts pour se battre contre les nazis? Dans le livre de souvenir de cette époque qu’écrivit Rachel Margolis {ghetto de Vilnius en Lituanie}, elle relata combien cette décision de quitter ses parent pour aller rejoindre les partisans ‘en forêt’ lui pesa.

 

Mathématiquement, si les 11 millions de Juifs européens avaient par famille tué 2 ou 3 Allemands, la guerre aurait été rapidement terminée. Hélas, la vie n’est pas de la mathématique. Il y a des contingences humaines, familiales, sociales, des schémas psychologiques tels, qu’abandonner une famille est un acte que peu de pères de familles, de fils, ont osé. Ils avaient le sens de la responsabilité et pour eux ce sens – de voir - de la responsabilité impliquait qu’ils resteraient avec leur famille t partageraient son destin, quel qu’il fût.

 

Une des scènes du film de Spielberg ‘La Liste de Schindler’ que je trouve tout bonnement insoutenable – et je n’ai pas à ce jour osé revoir le film, et il n’y a que peu de temps que je puis écouter la musique sans pleurer parce je la joue – c’est celle de cette famille du ghetto de Kraków {Cracovie} à table pour le petit déjeuner et qui, soudain, entend des bruits de bottes cloutées approchant dans la rue. Ils sont terrorisés mais ne peuvent ni fuir ni se cacher. Ils savent que cette rafle c’est la mort certaine, mais ils n’ont aucun moyen d’y échapper.

 

Qu’auraient fait Bettelheim et Arendt à leur place en temps réel?

18:41 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/07/2017

LE RÉFLEXE IDENTITAIRE

LE RÉFLEXE IDENTITAIRE

 

Si je devais m’exhiber dans le métro ou dans un tram à Bruxelles tout de noir habillé, dans une espèce d’uniforme avec au col les runes SS, on m’identifierait tout de suite comme néonazi, on me cracherait dessus et on m’emprisonnerait.

Quand je suis dans le tram ou le métro à Bruxelles et que je vois ces femmes de tous âges voilées et drapées dans des robes informes noires, je ne pense pas à des corbeaux, mais je pense à ces femmes dénuées des droits les plus élémentaires: liberté de pensée et d’opinion ainsi que de mouvement, libres arbitre et choix, épanouissement personnel; je pense surtout - mais peut-être là est-ce de ma part un réflexe conditionné -, à ces femmes soumises parfois martyrisées, ces femmes esclaves de leurs mari, frère, père, oncle, ces femmes vivant dans des sociétés lourdement patriarcales telles qu’on les connaît au travers de récits d’horreur dans les territoires sous domination de Daesh, d’Al-Qaida, du Hamas ou du Hezbollah, de ces femmes citoyennes de second rang dont on connaît certains des récits et des vicissitudes coutumières, femmes d’Afghanistan, du Pakistan, de l’Arabie Saoudite, d’Iran.

Sirotant un café l’autre jour dans une galerie de Bruxelles, je me fis la réflexion que la Belgique était un état pratiquant l’égalité de sexes, la mixité des sexes dans les lieux publics, à l’école, au cinéma, au théâtre, dans les salles de concert, dans les piscines, aux terrasses de café, dans les restaurants, dans les queues à la Poste, à la banque, dans les églises et lieux de culte catholiques, protestants. Et, ces femmes que je voyais passer devant mes yeux dans cette galerie commerçante {City 2}, de par leur seul accoutrement me faisaient passer un message clair: nous sommes pour la séparation stricte des sexes et n’acceptons pas cette mixité sociale contraire à la Sh’aria.

Et je pourrais m’écrier: eh les dames et demoiselles, jamais entendu parler de l’émancipation de la femme? Jamais entendu dire que des femmes pouvaient penser pour et par elles-mêmes sans diktats religieux, moraux ou sociaux?

Bon, je ne vais pas dire que ce sont là des parasites qui profitent de la sécurité sociale et du bien-être que la Belgique leur octroie comme le feraient des racistes ou des extrémistes de droite. Je leur reconnais le droit à la différence, je leur reconnais le droit de se vêtir comme elles l’entendent et le désirent, je leur reconnais même le droit de préférer la Sh’aria à nos lois et règles plutôt libérales sans être libertaires. Mais se rendent-elles compte, ces femmes et jeunes filles de mon pays que je ne voudrais pas qualifier d’écervelées, qu’elles brandissent leurs voiles et habits flottants noirs ou de tons mièvres tel un étendard de Daesh, d’Al-Qaida, du Hamas ou du Hezbollah? Se rendent-elles compte – même si elles sont en droit de porter de tels habits –, que ces porte-paroles inconscientes d’un radicalisme islamique qu’elles véhiculent de par leurs seuls habits pourraient susciter des réactions de dégoût ou de haine, certes mal placées, de par le seul fait qu’à cette vue on les assimilerait à des symboles {femmes-sandwichs} du Hamas, de Daesh, de l’Iran des Mollahs purs et durs, d’Al-Qaida?

On sait que chez des Musulmans écervelés, le drapeau d’Israël, la connotation israélienne ou juive, peuvent susciter des réactions de rejet voire violentes. Et les victimes juives ou israéliennes de tels actes parfois violents n’ont certes rien à voir avec la politique bigote et raciste que mènent depuis quelques décennies les gouvernements israéliens à l’égard des Palestiniens et de leur désir d’accéder à un état propre, indépendant de la tutelle et des contrôles israéliens.

Une autre pensée m’effleure l’esprit quand je vois ces femmes et jeunes filles de plus en plus nombreuses à Bruxelles qui se couvrent des oripeaux de ce qu’il y a de plus abject, celui de la soumission absolue de la femme aux diktats des hommes, celui d’une prison vestimentaire symbolisant la Loi du Patriarcat en opposition à celle de la Déclaration universelle des droits de l’homme inscrit dans notre échelle des valeurs depuis la fin de la Seconde guerre mondiale: savent-elles ces bonnes femmes sans doute de bonne foi, que leurs accoutrements les ramènent cinq siècles en arrière dans notre monde géopolitique de l’Europe de l’Ouest {pour la sphère extra-européenne, cela les ramène à l’Arabie saoudite à l’époque de Mohamed, soit il y a plus de 13 siècles}? Quand tout individu d’une société moyenâgeuse était taillable et corvéable à merci et que seul le droit féodal du Seigneur primait voire du Prélat {cf. Jeanne d’Arc, cf. l’Inquisition espagnole}. Survinrent par la suite et heureusement pour nous, le Siècle des Lumières qui affranchit l’individu du joug religieux, survinrent les premières manifestations au début du XXème siècle de suffragettes qui souhaitaient plus de droits pour les femmes, survinrent l’annonce de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le droit de vote pour la femme, le droit à l’avortement {signifiant par là qu’une femme était – enfin – libre de faire ce qu’elle voulait de son corps}. Et quand je les vois dans le tram, le métro, à City 2, rue Neuve, ces femmes voilées aux vêtements sombres et flottants, je me dis que je me vois transbahuté en quelques secondes à peine au XVIème Siècle quand un homme, une femme, un enfant, n’étaient que des objets – des sujets en faits – fragiles, assujettis et soumis à la volonté absolue parfois irrationnelle mais toujours arbitraire des Seigneurs et/ou des Prélats.

Certaines de ces femmes, des intellectuelles voire ressortissant à des professions libérales ou artistes, disent avoir choisi en toute liberté ces vêtements d’il y a 13 siècles. Savent-elles que des millions d’entre leurs sœurs de confession, en Afghanistan, en Iran, au Pakistan, sous la houlette du Hamas, de Daesh, d’Al-Qaida, du Hezbollah, habillées de la sorte, n’ont aucun droit. Absolument aucun. Ni celui d’épouser qui elles veulent, ni celui de divorcer, d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants, ni celui souvent de faire des études, ni celui de sortir de chez elles? Est-ce là le message fort qu’elles veulent faire passer, un message de repli identitaire – de retour à l’époque d’il y a 13 siècles - sous couvert de liberté?

Faites-moi rire!

20:06 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/05/2017

ROUTE 796 - 4 MOIS DE VIE ENTRE PARENTHÈSES

ROUTE 796

4 MOIS DE VIE ENTRE PARENTHÈSES

 

Quand j’apprends par un email de mon urologue le 7 février dernier que mon cancer de la prostate jusque-là bénin est devenu agressif, ce fut un choc. Mais pas de surprise. Mon feeling, une fatigue inexplicable, une légère perte de poids, depuis quelques mois, m’avaient fait pressentir qu’il aurait pu y avoir quelque chose de sérieux chez moi. Et puis, mon père avait eu un cancer de la prostate, et cette maladie peut être héréditaire. Le choix offert par mon urologue: radiothérapie ou prostatectomie. De la prostatectomie je savais {nombreuses conversations avec mon urologue car sans être hypochondriaque, je m’attendais au pire tôt ou tard et j’aimais prévoir} que le risque principal était une incontinence passagère ou hélas durable et irréversible; et, accessoirement last but not least, la perte de la fonction érectile. J’optai donc le jour même pour la radiothérapie sans au fond savoir à quoi je m’exposais.

 

L’UZ de Jette, comme Erasme, indique la voie de ses services par des routes numérotées. La mienne pour 41 visites {une de «simulation», une d’examen et 39 de traitement} fut la «route 796», conduisant au – 2 et à une salle d’attente aux sofas et fauteuils confortables. Dès qu’on entre dans cette salle d’attente, on se sent privilégié par le sort de pouvoir expérimenter en direct ce qu’on connaissait uniquement par des récits dans des revues de vulgarisation pour femmes ou, parfois, lors d’émissions télévisées plus pointues à contenu scientifique-médical. Chaque personne qui est là {ou l’une d’un groupe comprenant des accompagnants, parfois on y voit de véritables smalas} souffre d’un cancer. Toujours invisible. Mais parfois visible via le châle que porte une dame, conséquence sans doute d’une chimio et de la perte des cheveux. On entre là et sans scénario écrit, sans préparation par un coach psy, sans aide autre que les encouragements des proches, de plain-pied et en silence dans une confrérie, un ordre, auxquels n’aspire personne et qui ne sera réservé qu’à une élite qu’un sort malencontreux désignera d’une manière tout à fait arbitraire et sans possibilité d’appel ou de recours voire d’échappatoire. On entre d’emblée dans une prison sans procès, sans sentence, dans un espace que Kafka n’aurait pas dédaigné parce que les lois et règles qui y règnent et font en sorte qu’un nouveau patient {appelons les choses par leur nom, dès maintenant on est patient d’un service d’oncologie voire de radiothérapie} y apparaisse pour y jouer le rôle de son existence sans même en connaître le texte ou l’issue, échappent à toute logique rationnelle, à toute dialectique. "Pourquoi moi?" est une question inutile. Dès qu’on apprend qu’on a un cancer pernicieux ou ce qu’on appelle dans mon cas un carcinome, cela ne sert à rien de gémir, d’invoquer un sort injuste. C’est là une évidence dont on ne pourra plus se séparer qui colle au corps comme un parasite et qui vaincra l’organisme ou sera vaincu. Combat moderne de gladiateurs avec, toujours, un vaincu et un vainqueur.

 

La première rencontre avec cet appareil bizarroïde appelé "accélérateur de particules" pour une «simulation» est un marquage en fait. On dessine des marques {ronds et barres verticales} sur le haut des deux cuisses. La machine, ressemblant à un CT Scan, est constituée d’une table sur laquelle on se couche sur le dos, genoux sur un support et pieds dans des étriers horizontaux. Un appui de tête soft est prévu. La machine est ouverte aux pieds et à la tête. J’avais oublié de dire que durant le traitement journalier, couché sur le dos, il faut mettre les bras sur le haut de la poitrine et durant toute la procédure, interdiction absolue de bouger, même la tête. Une attitude de cadavre, au fond une sorte de répétition mais faite 39 fois {plus les deux fois où j’ai dû «descendre de table» pour boire des compléments} pour me préparer quand on me mettra dans mon cercueil…

 

Ensuite, visite chez le médecin et on se voit remettre un papier indiquant qu’avant chaque traitement de radiothérapie il faut «50 minutes avant, vous allez aux toilettes, uriner, à selles et évacuer l’air» et «40 minutes avant vous buvez 2 grands verres d’eau (1 litre) et ne plus uriner.». C’est ce que les infirmiers appelleront de manière familière «vessie pleine et rectum vide». Comme je suis prévu pour traitement principalement à 9 heures trente, cela signifie 9 heures moins quart, vider le rectum et uriner, 9 heures moins 10, boire rapidement un litre d’eau.

 

Il y a aussi une visite chez la diététicienne. Car, afin d’avoir le moins possible de problèmes intestinaux rendant difficile le traitement proposé, il faudra s’astreindre à un régime très strict durant toute la durée du traitement de 8 semaines et quelques jours: pas d’alcool sous quelque forme que ce soit, pas de boissons gazeuses, pas d’épices, pas d’aliments ou de produits alimentaires susceptibles de provoquer des flatulences ou des gaz, pas de pain ou pistolets frais mais grillés ou réchauffés au four, pas de légumes ou de fruits trop crus, pas de charcuterie, aucune viande, aucun poisson, trop gras, pas de pâtisserie grasse. Et, éviter les restaurants durant cette période car ils induisent des problèmes de flatulences ou d’excès de matières fécales empêchant parfois un bon déroulement du traitement. On se voit remettre une brochure avec d’un côté tous les aliments permis et de l’autre, toutes les interdictions thérapeutiques; et, dans cette dernière colonne, se trouvent évidemment toutes les choses qu’on boit et mange habituellement, tout ce qui durant des décennies et des décennies sans soucis ont constitué sinon l’un des plaisirs de la vie du moins l’un des socles alimentaires de son existence.

 

Alors, boire tant et vider le rectum, pourquoi donc? Pourquoi? Simple mon cher Watson, la prostate est coincée entre le rectum {à droite sur une planche anatomique} et la vessie {à gauche} et pour que le traitement n’endommage pas (trop) de cellules saines, il faut que la prostate, dont la position anatomique exacte a bien été identifiée lors d’un examen au CT Scan initial, soit au même endroit pour la séance journalière de traitement. Car, avant chaque traitement journalier, un CT Scan détermine si les critères de traitement {vessie pleine, rectum vide} sont remplis, sinon, pas de traitement. Il est alors demandé au patient de boire un peu plus en cas de vessie insuffisamment pleine ou de faire un Microlax, vider le rectum, uriner et reboire de l’eau. Et, en cas de "bulle d’air" dans le rectum, on se voit proposer le choix: soit via une «sonde rectale» pour évacuer l’air {la procédure la plus rapide mais pas la moins douloureuse}, soit prendre un Microlax et recommencer le cirque.

 

Ah bon? m’étais-je dit. Boire un litre d’eau en 5 minutes à 9 heures du matin? Moi qui ai des problèmes d’estomac, un reflux gastrique et une hernie hiatale? Et le conserver dans ma vessie durant près d’une heure du moment où j’aurai bu jusqu’à la fin du traitement? Moi qui ai une vessie petite capacité? Et déféquer à 8 heures 45 exactement, moi qui n’ai pas d’habitudes de selles bien inscrites dans un horaire fixe?

 

Bon, on s’y astreint tant bien que mal.

 

Et puis, quand on est le dos sur la table et que la machine médite, réfléchit, calcule, suppute, compare, et que les secondes passent, interminables, et qu’on n’a pas l’occasion de prier car on est athée, on sue l’angoisse métaphysique en se demandant si on ne va pas devoir descendre de table, se rhabiller et aller aux toilettes pour s’astreindre à la petite occupation qui consiste à s’introduire une pipette dans l’anus, y presser le liquide du tube de 5 ml. de citrate de sodium dihydraté, essayer de le tenir le plus longtemps possible {il est indiqué de 5 à 20 minutes sur l’emballage, essayez !}, puis retourner en salle d’attente et se taper entre 8 et 10 gobelets d’eau à 8 degrés.

 

Si, au tout début, durant la toute première semaine, je n’ai pas paniqué, je n’ai pas eu cette angoisse métaphysique d’un rectum insuffisamment vidé, cela est apparu dès la 2ème semaine quand, deux jours d’affilée, j’ai été bon pour la sonde rectale à cause de bulles d’air {un phénomène qu’on ne peut maîtriser puisqu’on ne sent pas nécessairement des flatulences ou des gaz dans le bas de l’intestin}. Il y avait aussi eu l’épisode de panne technique de l’accélérateur 3 {le mien!} la même semaine, m’obligeant à 9 heures 10 à aller uriner, et reboire car je passerais à 10 heures (j’étais prévu à 9 heures et demie), mais m’indiquant à 9 heures et demie que je pouvais à nouveau aller uriner et reboire, car je passerais à 10 heures et demie…

 

À partir de la 3ème semaine donc et l’apparition concomitante d’hémorroïdes, chaque séance d’attente sur la table pour que la machine se décide s’il y a ou non problème et interruption, devient vite insupportable car une sonde rectale dans l’anus introduite sans tout l’art et la technique d’un urologue, ni la lubrification préalable de l’anus, c’est douloureux. Et, d’autant plus quand les hémorroïdes constituent déjà un foyer d’irritation et d’inflammation parfois permanent.

 

L’abysse du traitement, je l’ai expérimenté à l’avant-dernière semaine quand, chez moi, j’ai subi des besoins irrépressibles de déféquer, à trois reprises, rendant impossible tout déplacement via des transports en commun, nécessitant la prise de médicaments pour stopper la diarrhée et, ipso facto, prolongeant de deux jours ce que j’avais déjà qualifié de calvaire, de cauchemar, plutôt que traitement.

 

Entretemps, j’avais déjà essayé du Xanax pour me calmer avec le résultat que je partais le matin pour l’hôpital mais avec des nausées, et quand on a des nausées, boire un litre d’eau en 5 minutes, ce n’est pas idéal. Abandonné le Xanax, j’ai pris un produit naturel qui a aussi provoqué des nausées matinales {non, je n’étais pas enceinte}. Des nausées qui, à mon sens, provenaient plus de la tension que j’éprouvais depuis le moment où je me levais un peu avant 6 heures du matin et qui culminait entre 9 heures et 9 heures et demie quand on venait me chercher en me demandant, rituellement, si ma vessie était bien pleine. Et, je dois le dire, dans mon angoisse de me voir refouler et recommencer tout le cinéma, les deux dernières semaines, j’ai chaque fois pris un Microlax afin d’être sûr de pouvoir vider mon rectum correctement et éviter un problème.

 

Et, comme je le disais avec ces restes d’humour indécrottable qui me collaient à l’esprit, moi qui n’avais jamais été une personnalité – ou un tempérament – de type anal {cf. Freud}, voilà que pour 9 semaines, l’un de mes centres d’intérêt et de préoccupation tournait autour de cette activité naturelle et presque inconsciente qu’un destin pervers avait rendu décidément consciente jusque dans son exactitude presque prussienne. Entretemps aussi, en 10 semaines grâce au régime alimentaire tout aussi prussien que je suivais – je le recommande instamment à toutes ces dames dont on parle tant dans les revues féminines et qui se lamentent de ne pouvoir maigrir -, j’avais perdu 5 kilos et je ne mangeais pratiquement plus de légumes puisque la dernière fois que j’avais mangé des chicons crus, j’avais eu un léger problème, la dernière fois que j’avais mangé une salade de laitue j’avais eu un léger problèmes, la dernière fois que j’avais mangé des épinards, j’avais eu un gros problème et la seule fois où je me suis permis des lychees en boîte avec jus, ils étaient passés dans mes intestins non pas comme un lettre à la poste mais comme des gosses dans un toboggan vertigineux.

 

À la fin, je rêvais de croissants, de frites bien cuites, de saucisses de Francfort, de steak tartare, d’une Duvel bien réfrigérée, d’une vodka pure, etc. Freud se serait posé des questions et aurait peut-être changé sa théorie sur les rêves et leur signification…

 

Arrivé en fin de traitement, je puis dire que quand on décide de suivre une telle radiothérapie, ce n’est nullement un combat contre le cancer qu’on mène, c’est plutôt s’engager dans une guerre d’usure où ce qui s’use en réalité, ce ne sont pas les cellules malignes du carcinome mais son propre être, sa propre personnalité, sa propre joie de vivre. On est devenu un objet, un robot malléable, qui suit de manière mécanique, sans enthousiasme, des contraintes extérieures qui lui ont été imposées de force. On défèque, on boit le regard fixé sur la montre, ensuite à l’appel, on enlève le jeans, les chaussures, on s’étend sur la table après avoir dit nom et prénom à chaque fois et, après ajustements de marquages et l’apposition de petites boules sur les ronds tracés sur le haut des cuisses {une espèce de GPS médical}, on attend le verdict de la machine. Le Jugement Dernier. L’Antichambre de l’Angoisse. Car, c’est la machine qui décide, qui a supplanté l’individu et qui seule lève le pouce ou l’abaisse.

 

Et, quand enfin, on sent la table qui s’élève et qui ajuste la partie pelvienne au rayonnement à venir, on ne remercie pas Dieu car on ne connaît pas de Dieu, on ne prie pas car on ne sait pas prier, mais ce sentiment d’euphorie inouïe, absolue, incommensurable, que ressent le patient, ce prisonnier de radiothérapie, ne peut ni être expliqué à des non-initiés, ni compris de personnes qui n’ont jamais connu ces contraintes et leurs séquelles. Alors que la machine circulaire se met à tourner de droite vers la gauche, pour un tour complet par cycle de 7/10 secondes suivies d’un léger stop, puis qu’après une interruption un peu plus longue, un grésillement et une lampe qui s’allume au-dessus de la tête signalent que la machine va maintenant tourner durant une minute de gauche vers la droite avec les stops intermédiaires, on se sentirait presque éperdu de bonheur. Sans bouger, en respirant à peine tant on n’y croit pas. Ce fut déjà à la 3ème semaine que je me mis à compter dans ma tête: un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept – espace prolongé – un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept… Le signe que j’avais gagné, que ma vessie était idéalement pleine et mon rectum idéalement vide, qu’une journée de plus serait à biffer sur le calendrier que j’avais établi

 

Cette route 796 {et quelle horreur depuis la 2ème semaine je ressentais en poussant le – 2 dans l’ascenseur!} ne me conduisait déjà plus depuis longtemps vers une guérison totale mais vers une libération, une démobilisation, une liberté recouvrée, car ce qui prédominait depuis la 2ème semaine de traitement, ce n’étaient déjà plus les aspects curatifs mais les énormes contraintes physiques du traitement et leur impact psychologique car très vite, tout mon univers, toutes mes préoccupations, toutes mes pensées vives, tournaient autour du prochain jour de traitement et bien au-delà de savoir si les trains seraient à l’heure, s’il n’y aurait pas de grève de trains, si les métros et bus 13/14 seraient à temps, si je trouverais une place assise {de plus en plus nécessaire car l’une des conséquences du traitement fut une fatigue accrue}, s’il n’y aurait pas un nouvel attentat qui désorganiserait complètement les transports à Bruxelles, au-delà de ces préoccupations quotidiennes qui augmentaient évidemment mon niveau de stress et faisaient jaillir des fontaines d’adrénaline dès 6 heures du matin {contribuant ainsi à plus de fatigue encore}, il y avait ce spectre des W.-C. à visiter à heure fixe, de ces distributeurs d’eau et ces regards incessants sur ma montre car entre le 27 mars et le 26 mai, chaque jour ouvrable fut millimétré, chaque seconde me rapprochant de l’inévitable videment de rectum et d’engorgement d’outre stomacale étant devenue une fixation psychologique autour de laquelle tournait ma vie tout entière.

 

De plus, durant ces 9 semaines, outre le régime sévère, outre les contingences journalières, je fis attention à ne pas prendre froid, à ne pas être ou tomber malade, à ne pas me faire renverser par un véhicule en traversant dans un passage pour piétons {en Belgique, plus dangereux de traverser là qu’en dehors des passages pour piétons}, à ne pas me blesser en travaillant au jardin ou montant ou descendant les marches d’escalier. Car, il faut le dire, je m’étais attaché à ces contraintes journalières et qu’aurais-je pu faire sans ces flushes d’adrénaline et d’angoisse métaphysique? La vie est nulle sans bulles d’air ou microlax.

 

Un oncologue à qui j’avais dit à mi-parcours que je n’avais plus le courage de continuer ces contraintes et que je pensais abandonner, me répondit que les clichés journaliers du traitement indiquaient qu’il marchait bien, mais il me dit aussi "qu’avec le recul, je me dirais sans doute par la suite que cela auraient été les deux mois les plus terribles de ma vie". Il avait tout à fait raison. J’ai mis mon existence entre parenthèses entre le 7 février et le 26 mai et maintenant que je suis sorti de prison sans port de bracelet, je n’éprouve pas une joie dithyrambique, simplement le sentiment que je suis avant tout libéré de devoir déféquer et boire à heures fixes. Et une lassitude, comme si j’avais fait 4 années de guerre dans les tranchées boueuses. J’ai presque oublié pourquoi au fond je me rendais à l’UZ à Jette tous les jours, n’ayant retenu que les visites aux toilettes et ces gobelets d’eau que j’enfilais à la suite les uns des autres, avec une abnégation qui n’avait rien à voir avec un quelconque courage mais qui provenait au fond d’une peur de devoir descendre de table et recommencer à boire un litre d’eau…

 

Et, c’est peut être là le paradoxe de ce type de traitement {et je compatis avec les dames et messieurs qui furent astreints à la chimiothérapie avec tous les effets nocifs que ces thérapies entraînent}. Quand on entend le mot radiothérapie on croit qu’il suffit de s’étendre sur une table et que c’est fait.

 

J’ai appartenu à une élite. Ils sont ainsi des milliers qui chaque année subissent sans se plaindre, et si j’ai décidé de parler ouvertement de ces contraintes, ce n’est pas pour qu’on s’apitoie sur mon sort ou qu’on me dise que je fus courageux, c’est simplement par souci de transparence et pour qu’on comprenne comment un traitement curatif en apparence simple et efficace peut se transformer en cauchemar, cause de stress et de déséquilibre psychologique momentané, par simple conditionnement et angoisse. D’ailleurs, un de mes confrères pour le même type de traitement, m’a dit qu’il priait par moments. Mes seules vraies joies c’était quand je sortais de l’hôpital et que je pouvais envoyer un SMS à mon épouse, disant «Tout OK» car elle, finalement, était aussi angoissée que moi.

 

J’étais hier dans une salle d’attente d’un autre hôpital, de ma région, pour un problème ophtalmologique urgent et j’ai aperçu un distributeur d’eau. Et là, tel un chien de Pavlov, je n’ai pas salivé, j’ai par contre éprouvé une profonde sensation de dégoût post-traumatique à voir ce type de machine sur laquelle j’ai tant pesté. Et c’est ce qui est triste dans toute cette histoire qui ne m’aura fait retenir que les contraintes et non les bénéfices du traitement, le gavage d’estomac et non les sourires et les encouragements des infirmières et leur «perfect» {parfait} voire «een pluim» {une expression flamande signifiant ‘bravo’} quand tout avait bien fonctionné. Le regard parfois inquiet voire maternel d’une infirmière plus âgée à qui j’avais dit que je venais là avec des pieds de plomb et que je pensais abandonner. Parce que, il faut le dire, le personnel fut d’une extrême amabilité, empathique, axé sur le bien-être et le confort du patient. Tous comme les oncologues que j’ai rencontrés dont un en particulier.

 

Cela aussi peut et doit être dit.

18:04 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/05/2017

DONALD TRUMP, CE CLOWN!

DONALD TRUMP, CE CLOWN!

 

Voilà! Il a démis de ses fonctions James COMEY, directeur du FBI. À cause de l’affaire des mails d’Hillary Clinton. Ce directeur du FBI aurait fait quelque chose de tout à fait contraire à l’éthique, et ce départ forcé est justifié, car comment faire confiance à quelqu’un, à la tête de la principale organisation de défense et de sécurité intérieure de l’Amérique, qui aurait commis une telle faute?

 

Surtout que quand l’affaire des mails conservés sur un server privé, de Hillary Clinton, a été révélée au grand public un peu avant les élections américaines en novembre 2016, le candidat Trump avait, sur la base d’informations fragmentaires, déclaré haut et net que la place de la candidate démocrate était en prison.

 

On ne peut pas dire du président américain qu’il cogite rapidement; car, s’il lui a fallu 7 mois pour se rendre compte que COMEY avait commis une erreur sur le plan de l’éthique, à moins d’un métabolisme neuronal particulièrement lent, le président aurait pu l’envoyer paître, ce directeur du FBI inconvenant, depuis le 21 janvier 2017.

 

D’accord, on connaît le président, sa manière approfondie et méticuleuse d’appréhender les problèmes afin de trancher avec le plus large consensus possible. Bref, il a pris tout son temps, le président fraîchement élu. Ensuite, il a décidé en son âme et conscience, comme il sied à un président en titre de la nation économique la plus puissante de la planète, et il a tranché, clair et net, au bistouri!

 

Et, question de consensus, il a réussi puisqu’il s’est attiré les foudres de tous ces jaloux, ces pervers intellectuels de gauche, ces créateurs de fake news, ces snobs de la Côte Est qui ne supportent pas un président nature comme l’aime la Nation blanche et la culture dominante des United States of America: Love it or leave it!

 

Tous des mauvais perdants! BAD LOSERS!

 

COMEY devait partir parce que, à trois reprises, le président Trump lui avait demandé si on enquêtait sur son compte à LUI LE PRÉSIDENT DANS L’AFFAIRE DES CONTACTS DES GENS DE SON ÉQUIPE AVEC DES RUSSES, PRÉALABLEMENT AUX ÉLECTIONS. Et, ce fumier de directeur de FBI, ce faux jeton, avait répondu par la négative, à trois reprises. Impensable! Quel menteur, quel FAUX JETON!

 

Je le dis franchement, en tant que démocrate, un directeur d’une organisation américaine de sécurité intérieure qui enquête ou ordonne à ses agents d’enquêter contre des proches d’un président en titre, ou contre le président en personne, c’est immoral, c’est malsain, cela fait penser à une vendetta personnelle. C’est tout à fait contraire à l’éthique trumpienne!

 

Un directeur du FBI est là pour s’entendre ordonner ce qu’il peut et ne pas faire {un YES man}. Espionner un président ou son entourage, cela fait penser aux plus mauvaises périodes de l’histoire contemporaine. À cet égard, on pourrait faire un rapprochement avec Heydrich qui avait un dossier sur Hitler. Ou cette malencontreuse Commission du Sénat US qui avait un dossier contre Nixon, tous des faux jetons, des gens déloyaux!

 

 

Quelle idée a eu cet idiot de s’immiscer in extremis dans le processus électoral en soupçonnant la candidate démocrate de malversations? Quand, on pense qu’il aurait pu ainsi influencer le cours de l’histoire en favorisant le candidat républicain qui allait de toute manière gagner par la seule force de son programme et de ses arguments verbaux et gestuels?

 

Heureusement, que les Russes y ont mis le holà dans cette affaire et ont ainsi permis que ce dévoiement électoral ne puisse avoir lieu. On {Je, Trump} peut ainsi leur être éternellement reconnaissants d’avoir rétabli l’équilibre du jeu électoral.

 

Quant à ces soi-disant entretiens avec des Russes avant les élections de novembre 2016, c’est tout à fait idiot. Oublie-t-on dans la presse aux fake news qu’un candidat et futur président américain peut également être un homme d’affaires prospère, le père d’une femme d’affaires prospère et le beau-père d’un homme d’affaires – dans l’immobilier, tiens-tiens! – tout aussi prospère. Normal qu’on se parle entre partenaires du bizness et les Russes sont aussi des businessmen, et cette idiotie d’un processus électoral et de soi-disant règles d’éthique ne changent rien au fait que les businessmen ont leurs propres règles et éthique, n’en déplaise à la Constitution américaine et aux loups affamés des médias de fake news.

 

Ce qu’il faut à la tête du FBI c’est un homme compétent, qui n’aura rien vu, rien entendu et ne dira rien. Point à la ligne! Et obéira au doigt et à l’œil dès qu’on tirera sur sa laisse. NA!

17:03 Écrit par ro-bin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/05/2017

ARABIE SAOUDITE ET ÉTAT ISLAMIQUE, MÊME COMBAT RELIGIEUX

ARABIE SAOUDITE ET EI, MÊME COMBAT RELIGIEUX

 

Notre monde audiovisuel belge s’est récemment ému de l’admission de l’Arabie Saoudite dans la Commission de l’ONU traitant de la condition des femmes. D’autant plus qu’il est apparu que la Belgique a voté en faveur de cette admission.

 

Certains reporters ou journalistes aux ondes neuronales d’investigation hypométropes ont tout de suite parlé de discrimination existant au Royaume saoudien puisque la femme ne pouvait dans les faits ni conduire une voiture ni ouvrir un compte en banque à son seul nom.

 

Balivernes tout cela! Peanuts!

 

La loi religieuse, la seule loi légale en Arabie Saoudite, est fondée sur l’application stricte, intégrale – et, à notre sens inhumaine - de la Shar’ia. Quelques exemples de peines et punitions légales d’application en Arabie Saoudite, et sans discrimination aucune de sexe: le blasphème, l’apostasie, l’homosexualité et l’adultère sont punis de la peine de mort. Une finesse de la loi en Arabie Saoudite c’est que l’adultère est lui punissable par la mort par lapidation. Pour les jeunes des banlieues ou de Molenbeek qui assimileraient la lapidation aux jets de pierres par des Palestiniens sur des soldats, civils ou véhicules israéliens, ou d’autre part pour les jeunes catholiques qui jugeraient que «celui qui n’a jamais péché jette la première pierre», la lapidation consiste en l’enterrement d’un corps dans le sol avec le haut du torse et la tête dépassant de la surface, les cibles physiques, ensuite en des jets de pierres jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une manière de tuer typique du Moyen-âge.

 

Si on examine une liste des peines et châtiments qu’applique l’Arabie Saoudite {source l’OBS, sur Internet}, on voit mais vraiment sans sentiment de stupéfaction ou de véritable surprise intellectuelle pour qui sait un peu ce qui se passe loin de chez nous, qu’il y a identité absolue entre les peines qu’applique l’Arabie Saoudite pour certains "crimes" et celles qu’applique l’État islamique.

 

Étonnant?

 

Non à vrai dire, la Shar’ia est le socle religieux sur lequel est fondé l’application des peines. Disons que la différence majeure entre ces deux théocraties, c’est qu’en Arabie Saoudite toute peine sera arrêtée par un tribunal, tandis qu’au sein de l’État islamique, outre des tribunaux qui ne sont fondés sur aucune légitimité d’état reconnu par ses pairs, il y a l’arbitraire qui joue un rôle prépondérant, les viols collectifs, la mise en esclavage de jeunes filles forcées à avoir des rapports sexuels non-consentants avec des membres de l’EI, les vols, les meurtres, les rapines. Mais rappelons que la dernière condamnation de mort par lapidation qui fit du bruit en Arabie Saoudite remonte à 2015, l’une des coupables ayant été une jeune fille du Sri Lanka. Donc, à l’heure actuelle, même si on n’a plus fait de publicité de morts par lapidation {sait-on en réalité ce qui se passe loin des flashes de caméras de télévision ou de regards de reporters ?}, cette peine est toujours reprise au code religieux qu’est la Shar’ia et reste théoriquement d’application en Arabie Saoudite. Nouveau membre d’une commission de l’ONU sur la condition de la femme!?

 

Dans un post du 10 juillet 2017, le Huffingtonpost a rapporté à propos de l’ingérence militaire de l’Arabie Saoudite dans le conflit au Yémen qui oppose les Houthis {Chi’ites} au gouvernement, que «le Comité sur les Droits des Enfants {de l’ONU} a condamné les frappes aériennes au Yémen de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui ont mutilé et tué des centaines d’enfants, et son utilisation de la "famine" en tant que tactique pour sa guerre contre les Houthis soutenus par l’Iran.» Et, pour ceux qui ne comprendraient pas, rappelons {information personnelle, culture générale} que l’Arabie Saoudite a dans un premier temps soutenu l’État islamique puisqu’il y avait identité idéologique absolue entre les buts que cherche à atteindre ce pays pétrolier {l’hégémonie mondiale par l’instauration de la Shar’ia y compris dans les pays occidentaux à fortes minorités musulmanes et via la dissémination d’idées et d’idéologie fondée sur le wahhabisme} et celui que poursuit l’État islamique. Il y a aussi une communauté de lutte idéologique liée au schisme religieux qui oppose Chi’ites et Sunnites, le Royaume saoudien tout comme l’EI étant à majorité et autocratie religieuses sunnites.

 

Puisqu’on parle de l’ONU, il est intéressant d’épingler la réponse que fit Bandar Bin Mohammed Al-Aiban, président de la Commission saoudienne des droits de l’homme au comité onusien qui avait critiqué son propre pays; il dit en substance que «la sharia, la loi islamique, est au-dessus de toutes les lois et traités, incluant la Convention sur les droits de l’Enfant.» {infos : Huffingtonpost, post du 10 juillet 2016}.

 

N’est-ce pas beau? Lumineux? Transcendant?

 

C’est pour l’admission de ce pays, partenaire idéologique de l’État islamique même s’il le combat actuellement pour des questions de schisme religieux interne, qu’a voté la Belgique.

 

Le Ministre Reynders est le ministre des Affaires étrangères et de la diplomatie fédérale. Que notre pays se soit couvert de honte, qu’il déclare qu’il n’était pas au courant, qu’il ne soit pas intervenu personnellement dans cette affaire, ne change rien au fait que Reynders devrait dégager au plus vite. En vertu d’un principe simple mais rarement appliqué dans notre royaume bananier: un ministre ou secrétaire d’état n’est pas personnellement responsable des fautes graves commises mais il l’est sur le plan politique et doit en tirer les conséquences. Si une faute grave a été commise, l’éthique mais aussi le sens commun, exigent qu’il démissionne.

 

Mais peut-être après tout a-t-on jugé dans les cénacles de diplomates et au sein des autocraties de membres de cabinets que nul organe fédéral ne contrôle ou jugule, que la mise à mort, inscrite dans la loi islamique de l’état en question, des femmes qui seraient reconnues coupables en Arabie Saoudite de crimes d’apostasie, de blasphème, d’homosexualité ou d’adultère, ne constitue nullement une pierre d’achoppement moral suffisante pour refuser l’admission d’un tel état - aux mœurs médiévales - au sein d’une Commission de l’ONU.

 

En Belgique, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées.

 

En Arabie Saoudite, on a du pétrole – donc de l’influence économique - et la Shar’ia.  Inch Allah!